Chers lecteurs, chères lectrices,
quelle famille de véhicules Made in Germany a été construite pendant un demi-siècle, a parcouru ensemble plus de distance que des types comparables et circule encore aujourd'hui dans le monde entier ? Et tout cela avec un aspect extérieur unique ? Non, il ne s'agit pas de la Coccinelle. Mais d'une autre légende : le "Gorch Fock".
Ou plutôt : de sa famille. Car le voilier-école allemand est loin d'être seul. Il y a neuf sœurs en tout. Les puristes diront qu'il n'y en a "que" cinq, car les quatre plus jeunes ont rejoint le groupe bien plus tard. Pour moi, elles vont toutes ensemble.
Et ceux qui les voient côte à côte seront d'accord avec moi : les mêmes lignes élégantes, par-dessus des gréements identiques. Il y a de petites différences ici et là, bien sûr. Après tout, chacune des neuf barques a sa propre personnalité et sa propre histoire. Mais leur parenté n'est pas seulement indéniable. Au premier coup d'œil, elles se ressemblent même à s'y méprendre.
Quand j'étais enfant, j'étais Windjammer est l'une des plus grandes choses pour moi. C'est pourquoi la visite annuelle à la fête du port de Hambourg était toujours un rendez-vous incontournable : parade d'arrivée, ballet des remorqueurs, bateau ouvert. Et bien sûr, je connaissais le "Gorch Fock", du moins je le croyais. Lorsque je l'ai découvert sur les jetées, j'ai tout de suite voulu monter à bord. Et puis je me suis étonné de voir écrit partout "Mircea" - c'était le navire jumeau roumain.
Cinq de ces barques presque identiques ont été lancées par Blohm & Voss avant la Seconde Guerre mondiale. À l'exception de "Mircea", qui avait été construite pour le royaume de Roumanie, toutes étaient des bateaux-écoles allemands destinés à fournir la relève des officiers. Mais le rêve hitlérien d'un Reich de mille ans fut de courte durée. La fin de la guerre dispersa les robustes trois-mâts dans le monde entier, sous de nouveaux noms, en guise de réparations.
Le navire type, le premier "Gorch Fock", encore un peu plus petit, est parti en Union soviétique sous le nom de "Tovarishch". Les garde-côtes américains mirent en service l'"Eagle" et le Portugal, après quelques détours, le "Sagres". Le cinquième numéro de construction n'a jamais été achevé.
Mais l'histoire ne s'arrête pas là : lorsque la Bundesmarine, qui venait d'être portée sur les fonts baptismaux, décida de reprendre l'entraînement à la voile, on remit tout simplement au goût du jour le projet qui avait fait ses preuves sur l'Elbe : un nouveau "Gorch Fock" prit la mer en 1958.
Une seule fois, il y a exactement 50 ans, les cinq sœurs se sont affrontées : Lors de l'Operation Sail 1976, une régate de petits bateaux organisée dans le cadre des festivités du 200e anniversaire des États-Unis. Sur le parcours entre les Bermudes et Newport, c'est la plus jeune qui s'est imposée : le trophée des cinq sœurs a été attribué au "Gorch Fock".
Ce fut un voyage qui restera dans les livres d'histoire. Elle ne pourra plus être répétée. En effet, l'aîné est aujourd'hui à la retraite. Fraîchement rénové, il repose à Stralsund sous son ancien nom de "Gorch Fock" (I) en tant que musée flottant.
Mais le trophée existe toujours, et cet été, les quatre sœurs hambourgeoises restantes vont enfin se mesurer à nouveau les unes aux autres. De nouveau de l'autre côté de l'Atlantique, cette fois-ci à l'occasion du 250e anniversaire des États-Unis avec une course de New York à Boston. La semaine dernière, "Gorch Fock" (II) est parti de Kiel pour défendre son titre.
Deux membres de la jeune génération des Gorch-Fock feront également partie de l'autre groupe de régates composé de dizaines de grands voiliers : le "Guayas" équatorien et le "Gloria" colombien. Ils font partie de la partie latino-américaine de la famille ; quatre autres bateaux-écoles créés entre 1967 et 1982 à Bilbao en Espagne avec l'original de Hambourg comme modèle, et complétés par le "Simón Bolivar" du Venezuela et le "Cuauhtémoc" du Mexique.
Lorsque le coup d'envoi sera donné le 8 juillet devant la ligne d'horizon de Manhattan, j'assisterai en tout cas à la retransmission en direct et j'essaierai de repérer les "Gorch Fock" les uns après les autres dans la mer blanche des deux douzaines de grands voiliers inscrits au total. Quel autre voilier peut organiser sa propre régate ?
Christian Tiedt
Responsable de la rubrique Voyage
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