Ursula Meer
· 10.09.2026
L'Instituto Hidrográfico, l'Institut hydrographique de la Marine portugaise, a mis en ligne le 8 septembre 2026 une plateforme dédiée aux observations d'orques. Le Portail officiel d'Orca affiche sur des cartes les observations et interactions signalées, signale les alertes nautiques et recueille les nouveaux signalements d'observations ou d'attaques via un formulaire en ligne. Les personnes qui s'inscrivent peuvent en outre recevoir des notifications par e-mail.
Pour les plaisanciers, c'est bien plus qu'une simple carte de plus. Pour la première fois, un organisme portugais rassemble ces informations dans une offre officielle. Elle ne remplace toutefois ni la planification de l'itinéraire par le navigateur lui-même, ni les alertes en temps réel, ni les communications radio sur place. Que permet cette nouvelle carte, quelles sont ses limites et comment s'intègre-t-elle dans le paysage informationnel existant ?
Le 23 juillet 2026, le voilier « Idem » a coulé au large d'Estaca de Bares. Les orques avaient tellement endommagé le gouvernail que l'eau s'était infiltrée et que le bateau était irrécupérable. Les deux navigateurs à bord ont été secourus par un bateau à moteur qui se trouvait à proximité – ils étaient sains et saufs, mais avaient perdu leur bateau. Il s'agit de la dernière d'une série de huit pertes totales recensées depuis 2022.
Des événements comme celui-ci montrent pourquoi disposer d’informations fiables en temps réel n’est pas une simple question théorique pour les navigateurs qui empruntent l’Orca Alley. Il est donc d’autant plus important que l’Instituto Hidrográfico, l’institut hydrographique de la marine portugaise, ait mis en ligne le 8 septembre 2026 une plateforme dédiée aux événements liés aux orques. Le portail officiel consacré aux orques affiche sur des cartes les observations et interactions signalées, renvoie vers les alertes nautiques et recueille les nouveaux signalements d’observations ou d’attaques via un formulaire en ligne. Les personnes qui s’inscrivent peuvent également recevoir des notifications par e-mail.
Pour les plaisanciers, c’est bien plus qu’une simple carte de plus. Pour la première fois, un organisme portugais rassemble ces informations dans un service officiel. Elle ne remplace toutefois ni la planification de l’itinéraire par le plaisancier lui-même, ni les alertes en cours, ni les communications radio sur place.
Il suffit de parcourir ces jours-ci les pages Facebook des groupes consacrés aux orques pour se rendre rapidement compte de l'ampleur du phénomène. Rien qu’entre le 1er août et le 7 septembre, des attaques ont été signalées : deux fois au large d’Huelva, une fois au large de Tarifa, près de Setúbal, au large de Laxe, de Vigo, du cap de São Vicente et de Penedo da Saudade. Entre-temps, des observations ont été signalées à plusieurs reprises, ainsi que des témoignages d’équipages qui s’en sont sortis indemnes.
L'un de ces témoignages provient de la navigatrice Elin Power. Dans le groupe « Orca Attack Reports », elle a raconté une attaque qui a duré environ 10 à 20 minutes et au cours de laquelle le bateau a reçu plus de dix coups. Elle a suivi les procédures habituelles : moteur coupé, barre à la dérive, casseroles frappées contre des pièces en acier. Puis les orques se sont brusquement éloignées. Sa conclusion : « Je pense que nous avons eu de la chance. » Le gouvernail était intact, aucune infiltration d’eau n’avait eu lieu. Un plaisancier à moteur qui se trouvait à proximité s'était tenu à l'écart – ce simple geste lui avait donné un sentiment de sécurité.
Dans le même temps, des plaisanciers rapportent régulièrement avoir aperçu des orques sans incident, voire ne pas en avoir vu du tout. Cela montre que la rencontre est possible, mais pas inévitable.
Quiconque souhaite naviguer en toute sécurité dans cette zone dangereuse ne devrait pas prendre le risque d’une rencontre. C’est pourquoi diverses organisations collectent depuis des années des données sur les orques et leurs itinéraires le long de la péninsule ibérique – certaines au service de la science, d’autres pour protéger les navigateurs. L’un des principaux acteurs privés de ces dernières années dans ce dernier domaine est Rui Alves, avec son site web orcas.pt.
Son site recueille les signalements provenant d’un vaste réseau de navigateurs, de bateaux d’observation et d’autres contacts, et publie les événements les plus récents en précisant le lieu, l’heure et la nature de l’observation (s’il s’agit d’une observation ou d’un incident). Interrogé par YACHT, Alves explique sa méthode : chaque signalement est examiné individuellement. Il interroge personnellement les skippers, compare les rapports des équipages qui se trouvaient dans la région le même jour et demande des photos. Les orques identifiables sont associées à des individus spécifiques à l’aide de photos, afin de comprendre leurs schémas de déplacement. « Cela me permet de vérifier 80 à 90 % des cas », explique-t-il.
Mais Alves va encore plus loin : chaque jour, il publie sur Facebook des prévisions de déplacement pour des groupes d’orques connus. Ces prévisions se basent sur la dernière position signalée, combinée à une vitesse moyenne estimée de deux à trois nœuds. Cela permet d’estimer à quel moment un groupe pourrait passer devant tel ou tel tronçon de côte – ce n’est pas un suivi en temps réel, mais une aide concrète à la planification. Ces alertes sont également transmises à sa communauté Telegram, qui compte désormais plus de 3 000 plaisanciers.
