Fabian Boerger
· 18.06.2026
Cette affaire a choqué le monde de la voile bien au-delà de Hambourg. Entre 2015 et 2023, un entraîneur de deux clubs de voile situés au bord de l’Alster a abusé de plusieurs enfants, lors de stages de voile organisés par ces clubs et en dehors de ceux-ci. En avril 2025, le tribunal régional de Hambourg a condamné cet homme originaire de Hambourg, aujourd’hui âgé de 30 ans, pour dix des 19 chefs d’accusation retenus contre lui, pour abus sexuels, dont certains graves, sur des enfants et des adolescents.
La Cour fédérale de justice a rejeté le pourvoi en cassation. Le jugement, dont YACHT a pris connaissance, est désormais définitif. Ce qui rend cette affaire particulièrement grave, c’est que, bien que les deux clubs aient reçu des avertissements, l’un d’entre eux a continué à employer l’entraîneur. Cela a donné lieu à de nouvelles agressions. Mais comment en est-on arrivé là ?
Le jugement retrace en grande partie les faits et le parcours de l'auteur. Selon ce document, l'accusé a appris à naviguer dès son enfance dans l'un des deux clubs situés au bord de l'Außenalster. À 16 ans, il a commencé à y travailler comme entraîneur bénévole, puis il a également effectué un service civique fédéral au sein du club voisin. Il a ensuite suivi des études pour devenir enseignant. Parallèlement, il accompagnait des régates et des stages d'entraînement.
Ce que personne n'avait soupçonné pendant longtemps : à partir de 2015, il a commencé à abuser sexuellement d'enfants de l'association. Ces faits se sont principalement produits lors de séjours de voile, au cours desquels les participants dormaient tous ensemble dans une yourte la nuit. Mais selon le tribunal, des agressions sexuelles se sont également produites à plusieurs reprises à d'autres occasions.
Les victimes étaient des garçons membres du club, prépubères, âgés de 10 à 14 ans. Selon le jugement, l'auteur des faits ciblait délibérément des enfants particulièrement vulnérables en raison de situations familiales difficiles. L'une des victimes avait perdu sa mère et vivait dans une famille d'accueil. Le Miroir et ça Hamburger Abendblatt ont rendu compte en détail de cette affaire.
Le fait que de nombreux actes soient restés longtemps méconnus est notamment attribué au climat familial qui régnait au sein du club où l'entraîneur exerçait principalement. La proximité physique y était longtemps considérée comme quelque chose de positif, comme un signe d'attachement particulier. Les experts parlent d’un terreau idéal pour ce qu’on appelle le « grooming ». Il s’agit là d’un processus systématique et à long terme visant à gagner la confiance d’autrui afin de repousser les limites et de rendre les enfants dociles en vue d’abus sexuels.
En octobre 2022, lors d'un stage d'entraînement, deux entraîneuses d'un autre club ont constaté que l'entraîneur avait un comportement inapproprié envers certains enfants. Elles ont immédiatement signalé l'incident. L'entraîneur a alors dû quitter le stage prématurément. L'association Hamburger Sportjugend en a également été informée et a pris en charge le dossier.
L'un des deux clubs a réagi rapidement : il a suspendu l'entraîneur dès que l'incident a été porté à sa connaissance, puis l'a licencié peu après. Dans un communiqué rendu public, le comité directeur a évoqué un « grave problème de limites entre proximité et distance ». Une réunion a eu lieu début 2023. Outre les clubs concernés, des représentants de fédérations de voile et de sport y ont participé. La recommandation des experts était sans équivoque : ne pas prolonger le contrat de l'entraîneur.
Dans l'autre club, la direction a réagi différemment. Elle a ignoré la recommandation. Au contraire, elle a soutenu l'entraîneur et l'a laissé continuer à participer à des sorties en voilier. Avec des conséquences dramatiques : entre l'été 2022 et l'automne 2023, d'autres agressions auraient eu lieu, comme l'a constaté par la suite le tribunal.
Ce n'est qu'au début de l'année 2024 que le deuxième club a également suspendu l'entraîneur, alors que les accusations devenaient de plus en plus concrètes. Au printemps 2024, plusieurs victimes ont porté plainte. En juillet 2024, la police a arrêté l'accusé ; le procès s'est tenu en mars 2025 devant le tribunal régional de Hambourg. Au cours de celui-ci, un expert a constaté un trouble de l'orientation sexuelle se traduisant par une pédophilie exclusivement homosexuelle.
Le 28 avril 2025, le tribunal a condamné l'entraîneur à une peine d'emprisonnement totale de quatre ans et six mois. À cela s'ajoutent des dommages-intérêts pour préjudice moral. La Cour fédérale de justice a rejeté le pourvoi en cassation au printemps 2026 ; le jugement est désormais définitif.
