Le 24 août, des mini-tsunamis ont été observés sur plusieurs portions du littoral de Majorque. À Port d’Alcúdia, l’eau a atteint le rivage et les terrasses des restaurants. Des variations inhabituelles du niveau de l’eau ont également été signalées à Port d’Andratx, Port de Sóller et Port Adriano.
À Minorque, la situation était plus marquée. Dans le port de Ciutadella, le niveau de l'eau a oscillé lundi jusqu'à 1,44 mètre. Dans la nuit du jeudi au vendredi 28 août, la baie de Santandria a en outre été entièrement inondée. L'eau s'est infiltrée jusqu'au rez-de-chaussée d'un hôtel et d'autres établissements. Les pompiers et la police ont procédé au pompage de l'eau. Une alerte reste en vigueur pour Minorque.
Les images prises dans les ports et sur les plages sont certes spectaculaires, mais aucun rapport confirmé faisant état de dégâts sur des voiliers ou des yachts à moteur à Majorque ou à Minorque n'a été signalé à ce jour.
« Rissaga » est le terme local utilisé à Minorque. « Météotsunami » en est la désignation scientifique. L’expression « mini-tsunami » décrit certes le phénomène de manière imagée, mais elle peut prêter à confusion. Il ne s’agit pas d’une vague unique qui déferle, comme c’est le cas pour le ressac.
C'est plutôt toute une masse d'eau qui oscille. Dans un port, l'eau peut d'abord s'écouler avec une force inhabituelle. Quelques minutes plus tard, elle revient en force. Ce mouvement peut se répéter plusieurs fois. Ce ne sont pas seulement les différences de niveau qui sont déterminantes, mais aussi les courants qui se forment lors du remplissage et de la vidange rapides.
Un tsunami tectonique est généralement provoqué par un mouvement soudain du fond marin, comme lors d'un séisme sous-marin. Un météotsunami, en revanche, prend naissance dans l'atmosphère. De rapides variations de la pression atmosphérique provoquent la formation de longues vagues à la surface de la mer.
Tout commence par l'effet inverse du baromètre : une variation de la pression atmosphérique d'un hectopascal correspond, en termes statiques, à une variation d'environ un centimètre du niveau de l'eau. Une variation de pression de quelques hectopascals ne provoque donc pas immédiatement une vague de plusieurs mètres de haut.
L'amplification décisive se produit en plusieurs étapes. Une perturbation de pression atmosphérique en mouvement peut sans cesse propulser une longue onde d'eau lorsque les deux se déplacent à une vitesse presque identique. Cette résonance de Proudman fonctionne de manière similaire à une balançoire qui monte de plus en plus haut grâce à de petites poussées parfaitement synchronisées.
Ces conditions ont fait l'objet d'études particulièrement approfondies pour le canal de Minorque. Une étude récente publiée dans le Journal of Geophysical Research : Oceans indique que, pour une amplification optimale, les vitesses de propagation de la perturbation atmosphérique se situent entre environ 24 et 36 mètres par seconde. Cela correspond à environ 86 à 130 kilomètres par heure. À des profondeurs comprises entre environ 70 et 120 mètres, cela correspond à la vitesse des longues ondes aquatiques. Les modélisations indiquent un renforcement d'un facteur dix environ dans le canal de Minorque.
Vient ensuite le deuxième amplificateur, situé sur la côte. Si l'onde longue rencontre une baie appropriée ou un long bassin portuaire, celui-ci peut lui-même entrer en résonance. Le port oscille alors comme une baignoire. Une fluctuation du niveau de la mer, initialement minime, peut, dans le pire des cas, se transformer en un mouvement bien plus important.
La Ciutadella combine ces deux effets. Le chenal portuaire, long et étroit, se trouve à l'extrémité du canal de Minorque. Le bassin portuaire présente une période d'oscillation naturelle d'environ 10,5 minutes. Lorsqu'une vague à longue période et à forte énergie arrive dans cette plage de temps, elle est encore amplifiée dans le port.