L'Instituto Hidrográfico précise que son module cartographique affiche également les événements qui se produisent au-delà de orcaiberica.org et signalés sur orcas.pt. Derrière orcaiberica.org se cache le Grupo de Trabajo Orca Atlántica (GTOA), un réseau de scientifiques espagnols qui recueille des données depuis le début des incidents et publie chaque mois des cartes des interactions.
Rui Alves décrit plus en détail cette collaboration à la demande de YACHT : selon ses propres dires, il transmet régulièrement à l’Instituto Hidrográfico, avec un léger retard, toutes les observations et interactions recueillies sur orcas.pt. L’institut présente ces données et les complète par ses propres signalements. « L’Institut utilise mes données comme base et les complète également par ses propres signalements », écrit Alves.
La carte officielle ne constitue donc pas une deuxième source de données totalement distincte. Il s'agit d'une synthèse regroupant les alertes des autorités, les signalements d'orcas.pt, les informations fournies par orcaiberica.org et d'autres données. L'Instituto Hidrográfico souligne expressément qu'un même événement peut apparaître plusieurs fois en raison du regroupement de sources externes. Des décalages temporels sont également possibles, car, selon ses propres indications, Alves ne transmet pas ses données en temps réel. En termes d’interprétation, cela signifie que la carte offre un aperçu général et utile pour la planification d’itinéraires, mais ne constitue pas une statistique globale et harmonisée de tous les incidents.
La Marine parle d'informations géoréférencées mises à jour. Cela est utile pour la planification des itinéraires, mais il ne s'agit pas d'une image en temps réel au sens technique du terme. Un certain temps peut s'écouler entre l'observation, la notification, le contrôle de plausibilité et la publication. De plus, toutes les rencontres ne sont pas signalées.
À cela s'ajoute la question de la définition. Une observation indique dans un premier temps simplement que des orques ont été repérées. Une interaction ou une attaque décrit le contact avec un bateau. Les dommages au gouvernail, l'incapacité à manœuvrer et une situation de détresse en mer constituent encore d'autres catégories. Lorsqu'on consulte une carte, il faut donc toujours vérifier ce que le point en question documente réellement.
Cette distinction est également importante car les causes de ce comportement ne sont pas encore clairement établies. Les spécialistes évoquent le jeu, l'exploration, les comportements acquis et d'autres explications. Une étude scientifique récemment publiée souligne également que, que les approches connues expliquent différents aspects du phénomène, mais n'apportent pas de réponse définitive.
Au cours des dernières années, plusieurs acteurs se sont implantés autour de l’« Orca-Alley », au large des côtes ibériques, afin de recenser, d’analyser et de diffuser les observations et les incidents. Ils adoptent pour cela des approches différentes, collectent des données variées et ne coopèrent pas toujours entre eux. Voici un aperçu :
La multiplication récente des signalements laisse supposer que oui, mais il n'y a pas de réponse formelle à cette question. Le tableau comparatif le plus complet accessible au public, répertoriant tous les incidents impliquant des orques, est fourni par un autre acteur : l'association britannique Cruising Association. Elle analyse les cartes mensuelles du Grupo de Trabajo Orca Atlántica. Celui-ci recense un total de 54 interactions pour la période allant du 1er janvier au 13 juillet 2026. Au cours de la même période, on en comptait 58 en 2025 et 83 en 2024. On ne peut donc pas parler, sur cette base, d’une année exceptionnellement riche en observations.
Cette restriction figure toutefois déjà dans la source elle-même. Selon ses propres explications, l'analyse historique de la CA constitue l'aperçu le plus complet disponible, mais les cartes GTOA sur lesquelles elle s'appuie ne sont pas considérées comme exhaustives à 100 %. Le chiffre 54 ne correspond donc pas au nombre exact total de toutes les rencontres. Il s'agit d'une valeur de référence issue d'une chaîne de déclaration spécifique.
Les dernières informations ne permettent toutefois pas de lever l'alerte. Sur la carte et le graphique que la Marine vient de publier, le mois d'août 2026 apparaît comme particulièrement dangereux. Avec dix attaques et neuf observations, ce mois figure parmi les plus intenses que la carte ait enregistrés depuis le début de la période couverte, à savoir juillet 2022. On estime qu’il y a actuellement peut-être trois groupes d’orques différents actifs simultanément. Cela témoigne d’une période de fin d’été très animée, mais ne permet pas d’établir une extrapolation fiable pour l’ensemble de la saison.
Accidents de yacht Jan-Erik Kruse classe les risques typiques rencontrés sur les voiliers à partir d'analyses de rapports d'accidents. Pour naviguer dans une zone fréquentée par les orques, il est particulièrement utile de se pencher sur la préparation et la capacité à réagir : cet ouvrage aborde les messages d'urgence, l'AIS et le radar, ainsi que la gestion des risques et la perte du gouvernail ou de la quille. Il ne remplace pas les informations actualisées sur la zone de navigation, mais aide à mieux cerner ce que l'équipage et le skipper doivent clarifier avant qu'un incident grave ne survienne.

Redakteurin Panorama und Reise