De nombreux skippers ont une radio à bord, mais l'utilisent le moins souvent possible. Pourtant, la radio maritime VHF est bien plus qu'un système d'urgence. Elle peut désamorcer des situations peu claires, éviter des malentendus et sauver des vies en cas d'urgence. Dans l'interview de YACHT, Sven M. Rutter explique pourquoi la radio à bord reste indispensable, quelles sont les erreurs les plus fréquentes et pourquoi le bouton rouge de détresse ne remplace pas la compréhension radio.
Beaucoup n'osent pas utiliser la radio".
En tout cas, j'observe souvent que les radios sont certes à bord, mais qu'elles ne sont guère utilisées au quotidien. C'est dommage, car la radio ne sert pas qu'en cas d'urgence.
Une très grande. Le certificat de radiotéléphoniste maritime ne permet pas seulement d'émettre un appel de détresse. Il permet de participer à la circulation sur l'eau de manière beaucoup plus consciente. Pour moi, la grande utilité réside dans la communication avec d'autres bateaux.
J'ai souvent résolu des situations peu claires ou potentiellement explosives en recourant simplement à l'étincelle. Un exemple : Je naviguais de nuit dans un chenal étroit, avec un grand voilier et un fort tirant d'eau. Je ne pouvais pas sortir du chenal. De gros bateaux se rapprochaient de l'arrière, et je ne savais pas si on m'avait vu. J'ai donc appelé l'un des bateaux. L'homme de quart a immédiatement réagi, s'est excusé et a réduit la vitesse. La situation était ainsi réglée.
C'est pour moi le principal avantage de la radio : on peut se parler directement.
La radio n'est pas en concurrence avec le téléphone".
C'est en effet l'une des grandes incertitudes. La radio est une solution de communication nautique. Elle ne fait pas concurrence au téléphone. Tout ce qui n'est pas nautique n'a pas sa place sur la radio maritime.
Mais si j'ai une situation de trafic peu claire, si je veux aborder un port ou si je dois envoyer un message de sécurité, alors la radio est l'outil adéquat. Il faut toujours se demander : s'agit-il de navigation, de sécurité ou d'une coordination concrète sur l'eau ? Dans ce cas, la radio est utile.
Cela dépend de la situation. Est-ce que je m'adresse à un autre bateau, à une station côtière ou à toutes les stations radio ? Sur le canal 16 ou lors d'un appel à tous, je dois me conformer aux normes internationales pour que tout le monde comprenne de quoi il s'agit. Sur un canal de travail avec un port ou un yacht connu, cela peut être nettement plus détendu.
Au fond, cela reste simple : je nomme la station que j'appelle, puis moi-même, mon indicatif et je demande si je suis compris. Si je ne connais pas le nom d'un navire, je peux l'interpeller par sa position et son cap. Si j'ai l'AIS à bord, je peux appeler le navire de manière plus ciblée grâce à son MMSI.
Officiellement, on peut le faire jusqu'à trois fois. Dans la pratique, je le fais en fonction de la situation. Si l'on est pressé et que l'on sait clairement de qui il s'agit, une seule fois suffit parfois. Dans d'autres situations, la répétition est utile pour que l'autre comprenne bien qui appelle.
On devrait pouvoir épeler le nom de son propre bateau".
Il faut en tout cas savoir épeler le nom de son propre bateau. Il peut arriver qu'on vous le demande. Les noms de lieux peuvent également être importants. Ce qui nous semble évident peut avoir une toute autre signification pour un équipage international. La carte marine comporte des lettres, et c'est précisément à ces lettres que doit se référer un message radio.
Par exemple, lorsque j'envoie un message de sécurité, je note le message radio au préalable. Je peux ainsi le lire tranquillement, sans faire de bruit. C'est un conseil pratique simple qui donne beaucoup de sécurité.
Je commence toujours par écouter. Dans les ports, on remarque vite comment on y parle. Certains veulent être très formels, d'autres sont plus décontractés. Alors je m'adapte.
