Les Français ont toujours fait preuve d'imagination lorsqu'il s'agit de penser hors des sentiers battus. Quelqu'un se souvient-il encore de l'Atoll 43 de Dufour qui, peu avant le début du millénaire, a fait voler en éclats les idées reçues sur les bateaux de croisière ?
Il avait une énorme superstructure qui couvrait la moitié du cockpit et faisait du salon et de l'office une manifestation en plein air. La fin du bateau-cave, en quelque sorte, et la naissance du "monomarin", c'est-à-dire le croisement des attributs du catamaran avec ceux du monde monocoque. Mais l'idée ne s'est pas vraiment imposée.
Il y a quatre ans, Jeanneau a présenté le Sun Loft 47, un modèle conçu uniquement pour le marché du charter, qui présentait une certaine proximité conceptuelle avec l'Atoll, mais dans une coque beaucoup plus volumineuse. Annette Roux, la grande dame du groupe Beneteau, s'est montrée particulièrement enthousiaste à propos de la dînette arrière inhabituellement grande, qui peut être transformée en un grand bain de soleil. Il est impossible que ce soit seulement un yacht de 47 pieds, aurait-elle dit, incrédule.
Maintenant, avec le nouveau 55, qui a été développé spécifiquement pour le marché des propriétaires, Jeanneau repousse encore plus loin les limites du possible.
La surface disponible sur toute la largeur de 4,99 mètres n'est tout simplement pas de ce monde. Même si l'on ne transforme que le côté tribord en salon, quatre à six membres d'équipage peuvent y trouver une place au soleil ou - au choix - sous un bimini ombragé. Et à bâbord, il y a presque autant d'espace disponible.
Ah oui, et sur le pont avant, il y a aussi, sur demande, des matelas pour deux ou trois compagnons de voyage, bien sûr également recouverts d'une toile qui s'accroche au mât et à deux barres en fibre de carbone fixées au bastingage. La surface de pont utilisable n'a jamais été aussi importante - si l'on exclut les catamarans de croisière de la comparaison.
Plus, plus, plus n'est pas un concept suffisant, d'autant plus qu'il y a toujours des limites à l'espace limité d'un bateau, même si sa coque mesure 16 mètres de long. Et il y en a bien sûr aussi sur le Jeanneau Yachts 55.
Pourquoi donc cet œuf surprise d'un yacht, alors que le Jeanneau Yachts 60, également dessiné par Philippe Briand, se présente de manière si différente, relativement normale ? Et que peut encore faire le 55 ?
Commençons par nous demander ce qu'elle a d'autre d'unique à offrir. Car il y en a beaucoup. Les postes de pilotage se trouvent à l'avant du pont arrière, mais derrière la partie couverte du cockpit. Stricto sensu, ils se raccordent à la structure de la cabine des deux compartiments arrière. Et cela tombe bien, car grâce au cockpit "walk-around" en continu réalisé ici aussi, ils offrent de nombreuses positions vraiment de premier choix pour barrer.
Celui qui cherche à se protéger des éclaboussures ou de la pluie reste à l'arrière. Ceux qui souhaitent avoir une vue optimale sur les voiles et la mer se placent légèrement sur le côté. De là, on peut aussi atteindre de manière optimale les winchs montés à hauteur de hanches. En matière d'ergonomie, il n'y a guère de meilleur agencement sur le marché. En position couchée, on peut en outre s'appuyer sur une section de bastingage agréablement haute qui, dans la zone des colonnes de commande, est constituée de tubes en acier inoxydable et non pas seulement de fil métallique comme c'est généralement le cas. La classe !
Devant ce que l'on peut appeler le cockpit de travail se trouvent les deux descentes vers les chambres arrière, devant lesquelles se trouve une sorte de cockpit central pour les invités avec un poste de navigation. Par rapport au reste du bateau, c'est plutôt étroit, mais extrêmement protégé. La dînette à tribord peut accueillir au maximum quatre passagers, bien que le bateau dispose de six couchettes. En cas de mauvais temps, on ne peut donc pas loger tout l'équipage sous le toit fixe. En revanche, la table peut être abaissée et le canapé en U transformé en lit double au niveau du pont, ce qui peut être intéressant pour la veille en cas de longues traversées.