Le procès s'est déroulé devant une chambre des mineurs, car l'entraîneur avait moins de 21 ans au moment des faits. Le tribunal l'a toutefois condamné en vertu du droit pénal applicable aux adultes – et a ouvert le prononcé du jugement au public. Il s’agit là d’un appel clair lancé aux clubs et aux fédérations, les exhortant à traiter systématiquement les cas de fautes professionnelles.
Mais si la procédure judiciaire s'est achevée avec le prononcé du jugement, la question de savoir ce que les clubs et les fédérations en feront reste en suspens.
À la suite de ce jugement, le club qui avait suspendu l'entraîneur prématurément a publié un communiqué dans lequel il condamnait fermement l'attitude du club voisin. Depuis le printemps 2023, il aurait tenté d'influencer le comité directeur de ce dernier, mais en vain.
Comme l'entraîneur continuait d'exercer ses fonctions, il était impossible de lui interdire l'accès au ponton commun. « Les responsables devaient sans cesse intervenir lorsque l'entraîneur tentait d'entrer en contact avec les enfants », écrit le club. « Une situation insupportable. »
On n'a pas connaissance de victimes au sein de son propre club. Les auteurs de la prise de position n'excluent pas qu'il ait pu y avoir des tentatives d'approche. Le jugement laisse également ouverte la possibilité que d'autres faits aient pu être commis en plus de ceux pour lesquels les accusés ont été condamnés.
Le DSV aide les associations à élaborer des plans de protection. Le point de contact central est joignable à l'adresse schutzvorgewalt@dsv.org.
De plus, beaucoup ont Associations et fédérations des personnes de confiance et des responsables de la protection de l'enfance au sein de l'établissement.
Une point de contact indépendant pour les victimes de violences : Safe Sport e.V. : Tél. 0 800/11 222 00 ou : ansprechstelle-safe-sport.de
Dans une déclaration à YACHT, le club, qui a maintenu l'entraîneur à son poste, s'est exprimé en ces termes : « Nous reconnaissons que certaines décisions ont été prises par le passé que nous jugerions différemment aujourd'hui. » La direction du club en place à l'époque est consciente de ses responsabilités, poursuit le communiqué.
Les fédérations sportives ont recommandé aux dirigeants du club de démissionner, mais ceux-ci ont préféré quitter leurs fonctions à l'issue d'élections anticipées. L'un des jeunes concernés s'est confié au *Hamburger Abendblatt* et a déclaré qu'il aurait souhaité que quelqu'un au sein du club assume clairement la responsabilité de ces manquements. Cela n'a pas été le cas jusqu'à présent.
À la question posée par le magazine YACHT, qui demandait pourquoi aucune mesure n’avait été prise plus tôt, la nouvelle direction du club a répondu de manière évasive : « En tant que comité directeur nouvellement élu, nous ne pouvons pas nous prononcer de manière définitive sur le déroulement détaillé des événements de l’époque. » Le communiqué précise en outre qu’une avocate spécialisée externe a été mandatée pour examiner les circonstances et le déroulement des faits de manière neutre et objective. Des mesures concrètes devraient en découler. La nature de ces mesures et la date de leur mise en œuvre n’ont toutefois pas été précisées.
La Fédération allemande de voile (DSV) a indiqué avoir été informée des faits en 2022, en même temps que l'association « Hamburger Sportjugend ». C'est cette dernière qui a pris en charge le dossier. « Cela correspond à la procédure prévue à Hambourg en cas d’intervention », écrit la DSV. Ce n’est qu’après le prononcé du jugement que la fédération a été plus étroitement impliquée dans la procédure.
La DSV ne souhaite pas s'exprimer sur les mesures concrètes qui ont été prises ni sur les recommandations formulées par la fédération. Elle explique que cela vise à protéger les personnes concernées et à préserver la confidentialité. D'une manière générale, précise la DSV, dès que des indices sérieux pèsent contre des personnes, celles-ci « ne devraient plus être affectées à des activités sensibles impliquant des enfants et des adolescents jusqu'à ce que la situation soit clarifiée ».
Et d’ajouter : « En cas de condamnations pénales définitives pour violences sexuelles, la DSV retire immédiatement les licences en cours de validité. Pour nous, une chose est claire : les auteurs de violences sexuelles n’ont pas leur place dans le monde de la voile organisée. »
L'appel lancé par les victimes aux clubs et fédérations en rendant leur histoire publique semble avoir été entendu. Mais sa mise en œuvre se fait attendre. « Il est important de comprendre que le travail de mémoire n’est pas une démarche ponctuelle, mais un processus », explique la DSV. Il est essentiel que les clubs et les fédérations tirent des conséquences concrètes des erreurs du passé, afin de protéger les enfants et les adolescents. Les mois à venir montreront si cela aboutira.
Le magazine YACHT continuera à suivre ce sujet. Nous souhaitons savoir : comment votre association aborde-t-elle cette question, notamment en matière de prévention des violences sexuelles ? Faites-le-nous savoir dans les commentaires.

Rédacteur News & Panorama