La combinaison de la résonance de Proudman en pleine mer et de la résonance du port de Ciutadella est considérée comme la clé des grandes tempêtes. Une Analyse sur 50 ans publiée en 2026 a enregistré à Ciutadella, entre 1975 et 2025, un total de 191 événements de météotsunami présentant une variation du niveau de l'eau d'au moins 60 centimètres. L'étude confirme également que les événements particulièrement extrêmes, avec des amplitudes supérieures à trois ou quatre mètres, étaient souvent liés à des conditions météorologiques convectives et à des variations brusques de la pression atmosphérique.
Ainsi, deux ports situés à proximité l'un de l'autre peuvent réagir de manière totalement différente face à une même situation météorologique. L'atmosphère donne l'impulsion initiale. La profondeur de l'eau, l'orientation du littoral ainsi que la forme et la période propre d'un port déterminent en partie l'intensité finale du mouvement.
En Méditerranée, l'amplitude astronomique normale des marées est faible. À Ciutadella, elle est d'environ 20 centimètres. Une variation soudaine d'un mètre ou plus constitue donc une situation exceptionnelle pour les postes d'amarrage, les amarres et les défenses.
En cas de descente soudaine, un yacht peut s'échouer ou se retrouver accroché si bas près du quai que les amarres subissent une charge inhabituelle. Avec l'afflux d'eau qui s'ensuit, le niveau et la direction du courant changent rapidement. Les bateaux peuvent être poussés contre le quai, les yachts voisins ou les pontons. En cas d'événements extrêmes, les amarres peuvent se rompre et les bateaux peuvent être emportés par le courant.
Lors du grave incident de « Rissaga » survenu le 15 juin 2006, des chercheurs ont modélisé, dans le port de Ciutadella, des courants pouvant atteindre environ 1,8 mètre par seconde, soit environ 3,5 nœuds. Les « Rissagas » historiques témoignent ainsi du potentiel de dégâts.
Les raz-de-marée sont aujourd’hui plus faciles à détecter qu’auparavant. Pour Ciutadella, il existe des modèles spécifiques qui combinent les données météorologiques et la réaction de la mer. Il reste toutefois difficile d’en prédire la hauteur exacte. Même de légères différences dans la direction, la vitesse et l’évolution dans le temps d’une onde de pression peuvent modifier considérablement la résonance.
Pour Ciutadella, on s'attendait lundi à un niveau pouvant atteindre 1,20 mètre, mais les mesures ont indiqué 1,44 mètre. Il est donc plus important pour les skippers de tenir compte des alertes que d'essayer de déduire, à partir d'une prévision régionale, le niveau exact à leur propre poste d'amarrage.
Pour les équipages et les bateaux amarrés au port, cela signifie : prendre les alertes au sérieux, vérifier le passage des amarres et les protections anti-frottement, prévoir une marge de manœuvre suffisante et ne pas laisser le bateau sans surveillance en cas d'écoulement d'eau anormal. Si vous vous trouvez dans un port particulièrement exposé, respectez les consignes locales émises par les autorités portuaires, la marina et le service météorologique.
En ce qui concerne la préparation à quai, les mêmes principes s'appliquent que lors d'une tempête ou d'une crue exceptionnelle, mais ils doivent être respectés de manière particulièrement rigoureuse dans le cas d'une « Rissaga ». Longues amarres et cordes d'amarrage permettent de changer rapidement de niveau. Cordes supplémentaires, points d'ancrage résistants et protection anti-abrasion répartissent les pics de charge. En cas de gonflement et de mouvements importants, cela aide également à amarres extensibles et Amortisseur de chocs. Les défenses doivent être réparties de manière à ce que le flanc du bateau reste protégé même lorsque la position par rapport au quai change. L'aperçu explique quels types de défenses conviennent à cet effet Types de défenses à bord.
Le savoir-faire marin Il aborde aussi bien la météorologie et les marées que les manœuvres, la conduite sécurisée d'un bateau et le comportement à adopter en cas d'accident. Pour la préparation d'une expédition en voilier, cet ouvrage aide avant tout à mettre en relation l'évolution météorologique et les préparatifs pratiques à bord. Les skippers expérimentés y trouveront également une remise à niveau systématique sur les amarrages, les manœuvres portuaires et les procédures d'urgence, lorsque des conditions inhabituelles viennent soudainement bouleverser le quotidien à bord.
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Avez-vous déjà vécu une « Rissaga » et comment le niveau de l'eau et le courant ont-ils évolué dans votre port ?

Rédacteur en chef Digital