C'est sous le pont que le Jeanneau Yachts 55 s'écarte le plus des standards des bateaux de croisière modernes, ne serait-ce que par les deux descentes vers les cabines arrière qui s'ouvrent comme des portes à deux battants. Celles-ci offrent des espaces séparés, complètement isolés acoustiquement, qui disposent également de leurs propres salles d'eau - avec de grandes couchettes doubles, une hauteur debout importante et une bonne liberté de mouvement. Il faut juste s'habituer au sentiment d'être largement coupé du reste de l'équipage dès que l'on ferme le capot en plexiglas sur la descente.
Mais l'intention est claire, comme pour le concept de pont : le Jeanneau Yachts 55 doit offrir sur une seule coque autant d'intimité que seuls les catamarans en offrent habituellement.
Le reste de l'aménagement est donc également différent. Depuis la descente centrale, on accède à bâbord à un salon compact avec deux tables convertibles en salon et une dînette ; à tribord se trouve la très grande cuisine en L, qui se confond pour ainsi dire visuellement avec le salon. Bien qu'il s'agisse de la plus grande pièce à bord, elle n'occupe qu'un quart de la longueur de la coque et n'est pas aussi opulente que d'habitude sur les bateaux de ce calibre.
C'est pourquoi le designer d'intérieur Andrew Winch a prévu deux portes coulissantes vers la chambre du propriétaire à l'avant du bateau. Elles ouvrent énormément la cloison principale et peuvent de toute façon rester ouvertes la plupart du temps, car cela fait partie du concept du Jeanneau Yachts 55 : en séparant complètement les cabines des invités, la partie avant et centrale de la cabine est quasiment réservée aux propriétaires. Ainsi, la chambre avant et sa salle d'eau correspondent à peu près au format d'un Jeanneau Yachts 60.
L'aménagement est tout à fait solide, tant au niveau du style que du toucher. On sent l'expérience que Jeanneau a acquise dans le segment des bateaux à moteur haut de gamme, où le chantier naval fait désormais partie de l'establishment avec sa marque Prestige. Malgré tous les artifices du constructeur Philippe Briand, le rouf est imposant et le bord arrière de la superstructure avec les roues de gouvernail n'a pas pu être intégré au design.
Sur le plan de la navigation, le Jeanneau Yachts 55 promet tout de même un certain potentiel. Avec 18,5 tonnes, il pèse moins à vide que les autres yachts de ce format. Dans son équipement standard avec grand-voile à enrouleur et foc auto-vireur, il a un coefficient de charge de 4,3, ce qui est typique d'un bateau de croisière. Avec un génois (110 %) et une grand-voile lattée en option, ce chiffre peut être augmenté à 4,8, ce qui est déjà très sportif. Voilà pour la forme sur papier. Nous aurons l'occasion de le tester pour la première fois au printemps.
Reste la question du pourquoi ?!
Pour cela, il vaut la peine d'observer l'évolution du marché au cours des 20 dernières années. Au cours de cette période, la part des ventes de yachts de croisière de plus de 45 pieds a augmenté rapidement, et la part des recettes encore plus. Les constructeurs en série doivent réussir dans ce segment s'ils veulent avoir du succès à long terme. A lui seul, Jeanneau a vendu plus de 1100 bateaux du segment haut de gamme depuis 2002 ; ce qui représente au total environ un milliard de chiffre d'affaires.
Or, dans le même temps, le segment des multicoques a connu une croissance encore plus forte, tant sur le marché de la location que sur celui des propriétaires. Quoi de plus naturel donc que de développer un bateau qui combine de nombreux avantages des catamarans de croisière avec les sensations de navigation et les coûts d'exploitation réduits d'un monocoque - et pour lequel il n'existe absolument aucune alternative sur le marché de l'occasion.
Le Jeanneau Yachts 55 est né de ces réflexions et si le concept fonctionne, il perpétuera sans aucun doute le succès de la marque dans le segment du luxe. En tout cas, il mérite déjà le titre de première mondiale la plus audacieuse, la moins conventionnelle et la plus innovante de ce boot Düsseldorf. Vous la trouverez dans le hall 16, derrière le stand Bavaria.
Le prix de base est de 821 100 euros TTC.