Lars Bolle
· 22.06.2026
Les tirs d'avertissement effectués par une frégate russe à proximité du voilier britannique « Bright Future » dans la Manche ont constitué un incident inhabituel. Pour les plaisanciers, la question se pose : comment réagir correctement lorsqu'un navire de guerre croise leur route ou navigue dans leur zone de navigation ?
D'après le récit des propriétaires, Jane et Alan Kelvey, leur Bavaria 39 « Bright Future » naviguait au sud de l'île de Wight lorsqu'ils ont aperçu, dans des conditions de visibilité réduite, un navire qui n'apparaissait pas sur l'AIS. Ce n’est que plus tard qu’ils ont compris qu’il s’agissait de la frégate russe « Admiral Grigorovich ». Le déroulement détaillé de l’incident est relaté dans l’article du magazine YACHT « Coups de semonce tirés sur un yacht : témoignages de plaisanciers » à consulter.
L'équipage indique qu'il se trouvait à environ 400 à 500 mètres de là. Selon ses dires, le navire de la marine a d'abord émis cinq signaux sonores. L'équipage du yacht a, selon ses propres déclarations, modifié son cap de deux degrés vers bâbord afin de signaler ce changement de cap. Peu après, il y aurait eu à nouveau cinq coups de sirène, puis quatre à cinq coups de feu tirés avec des armes de poing. Selon l'équipage, les coups de feu n'auraient pas été dirigés vers le yacht.
La version russe diffère de celle-ci. Selon celle-ci, la frégate aurait tenté à plusieurs reprises de contacter le yacht par radio, aurait utilisé des signaux lumineux et n'aurait tiré des coups de semonce qu'ensuite, car le voilier se serait approché de manière dangereuse. Selon les médias, les autorités britanniques ont considéré cet événement comme un incident isolé visant à éviter une collision.
Dans ce guide, la précision des détails n'est pas l'élément déterminant. Ce qui importe, c'est qu'une rencontre avec un navire de la marine peut rapidement devenir plus compliquée à gérer pour l'équipage d'un bateau de plaisance qu'un contact habituel avec la marine marchande.
Un navire de la marine ne bénéficie pas automatiquement de privilèges par rapport à un voilier. Les règles de prévention des collisions s'appliquent en principe également dans ce cas. Il n'existe pas de zone d'exclusion générale autour des navires de la marine. Il serait toutefois contraire aux bonnes pratiques de navigation de se fier au droit de passage formel dans une situation où l'espace est restreint.
L'incident impliquant le « Bright Future » s'est apparemment produit en dehors d'une zone de séparation du trafic ; il n'y avait ni zone d'exclusion annoncée, ni alerte NAVAREA, ni zone d'exercice désignée.
Dans la pratique à bord, cela ne change toutefois pas grand-chose. Les navires de guerre peuvent s'entraîner, assurer la sécurité, escorter, mener des missions de reconnaissance, naviguer à la dérive, naviguer en formation ou participer à des manœuvres de plus grande envergure. Depuis un yacht, il est souvent difficile de distinguer clairement ce qui se passe à bord. Un navire de guerre peut soudainement prendre de la vitesse, s'arrêter, changer de cap ou coopérer avec d'autres unités. C'est ce que montre également le dossier de YACHT consacré à la présence navale renforcée en mer Baltique.
Pour les plaisanciers, cela signifie qu’en apercevant un navire de la marine, il faut prendre de la distance dès que possible. Ne pas attendre que la distance soit trop réduite pour réagir. Ne pas se diriger vers un meilleur angle de prise de vue. Ne pas chercher à savoir qui serait légalement tenu de céder le passage. Le meilleur cap est celui qui permet de désamorcer la situation dès le début, dans l’intérêt des deux parties.
Il est particulièrement important d'effectuer une manœuvre sans ambiguïté. De légères corrections de cap de quelques degrés seulement peuvent être difficilement perceptibles à distance. Quiconque effectue une manœuvre d’évitement doit le faire de manière à ce que le changement de cap soit clairement perceptible depuis la passerelle de l’autre navire. En cas de doute, laisser le moteur tourner, réduire la vitesse ou modifier nettement le cap de manière à ce que la distance augmente de façon visible.
La présence d'un navire de guerre dans une zone de navigation ne signifie pas automatiquement un danger. De nombreuses rencontres relèvent de la routine. En mer du Nord et en mer Baltique, des unités navales circulent régulièrement, y compris à proximité de zones de navigation à voile bien connues. Pour les équipages, une bonne préparation commence donc avant même le départ.
Les zones d'entraînement, d'alerte et de tir sont indiquées sur les cartes marines et dans les informations relatives aux zones de navigation. En mer Baltique, cela concerne notamment des zones connues telles que la baie de Hohwacht, Putlos ou Todendorf. YACHT.de explique les règles applicables aux plaisanciers dans ces zones, notamment dans son article consacré à Zone de tir dans la baie de Hohwacht. Lorsque des exercices ou des tirs y ont lieu, il convient de respecter les consignes figurant dans les avis aux navigateurs, les bulletins de zone, les messages radio ou affichées sur les navires de sécurité.