En cas de doute, il faut rester clair et précis. C'est plus important qu'une parfaite poésie radio. Si je m'adresse correctement au port, que je me nomme et que je demande si je suis compris, c'est déjà beaucoup de gagné. En cas de demande d'amarrage, la gentillesse aide également. Un ton amical ouvre souvent des portes.
L'anglais n'est pas toujours nécessaire".
Une grande idée fausse est qu'il faut toujours parler anglais. Ce n'est pas vrai. L'anglais est important lorsque j'émets sur le canal 16, lorsque je m'adresse à toutes les stations radio ou lorsque je ne sais pas si mon interlocuteur comprend ma langue.
Si j'appelle un port en Allemagne, je peux parler allemand. Si je parle à un yacht ami sur un canal de travail, il en va de même. On entend également sur la radio de secteur que les pilotes ou autres intervenants parlent allemand entre eux. Ce n'est pas une violation de la discipline radio.
La deuxième fausse hypothèse est la peur d'avoir immédiatement des ennuis pour une petite erreur. Bien sûr, il ne faut pas envoyer de bêtises. Mais les règles radio n'ont pas été créées pour compliquer les choses, mais pour communiquer de manière compréhensible dans le monde entier.
S'il y a une radio à bord, il faut un certificat de radio".
L'obligation de posséder un certificat radio dépend de ce qui est installé à bord. Si une installation radio maritime est embarquée, il faut le certificat de radiotéléphoniste maritime correspondant, donc en général le SRC. Pour les communications intérieures, il s'agit de l'UBI. Que l'appareil soit allumé ou non ne joue aucun rôle.
En cas d'urgence, tout le monde peut bien sûr utiliser la radio. Personne ne reçoit d'amende pour avoir passé un appel d'urgence. C'est pourquoi je considère que cela fait partie de tout briefing sur la sécurité. Avant chaque croisière, je montre à l'équipage où se trouve la radio et comment elle fonctionne.
Je prépare également un schéma pour l'appel Mayday. Les éléments les plus importants y sont déjà notés. Seuls la position et le type d'urgence restent libres. Si le commandant du bateau a besoin de moi à un autre endroit, par exemple en cas d'inondation ou de problème technique, quelqu'un d'autre peut lancer l'appel de détresse.
Une personne dans l'eau, c'est toujours une urgence".
On ne peut pas le dire de manière générale. Cela dépend de la chaîne de sauvetage qui a été déclenchée et de la manière dont le cas individuel est évalué. Il faut donc bien réfléchir pour savoir s'il s'agit vraiment d'une urgence.
Il existe cependant des cas clairs. Un L'homme dans l'eau est toujours une urgence. Si j'envoie Mayday ou si j'appuie sur le bouton Distress et que la personne est de nouveau à bord peu après, je peux ensuite annuler l'appel d'urgence. Dans ce cas, il ne s'agit pas d'une fausse alerte, mais d'une urgence qui a été réglée.
La première chose à faire est d'éteindre l'appareil et de le rallumer. De nombreux appareils répètent l'alarme jusqu'à ce qu'elle soit confirmée. En éteignant l'appareil, on l'interrompt d'abord. Certains appareils disposent également d'une fonction d'annulation, mais éteindre et allumer est l'étape de base sûre.
Ensuite, il faut immédiatement émettre sur le canal 16 et annuler la fausse alerte. Donc en substance : "Please cancel my distress alert", accompagné de l'heure et de ses propres données. L'important est de réagir rapidement, avant que l'aide ne s'échappe inutilement.
Le relais Mayday reste important"
Heureusement, je n'ai pas encore de Mayday. Mais j'ai déjà lancé un Mayday Relay, c'est-à-dire transmis un appel d'urgence. C'était aux Baléares. J'ai vu un yacht à moteur qui a soudainement pris feu. Les gens sautaient déjà du bateau, mais aucun appel de détresse n'est arrivé par radio. J'ai donc envoyé le Mayday Relay.
Le système vit grâce à l'aide des autres. Les voiliers en particulier, avec leurs hautes antennes, sont souvent en mesure de transmettre des signaux. Si j'entends un appel de détresse et qu'aucun centre de secours ne répond, il se peut que ce soit moi qui doive le transmettre.
