Morten Strauch
· 11.03.2024
En fait, je n'ai jamais rien eu à faire avec ce bateau. Il appartenait à mon oncle Heinrich Frischke, qui s'était mis en tête de construire un bateau. C'était un aventurier dans l'âme et il admirait les gens qui exploraient le monde par leurs propres moyens. C'est ainsi qu'il a lu les récits de Heinz Helfgen, qui a réalisé un tour du monde à vélo au début des années 1950. Plus tard, Francis Chichester et d'autres navigateurs en solitaire de son époque l'ont enthousiasmé et c'est sans doute à la suite de cela qu'il a décidé de se lancer lui aussi un tel défi et de répondre à l'appel des mers.
Mon oncle n'avait pas beaucoup d'argent à l'époque, mais il avait cette parcelle de forêt où il pouvait poursuivre son projet de construction de bateau sans être dérangé. Il montait tous les matériaux de construction à vélo avec une remorque. Il s'agissait parfois de tonneaux en tôle et de cadres de lit qu'il démontait en haut et qu'il soudait ensuite pour les adapter. Tout cela sans électricité ni machines. Le poste à souder était le seul véritable outil, tout le reste était fait à la main. Une performance respectable, à mon avis !
À ma connaissance, c'est une annonce parue dans YACHT qui l'a conduit à l'offre de vente d'un voilier en acier de dix mètres à Puerto de Andratx, à Majorque. Comme Heinrich avait entre-temps les moyens de le faire, il a acheté le bateau sans hésiter. Son projet de construction a ensuite été un peu perdu de vue.
En novembre 1987, à l'âge de 73 ans, il est parti de Majorque pour Las Palmas de Gran Canaria, où il devait retrouver ma famille. Mais au large des côtes algériennes, il a été pris dans une violente tempête à Khadra. Henri a fait naufrage et s'est noyé. C'était comme s'il avait répondu à un appel du destin si puissant qu'il ne pouvait pas l'éviter. Il est enterré à Alger.
Oui, qui aurait pu l'emporter après sa mort ? Ma mère avait hérité du terrain et du bateau, mais elle n'a pas pu s'en occuper, pas plus que je n'ai pu le faire quand j'ai hérité d'elle. En général, il est difficile de transporter quoi que ce soit sur les chemins de terre. Mais je le considère aussi comme une sorte de monument à la mémoire de mon oncle décédé. Entre-temps, le bateau est devenu une petite célébrité, et un historien local et conteur propose même des randonnées guidées.
Mon oncle s'intéressait beaucoup à l'histoire. Il était particulièrement intéressé par l'Empire allemand et son ancienne colonie, l'Afrique du Sud-Ouest allemande, aujourd'hui la Namibie. La capitale Windhoek semble l'avoir inspiré, bien qu'il n'y soit jamais allé lui-même. Je ne peux pas dire s'il avait l'intention d'y naviguer. Mais l'idée est belle !

Rédacteur News & Panorama