Chers lecteurs, chères lectrices,
"Rien ne va plus - nichts geht mehr !", c'est ce que l'on entend finalement sur le chat WhatsApp du groupe sportif interne à la rédaction. Alors que ce canal de messagerie est habituellement utilisé pour des échanges d'actualité et le plus souvent professionnels sur les événements sportifs dans le monde de la voile, la 16e Transat Jacques Vabre (TJV) en pleine course - une grande partie de la flotte a parcouru environ 2500 milles - provoque un échange de messages échauffé entre les huit membres du groupe. La raison : un pari ! Dix euros par personne sur le vainqueur de la classe Imoca. Avant que chacun ne se fixe sur son équipe favorite, les discussions vont bon train jusqu'à ce que le clavier du smartphone s'embrase. Via le tracker du TJV, on prédit le routage des 34 Imoca encore en course, on étudie les cartes météo et de vent, on analyse les forces et les faiblesses des équipes et on les superpose aux détails constructifs des 15 meilleurs coureurs, pour finalement - après ce qui semble être des heures - se décider. Deux groupes se forment alors : Nord et Sud.
Premier nom dans le lot : "Teamwork.net" avec à son bord Justine Mettraux et Julien Villion, qui décident intrépidement de se lancer dans une course d'assaut acharnée sur la route du nord, ce qui leur vaut le respect du groupe qui navigue à environ 1000 milles au sud autour du leader et tenant du titre "For People" des co-skippers Thomas Ruyant et Morgan Lagravière et du projet de Koch-Conq "Paprec Arkéa" qui le suit de près. Le duo "Malizia", qui n'est pas très loin derrière, Boris Herrmann et Will Harris, se réjouit également avec les courageux échappés, tandis que la flotte Imoca se précipite vers Fort-de-France avec des moyennes de 500 milles et plus.
Avec "Paprec Arkéa", "For People", "Charal" et bien sûr "Malizia - Seaexplorer", le bureau des paris ferme et la tension monte. Ce que 80 euros dans le pot au sort peuvent tout de même déclencher est étonnant. Si la course s'est déroulée en douceur jusqu'à la mi-temps et malgré le départ de la tempête, juste après les Canaries, c'est la frénésie quotidienne - non, horaire - qui est de mise. La dernière fois que cela s'est produit, c'était avec mes collègues et moi au début de l'année pendant The Ocean Race ou pendant la dernière Vendée. Le tracker TJV comme compagnon permanent - avant d'aller se coucher et au premier café après le réveil.
Les sept jours suivants passent effectivement à une vitesse folle et la finale au large de la Martinique offre le meilleur de la voile. Certes, après plus de 5 300 milles, ce n'est pas mon favori qui gagne ("Malizia" !) avec "For People" de Thomas Ruyant et Morgan Lagravière, mais je suis tout de même content. La fièvre des régates peut être si agréable ! Il semble que ce soit aussi le cas de certains équipages, comme on a pu le suivre à merveille avec Boris et Will dans leur message vidéo quotidien depuis le cockpit. Plus on approchait des Caraïbes, plus le sympathique duo devenait divertissant et décontracté. Cela avait un merveilleux caractère de divertissement, et nous, en tant que spectateurs, nous pouvions nous réjouir avec eux.
C'est grâce à l'intrépide équipe nordiste "Teamwork.net", qui a franchi la ligne d'arrivée avec une avance incroyable de 65 secondes sur "Malizia", que le suspense a pu être maintenu. Peu avant, les quatrième et cinquième bateaux, "Charal" et "Initiatives - Cœur" avec Sam Davies et Jack Bouttell, se sont amarrés dans le port de Fort-de-France. Paprec Arkéa" a remporté la médaille d'argent de la Transat devant "For the Planet".
Avec une place dans le top 10, Boris Herrmann s'est également montré satisfait : "C'était une course fantastique et une finale épique ! Nous nous sommes battus au coude à coude avec trois autres bateaux jusqu'à la fin", a déclaré le fondateur de Team Malizia. "Nous sommes très heureux et le TJV est une bonne motivation pour les prochaines courses".
D'ailleurs, elles ne se font pas attendre, car Herrmann n'a que quelques jours dans les Caraïbes pour se préparer à la régate retour en solitaire Retour à la Base, qui débute le 30 novembre. Certes, le navigateur aux cinq tours du monde est déjà qualifié pour son deuxième tour du monde sans escale, contrairement à de nombreux concurrents qui ont encore un besoin urgent de cette course comme qualification de milles pour le Vendée Globe 2024/2025. Mais le Hambourgeois veut profiter de la course en solitaire jusqu'à Lorient en France pour se préparer intensivement. Il a déclaré : "Je veux voir où j'en suis et comment je peux me remettre à la voile en solitaire".
Je doute que nous ouvrions à nouveau le bureau des paris. Nous suivrons en tout cas le deuxième tour et espérons à nouveau recevoir des nouvelles vidéo du bord.
La 16e Transat Jacques Vabre avait d'ailleurs bien plus à offrir que des légendes de la voile sur des Imoca-race en foil. Dans quatre classes au total (Ultim, Ocean Fifty, Class 40, Imoca), 115 bateaux ont franchi la ligne de départ, dont onze n'ont pas réussi à atteindre les Caraïbes et ont dû faire demi-tour en raison de problèmes techniques. Le brouhaha des trackers de la Class 40, dans lequel le seul équipage de transat entièrement allemand de "Sign for Com" a fait preuve de courage, a également suscité l'enthousiasme. Comme un quart de la flotte des Class 40, Lennart Burke et Melwin Fink ont opté pour la route du nord et se sont parfois retrouvés bloqués par des vents faibles. Jeudi, avec "Alla Grande Pirelli" des deux skippers Ambrogio Beccaria et Nicolas Andrieu, le premier Class40 a atteint la Martinique, puis 20 équipages se sont suivis de près, coup sur coup. L'équipe de rêve Burke/Fink s'est assurée une fantastique 13e place après une dure traversée de l'Atlantique.
C'est une folie de voir à quel point le peloton des professionnels de la voile se resserre après avoir parcouru des milliers de milles et suivi deux routes totalement différentes. C'est ce qui fait le charme des grandes courses océaniques, même sans enjeu.
Rédacteur en chef de YACHT
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