Michael Rinck
· 13.06.2026
Après une belle journée de navigation, on a jeté l'ancre, pris un repas simple dans le cockpit en admirant le coucher de soleil, puis, aussi épuisés et heureux que seuls les marins peuvent l'être, on se couche tôt. Il n’est pas rare de se réveiller au milieu de la nuit à cause d’un pataras qui vibre ou d’une grand-voile qui claque lorsque le vent s’est soudainement levé. On monte alors pieds nus et frissonnants sur le pont pour identifier les sources de bruit et les calmer. Mais une fois cela fait, la fatigue s’est envolée, et grâce à une ouïe particulièrement affûtée, on perçoit désormais les bruits les plus légers du gréement.
Tout ce qui peut claquer, vrombir, siffler, cliqueter et bourdonner sous l'effet du vent ! Quand on est propriétaire depuis longtemps, on reconnaît immédiatement chaque bruit et on en connaît la cause. Avec un bateau neuf ou affrété, seule une approche méthodique peut aider, et de préférence à la lumière du jour, avant même d’aller se coucher.
En effet, de nombreux éléments situés entre le pont et le mât peuvent devenir une source de bruit gênante. Le cas classique est celui de la drisse qui claque contre le mât. Si la drisse de grand-voile n'a pas été détachée et fixée à une distance suffisante du mât, par exemple au niveau de la bôme ou du balcon arrière, elle doit au moins être écartée du mât à l'aide d'un tendeur. La drisse de spinnaker et la drisse de top sont également souvent accrochées au mât. À cet endroit, ils ne gênent pas les manœuvres et gardent une certaine distance par rapport au mât. Mais si le vent se lève fortement, cela peut ne pas suffire, surtout en hauteur, et ils risquent tout de même de frapper. Il faut alors augmenter la distance, par exemple à l'aide d'un point d'amarrage à l'avant du bateau, sur le balcon avant ou un œillet de pont.
Dans une baie isolée, ce cliquetis ne réveille que l'équipage du bateau, mais dans un port, il empêche de dormir de nombreux autres équipages aux alentours. C'est pourquoi la drisse n'est qu'un élément parmi tant d'autres à vérifier dès le rangement du voilier après la croisière. Comme par exemple la housse de voile d'avant. Elle protège surtout la précieuse toile contre les rayons UV nocifs. Mais si la housse n'est pas bien tendue, elle claque de manière gênante au vent. Non seulement le bruit est agaçant, mais la housse et les voiles souffrent énormément de la friction. De plus, ce claquement peut faire osciller tout le gréement. À cela s'ajoutent des bruits qui ne semblent peut-être pas particulièrement forts sur le pont, mais qui sont d'autant plus bruyants sous le pont. Il peut s'agir de câbles qui cliquettent en heurtant le profilé du mât sous l'effet des vibrations.
Dans ce cas, il est utile de stabiliser la source des fortes vibrations (la bâche qui claque), mais il faut également veiller à ce que les câbles soient posés de manière à ce qu’ils battent le moins possible. Une goulotte peut être utile à cet effet. Mais si celle-ci est déjà pleine et qu'il faut poser un nouveau câble, il convient de prendre des mesures préventives dès le départ : pour cela, on peut utiliser des serre-câbles fixés en étoile, espacés de 50 centimètres le long du câble, qui servent d'entretoises par rapport au profilé.
Mais cela ne suffit pas toujours, car le mât peut aussi se mettre à osciller sous l'effet du courant d'air et émettre un bourdonnement de lui-même, même si aucun câble ou drisse ne claque. Dans ce cas, plusieurs mesures combinées peuvent permettre de retrouver une nuit de sommeil paisible : un pare-chocs glissé dans le mât influence positivement le flux d'air, une tension plus ou moins importante de la patte d'artimon et un étai de secours improvisé avec le point d'écoute fixé à la taquet de proue empêchent le mât de se balancer. Il faudra peut-être jouer un peu avec la hauteur de la défense dans le gréement et les tensions des étages jusqu'à ce que le calme revienne.