En mer, d'autres indices peuvent s'y ajouter : plusieurs navires de guerre en formation, des changements de cap inhabituels, des arrêts et des accélérations répétés, des canots, des hélicoptères, des drones, des véhicules de sécurité, des signaux de pavillon ou une zone que les autres navires évitent. De telles observations ne prouvent pas automatiquement qu’il s’agit d’un exercice, mais constituent un signal clair qu’il faut garder ses distances.
Selon les informations fournies par la Marine allemande à la demande du magazine YACHT, un porte-parole conseille de garder autant de distance que possible, de naviguer avec vigilance et de respecter les signaux de pavillon conformément au code international des signaux. Il est également important d’être à l’écoute sur la fréquence VHF 16 et de naviguer de manière claire. Les problèmes surviennent souvent lorsque des bateaux de plaisance pénètrent dans une zone de sécurité et effectuent, du point de vue de la Marine, des manœuvres qui ne sont pas clairement identifiables.
Lors d'exercices annoncés, des distances de sécurité précises peuvent s'ajouter. Ainsi, lors d'exercices de la marine par le passé, les véhicules civils ont été priés de se tenir à 1 000 mètres des navires de combat. Pour les plaisanciers, voici une bonne règle générale : si un navire de la marine n'est pas clairement éloigné, mieux vaut prendre ses distances suffisamment tôt.
Le canal le plus important reste Chaîne 16. Quiconque navigue dans des zones de trafic maritime doit non seulement allumer la radio, mais aussi rester à l'écoute. Si le yacht est interpellé, la réponse doit être brève et claire : nom du bateau, position, cap, vitesse et manœuvre prévue.
Lorsqu'un navire de la Marine cinq notes courtes Si c'est le cas, il s'agit d'un signal d'alerte sérieux. Cela signifie en substance que l'intention de l'autre bateau n'est pas claire ou qu'il existe des doutes quant à l'efficacité des manœuvres d'évitement. L'équipage doit alors réagir immédiatement : évaluer la situation, modifier nettement son cap, réduire la vitesse ou mettre le moteur en marche.
Il est important de ne pas se laisser entraîner dans une discussion sur le droit de passage. Dans une situation de confrontation imminente, ce qui compte, ce n’est pas de savoir qui aura ensuite les meilleurs arguments, mais de désamorcer immédiatement la situation. En cas de doute, il faut changer de cap sans tarder, prendre de la distance et communiquer clairement ses intentions par radio.
Aussi AIS Il ne faut pas en surestimer l'importance. Les navires militaires n'émettent pas toujours de signal AIS. L'absence de signal AIS sur un navire de la marine n'est donc pas automatiquement suspecte, mais rend d'autant plus importants la veille, le radar, le relèvement et la radio. En cas de brouillard, au crépuscule ou en cas de trafic intense, un simple coup d'œil au traceur ne suffit pas.
Toutes les rencontres avec un navire de la marine ne méritent pas forcément d'être signalées. Les unités navales sont autorisées à naviguer dans les eaux internationales, et de nombreux déplacements relèvent de la routine. Un signalement peut toutefois s'avérer utile si un navire navigue de manière inhabituelle, n'émet pas de signal AIS, effectue des manœuvres suspectes dans des zones sensibles ou se trouve à proximité d'infrastructures critiques.
Dans une précédente chronique de « YACHT-Woche » consacrée à Navires de la marine russe dans le détroit de Fehmarn Nous avons indiqué qu'il était possible de signaler ces faits à la police fédérale. Il est alors particulièrement utile de fournir des informations factuelles : date, heure, position, cap, vitesse, identifiant visible, photos prises à distance sûre, navires d'escorte et votre propre position.
L'opération de l'OTAN Baltic Sentry s'appuie sur les informations fournies par la navigation civile. Sont notamment pertinentes les observations effectuées à proximité d'infrastructures sous-marines critiques, telles que des changements de cap inhabituels, une forte réduction de la vitesse, des ancres traînantes ou manquantes, ainsi que des activités de plongée inhabituelles.
Mais pour les équipes de tournage, la règle est la suivante : la sécurité avant tout, la documentation ensuite. Personne ne devrait suivre un navire de la Marine ni s'en approcher pour obtenir de meilleures images. Le meilleur reportage est celui qui est réalisé à une distance sûre.
En fin de compte, une règle simple s'impose : les navires de la marine ne sont pas des attractions touristiques, mais des usagers de la voie navigable chargés d'une mission particulière. En gardant ses distances, en écoutant la radio, en vérifiant les informations sur la zone de navigation et en effectuant des manœuvres claires et précoces, on fait presque tout comme il faut.
Quelle distance est suffisante ? Une distance de 1 000 mètres est-elle raisonnable ou excessive pour les navires de la Marine ? Participez à la discussion et donnez votre avis dans les commentaires.

Rédacteur en chef Digital