Tatjana Pokorny
· 17.07.2026
Un renouveau grâce à un changement radical de catégorie ? C'est selon cette devise que les organisateurs de la classique française « La Solitaire du Figaro » ont pris leur décision à l'issue d'un processus d'analyse qui a duré plusieurs mois. L'organisateur OC Sports a annoncé aujourd'hui que la course se disputerait à partir de 2028 sur des trimarans de type Ocean Fifty. D'ici deux ans déjà, ces trimarans d'environ 15 mètres de long devraient remplacer les monocoques à foils de type Figaro Bénéteau 3, d'environ dix mètres de long, actuellement en service..
Selon leurs propres déclarations, les organisateurs ont pris cette décision révolutionnaire dans un contexte de baisse de la fréquentation. Ce changement radical de catégorie équivaut à une rupture culturelle, car depuis le début des années 1990, le Figaro, avec ses bateaux de classe unique, était considéré comme le symbole de la voile en solitaire de haut niveau entre pairs, ainsi qu’une école réputée et un terrain d’essai pour les experts de la voile au large.
De nombreux solistes de renom ont fait leurs premières armes au Figaro, où ils se sont fait remarquer par des performances exceptionnelles. Ils ont ensuite réussi à intégrer les classes de haut niveau telles que l'IMOCAs ou l'Ultim. Parmi eux figuraient et figurent encore des personnalités célèbres telles que Charles Caudrelier, skipper de « Gitana », Franck Cammas, véritable touche-à-tout, ainsi que des vainqueurs du Vendée Globe comme François Gabart, Armel Le Cléac’h et l'exceptionnel Charlie Dalin, décédé cette année.
Tous ces navigateurs, ainsi que tant d'autres talents, ont marqué, affûté et fait progresser La Solitaire du Figaro dès le début de leur carrière. La 57e édition s'est déroulée début juin de cette année Nico Lunven, l'ancien copilote de Boris Herrmann, a remporté la victoire. Après ses victoires au Figaro en 2009 et 2017, et après une pause de neuf ans, Lunven avait une nouvelle fois démontré tout son talent lors de ce retour phénoménal.
Ce changement de catégorie, annoncé pour 2028, fait l'effet d'un coup de tonnerre dans le monde de la voile au large. Le passage des monocoques aux multicoques intervient plus d’un demi-siècle après la création de la course en 1970 par Jean-Louis Guillemard et Jean-Michel Barrault – à l’époque sous le nom de « Course de l’Aurore ».
En France, tout navigateur de course au large, qu’il soit en devenir ou déjà confirmé, connaît « La Solitaire du Figaro Paprec ». Cette course est considérée comme un vivier de futures stars de la voile au large, comme l’épreuve ultime pour les solitaires, et comme un tremplin vers la Class40, les IMOCA ou les Ultims. Depuis plus d’un demi-siècle, cette course est une référence majeure dans le monde des régates au large françaises. Ceux qui y réussissent voient souvent d’autres portes s’ouvrir à eux.
Aujourd’hui, le Groupe Figaro, propriétaire de la course depuis 1980, et OC Sport Pen Duick, organisateur depuis 2011, ont décidé de changer de bateau. Et cette décision touche de plein fouet de nombreux « Figaristes » en herbe et confirmés. Le passage de la classe monocoque à la classe multicoque est considérable. Cela vaut tant sur le plan technique que financier.
La classe Figaro est considérée, aux côtés et après la catégorie d'initiation classique des « Mini », comme une classe de perfectionnement importante. Jusqu'à présent, il était possible de mener une campagne pour La Solitaire du Figaro avec un budget minimal et un bateau emprunté, pour un coût annuel compris entre 50 000 et 70 000 euros. Ceux qui souhaitaient participer à la course avec un bateau neuf et une campagne de haut niveau pouvaient même atteindre 200 000 euros par an.
Mais à partir de 2028, les participants au Solitaire du Figaro devront s’attendre à des « Ocean Fifties » dont le budget annuel se situera entre un et trois millions d’euros. La course change ainsi considérablement de nature, non seulement en termes de choix de bateau, mais aussi en ce qui concerne le profil des participants potentiels. « Les coûts vont exploser », constate notamment Hendrik Lenz, navigateur de la classe Mini, qui envisageait de se lancer dans la classe Figaro, mais qui préfère pour l'instant attendre de voir comment la situation évolue.
« Ma conviction de vouloir y participer est désormais moins certaine. Mais peut-être qu'un nouvel organisateur se présentera pour reprendre le flambeau de la classe Figaro. » Hendrik Lenz
Lenz, à l'instar de nombreux navigateurs français de la classe Figaro concernés, fait remarquer qu'avec le passage des monocoques à foils aux grands trimarans, « la transition entre la catégorie Mini et les catégories supérieures » disparaît. Il ne resterait alors que la Class40, qui nécessite toutefois des budgets annuels d’environ 300 000 euros, voire plus.
Parmi les anciens participants allemands à La Solitaire du Figaro, considérée comme le championnat du monde officieux des navigateurs de la classe Figaro Bénéteau 3, on peut citer Jörg Riechers, originaire de Hambourg et Sanni Beucke, originaire de Kiel. La vice-championne olympique de la classe 49erFX à Enoshima avait délibérément choisi la classe Figaro, réputée exigeante, dans le but de se perfectionner en navigation au large.
À propos de ce changement de cap révolutionnaire qu’ils viennent d’annoncer, les dirigeants affirment vouloir « donner au Figaro les moyens de perpétuer son héritage tout en préservant les principes fondamentaux qui ont façonné son identité depuis sa création ». L'objectif est d'assurer l'attrait médiatique et de proposer une action aussi captivante que possible dans les régions traversées chaque année par la course.
Un facteur déterminant de ce changement radical – comme l’ont clairement indiqué les organisateurs dans leur communiqué du 17 juillet – réside dans la préservation et le renforcement de la course en tant qu’événement majeur pour le public et les médias, qui attire chaque année de grandes foules dans les ports d’accueil et touche un large public via les principaux canaux médiatiques.
L'argumentation des responsables : « La Solitaire du Figaro doit donc continuer à s'adapter pour répondre à ces nouvelles attentes, susciter l'enthousiasme du public, apporter une valeur ajoutée aux villes d'accueil, renforcer son attractivité auprès des partenaires et accroître sa couverture médiatique. C’est seulement ainsi qu’elle pourra continuer à jouer son rôle de pilier de la voile hauturière française. » Le caractère de cette régate en solitaire par étapes sera également préservé avec les Ocean Fifties.
Alors que la classe Figaro Bénéteau 3, qui va bientôt disparaître, suscite une certaine opposition et que les critiques pleuvent sur les réseaux sociaux, de premières idées émergent pour éventuellement créer une nouvelle course avec ces monocoques à foils. D'ici là, on peut espérer une finale émouvante du Figaro-Bénéteau l'année prochaine. Le 58e Figaro Paprec se disputera alors une dernière fois sur les célèbres bateaux de type Figaro Bénéteau 3. Il en sera de même pour « La Transat Paprec », une régate mixte en double.

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