Alors que tout est calme à bord, la drisse claque sur le bateau voisin : bing, bing, bing ! Le propriétaire a peut-être amarré son bateau par vent faible, puis est parti, et maintenant que le vent s'est levé, la drisse de grand-voile claque de manière assourdissante. Peut-on ou doit-on monter à bord pour attacher la drisse ? Il est en principe interdit de monter à bord d'un bateau étranger sans y avoir été invité. Et ce n'est pas parce qu'un léger cliquetis vous agace qu'il y a automatiquement une exception à cette règle. Ou peut-être que si ? Au plus tard lorsqu'un problème s'ajoute au bruit et entraîne des dommages au bateau voisin, voire au vôtre, il faut agir.
Un génois qui claque au vent et se déroule lentement peut rapidement venir heurter son propre gréement si l'on est amarré sous le vent. Si l'on enroule la voile d'avant suffisamment pour que quelques tours de cordage entourent le rouleau et que la ligne d'enroulement et les écoutes soient bien tendues, le propriétaire du bateau voisin vous en sera certainement reconnaissant. Ou si les drisses qui claquent font vibrer le gréement au point qu'un tendeur de hauban non fixé se desserre, il faut absolument intervenir. Il convient tout d'abord de s'adresser au capitaine du port. Mais si le problème n'est constaté que tardivement ou au milieu de la nuit, il semble même nécessaire d'agir dans un cas aussi extrême. Si une seule drisse claque de manière audible, on pourrait arguer, avec un clin d'œil, qu'on évite ainsi des dégâts plus importants en ne provoquant pas le mécontentement général des équipages voisins à l'égard de ce bateau. Et il n'y a d'ailleurs aucun dommage si l'on décroche une drisse de la ferrure de la bôme ou de la tête de voile pour la rattacher au bastingage, bien loin du mât.
C'est passionnant de repérer des bruits qui ne sont pas audibles sur le pont. Mais sous le pont, ils peuvent être d'autant plus perceptibles. Ici, même de petits cordons fixés au bastingage – par exemple avec un crochet en plastique pour maintenir le sac de gennaker – peuvent produire des cliquetis bruyants dans le salon. Il est alors utile de fixer la lanière ou l’élastique en la tendant, afin qu’elle ne vienne plus cogner contre quoi que ce soit. Les drisses fixées à un point commun peuvent également s’entrechoquer. Cela est presque inaudible sur le pont, car il n’y a pas de cavité de résonance comme le profil du mât. Mais la vibration se transmet alors sous le pont via l'œillet de pont ou le balcon avant, où elle peut être très gênante. Cela se produit généralement lorsque les cordages sont très tendus. Si on les détend un peu, la force disparaît et ils ne se balancent plus de manière rythmique.
Mais en mer aussi, les bruits trop forts provenant du gréement peuvent être gênants. Les manilles métalliques, par exemple celles fixées à l'extrémité de l'écoute du génois, provoquent des chocs bruyants contre le mât lors des virements de bord. Non seulement cela résonne de manière inquiétante sous le pont, mais on a aussi la certitude que chaque manœuvre laisse des éraflures. Ce n'est pas une fatalité. Il suffit d'attacher les écoutes à l'aide d'un nœud de bouline ou d'installer une manille souple, ou mieux encore, de la greffer directement à l'écoute, pour réduire l'usure.
Les cordes de poupe et d'arrière en Dyneema sont également une source de bourdonnement en mer. Aussi léger que soit ce matériau, il peut devenir très bruyant lorsqu'il est soumis à une charge. Ici, des élastiques enroulés en spirale sur une longueur d’environ 1,50 mètre autour de la traverse permettent de réduire considérablement les vibrations et donc le bruit.
