"Le report du départ de la Route du Rhum de dimanche à mercredi après-midi 14h15 a permis aux skippers de disposer de plus de temps pour se préparer. Mais ils ne sont en aucun cas tirés d'affaire. Certes, la situation sera effectivement meilleure à la sortie de la Manche, mais ils seront toujours confrontés à au moins deux fronts, avec des vents de 40 à 50 nœuds et une mer lourde !
L'Atlantique Nord est très actif sur le plan météorologique ces jours-ci. De profondes zones de basse pression, associées à des fronts météorologiques, se déplacent du Groenland vers l'Irlande et plus loin vers l'Écosse. Leur influence s'étend assez loin vers le sud, la carte des vents pour jeudi montre un creux profond qui s'étend jusqu'aux Açores et même plus au sud. Cela ne présage rien de bon.
Avec les vents de sud qui dominent les premiers jours de la course sur le côté est de l'auge, les concurrents n'ont pas d'autre choix que de naviguer vers l'ouest après avoir quitté la Manche anglaise et même un peu vers le nord-ouest s'ils suivent le routage. Ce faisant, les skippers de la Class 40 seront confrontés le vendredi matin au premier front météo, avec un vent de 40 nœuds et plus, associé à une hauteur de vague significative de cinq bons mètres et des mers croisées générées par la houle venant de l'ouest et les vagues de vent venant du sud. Pour les trimarans Ultim et les Imocas, ce sera encore plus tôt et un peu plus violent, avec des vents de plus de 50 nœuds en rafales.
Même après le passage du front, les vents de sud-ouest restent dominants et tournent rapidement au sud. Le prochain front météorologique suivra moins de 24 heures après le premier, avec une tempête de la même intensité et une mer très agitée. Immédiatement après, le vent tournera à l'ouest et les skippers pourront commencer à faire route vers le sud.
La seule possibilité est qu'après avoir franchi la zone de séparation du trafic au nord-ouest de la Bretagne, ils naviguent au plus près du vent pour affronter les deux fronts quelques degrés plus au sud, avec environ cinq à huit nœuds de vent en moins et donc des vagues plus petites. Mais là encore, la bataille sera rude.
Un autre problème est l'évolution de la météo lorsque la flotte passera les Açores : La question est de savoir comment l'anticyclone des Açores va évoluer. Ces derniers jours, les prévisions indiquaient un bel anticyclone légèrement à l'ouest des Açores, avec des alizés bien établis au sud de celui-ci.
D'après les derniers modèles météorologiques intégrés dans le logiciel de routage, la situation a toutefois passablement changé : L'anticyclone des Açores s'est déplacé plus à l'est (modèle ECMWF) ou a perdu sa forme (modèle GFS). Cela impliquerait une lente traversée de l'anticyclone pour rejoindre les alizés.
Cette année, la Route du Rhum sera en tout cas un grand défi avec des vents forts et une mer agitée dès les premiers jours de course. Les skippers suivront-ils la route qui passe à l'ouest des Açores ? Je ne sais pas. Cela dépendra beaucoup de la position prévue de l'anticyclone des Açores et de la possibilité de se retrouver dans les alizés, ainsi que de la décision de ménager le bateau.
Les délais de la course (6 à 7 jours pour les Ultims, 11 jours pour les Imocas et 15 jours pour les Class 40) jusqu'à la Guadeloupe sont-ils réalistes ? Probablement pas, car les routages sous-estiment l'impact de la mer agitée lors de la première étape de la course. Attendons de voir et souhaitons aux navigateurs des 'fair winds' et une bonne mer" !
Jure Jerman, Dorado Sail