Je n'ai aucune compréhension pour une telle attitude. Cela va à l'encontre de l'esprit de tout le système. La radio maritime est un système de sécurité commun. Quiconque navigue en mer en profite et en assume aussi la responsabilité.
Le téléphone portable ne remplace pas la radio maritime".
La première question est : qui dois-je appeler ? Beaucoup ne savent pas répondre clairement à cette question. Mais ce qui est encore plus important, c'est qu'avec un appel de détresse maritime, je n'atteins pas seulement un centre de coordination des secours, mais aussi tous les bateaux à proximité.
C'est la différence essentielle. Même au milieu de l'Atlantique, je lancerais un appel de détresse par VHF, même si la portée n'est peut-être que de 20 miles nautiques. En effet, les bateaux qui m'entendent sont peut-être les seuls à pouvoir intervenir rapidement. Un émetteur de détresse par satellite alerte certes un centre de contrôle, mais l'environnement immédiat ne le remarque pas dans un premier temps.
Pour moi, l'AIS fait partie de la radio maritime".
L'AIS est un excellent complément à la radio maritime. Je vois d'autres bateaux, j'obtiens leur nom et leur MMSI et je peux les interpeller de manière ciblée. Inversement, je deviens moi-même visible avec un émetteur-récepteur AIS actif.
C'est particulièrement important pour les bateaux de plaisance. Les yachts en plastique sont souvent de mauvaises cibles radar. L'AIS améliore la visibilité par rapport aux autres bateaux, notamment par rapport à la grande navigation qui doit être équipée. En même temps, il ne faut pas se méprendre sur l'AIS. L'affichage des cibles reçues n'est pas un système anticollision à part entière. Il faut toujours vérifier l'actualité et la fiabilité des données.
Je les vois comme un complément et non comme un remplacement de la radio maritime. Une RLS est très précieuse parce qu'elle fonctionne indépendamment du courant de bord et qu'elle alerte un centre de coordination des secours par satellite. L'inconvénient est que pour la navigation dans les environs, il s'agit d'abord d'une alarme silencieuse.
S'y ajoutent les appareils SART, aujourd'hui souvent basés sur l'AIS. Ils peuvent envoyer une position de détresse aux navires à proximité. Pour les cas d'homme à la mer, je considère les émetteurs AIS-MOB comme un grand progrès. Ils sont portés sur le gilet de sauvetage et envoient une position après déclenchement. Pour son propre yacht et pour les navires à proximité immédiate, c'est énormément utile.
Le portatif ne remplace pas une installation fixe".
Une radio portable est surtout précieuse comme réserve indépendante du courant de bord. Si je dois passer dans le radeau de sauvetage, je peux l'emporter et communiquer avec des sauveteurs potentiels. Pour cela, elle est sans concurrence.
Pour le quotidien à bord, je recommande toutefois une radio fixe encastrée. Elle utilise l'antenne du mât et a donc une bien meilleure portée. Si l'on ne souhaite pas se rendre en permanence sous le pont, on peut utiliser un appareil avec un deuxième élément de commande dans le cockpit. C'est généralement une meilleure solution qu'une radio portative comme appareil principal.
La radio n'est pas aussi mauvaise que beaucoup le pensent".
N'ayez pas peur. Bien sûr, il faut savoir ce que l'on fait. Mais la radio maritime est structurée de manière logique et nettement moins compliquée que beaucoup ne le pensent. Celui qui, avant de partir en croisière, se penche sur les procédures les plus importantes, dispose d'un tableau de communication à bord et explique à l'équipage comment fonctionne un appel de détresse, est déjà bien mieux préparé.
La radio n'est pas une pièce décorative ni un simple bouton d'urgence. C'est un outil qui permet de communiquer de manière claire, rapide et compréhensible sur l'eau. Et c'est pour cela qu'il faut l'utiliser.
L'interview a été réalisée par Timm Kruse pour le podcast de voile de YACHT. Vous pouvez écouter le podcast ici.

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