Les écoutes qui claquent constituent également une source de bruit extrêmement gênante lorsque l'on navigue à la voile. La solution, qui consiste à tendre légèrement la bande d'écoute, relève en réalité du réglage des voiles, mais elle permet de réduire le bruit et protège en outre la toile contre les dommages importants. Un double avantage.
Outre le sommeil paisible et le désir largement partagé de profiter du calme à bord, il existe un autre cas particulier justifiant des mesures visant à stabiliser le gréement : la tempête dans le port. À partir d'une vitesse de vent de 30 nœuds et plus, les sifflements et les cliquetis sont inévitables. Il ne s'agit alors plus de réduire les bruits gênants, mais de protéger le matériel contre les dommages.
Comme cela concerne également les périodes où le yacht est à quai sans équipage, il convient, à chaque fois que l'on quitte le bateau, de procéder comme si l'on souhaitait, en tant que propriétaire, pouvoir dormir tranquillement sous le pont. Dans les cas extrêmes, en cas de forte tempête, il peut être judicieux, au cas par cas, de prendre des précautions supplémentaires. Par exemple, affaler le génois si la coque ne peut déjà plus être maintenue suffisamment en place même par vent faible. En cas d'urgence, la housse de grand-voile peut également être enroulée autour d'une amarre afin d'être protégée davantage contre les coups ou même contre le risque d'être emportée par le vent.
En cas de tempête, la bosse de gréement peut même s'avérer contre-productive et provoquer davantage de chocs qu'elle n'en atténue. Dans ce cas, il vaut certainement mieux opter pour la solution avec amortisseur de chocs fixé à l'étai.
Outre ces mesures particulières, il est judicieux de mettre en place une routine adaptée à son bateau pour le rangement après la sortie. Où les drisses gênent-elles le moins et ne claquent-elles pas, quelle est la tension idéale de l'écoute de grand-voile et du pataras pour empêcher le mât de se balancer, les lazy jacks sont-ils suffisamment éloignés et la housse de voile d'avant est-elle bien tendue ?
Car il arrive bien sûr que la brise fraîche se lève de temps à autre, même au milieu de la nuit. Et si toutes les causes des bruits de gréement ont déjà été éliminées, on n'a pas besoin de monter sur le pont la nuit, pieds nus et en grelottant.
Pour éviter les bruits de vrombissement au niveau des mâts ou des gréements, il suffit de modifier le flux d'air. Un lecteur y est parvenu à l'aide d'un pompon. Pour cela, il faut entailler deux disques en carton percés d'un grand trou au centre de manière à pouvoir les enfiler sur le mât. Ensuite, on enroule un fil de laine autour des disques. Puis, on découpe la laine le long des disques et on la fixe entre ceux-ci en faisant quelques tours.
Détachez la corde, passez-la derrière les crochets, puis resserrez-la. C'est aussi simple que ça de dégager la drisse. Les crochets peuvent être improvisés à partir de porte-serviettes, comme dans cette astuce d'un lecteur, ou achetés dans le commerce spécialisé sous forme de déflecteurs de drisse de la marque Pfeiffer. Cela permet de retrouver rapidement le calme dans le gréement et évite d'avoir à utiliser un Zeiser pour dégager les drisses.
La butée de mât, destinée à réduire les bruits de grondement et de cliquetis, est bien connue. Cette astuce d'un lecteur va encore plus loin : elle propose non seulement d'utiliser deux butées, mais aussi de les placer à l'horizontale. Pour ce faire, il suffit de Hahnepot au-dessus et en dessous des pare-battages. Le positionnement est crucial. En effet, si les pare-battages viennent heurter les barres de flèche, cela peut s'avérer encore plus bruyant que le mât qui gronde sans pare-battages. Il faut ici procéder à quelques essais pour trouver le bon emplacement dans le gréement.
Cela pourrait également vous intéresser :

Redakteur Test & Technik