Au large de Norderney, il y a Encore un voilier échoué. Dimanche soir 26 juillet 2026, un navigateur polonais naviguant en solitaire a heurté un brise-lames avec son voilier sur la plage Nord. Plusieurs facteurs de risque se sont alors combinés : marée montante, courant de marée latéral en direction de la plage, rafales du nord-ouest atteignant 6 à 7 Beaufort et mauvaise visibilité. Cet incident illustre parfaitement pourquoi Legerwall est si dangereux : si l’on vérifie trop tard le décalage, la distance et le point d’abandon, on ne dispose pratiquement plus de marge de manœuvre face à une côte sous le vent.
Le « Legerwall » désigne une situation dangereuse dans laquelle un navire, sous l'effet d'un vent soufflant vers la terre, de vagues de fond ou de forts courants, se rapproche de plus en plus d'une côte sous le vent et risque ainsi de s'échouer, à moins qu'il ne parvienne à s'éloigner en changeant de cap ou à prendre de la distance à l'aide de son moteur. Même au mouillage, il est possible qu’un navire se retrouve en situation de « Legerwall » suite à un changement de direction du vent et à une augmentation de la force du vent. C’est notamment le cas lorsque la distance par rapport à tous les côtés d’une baie n’a pas été suffisamment prise en compte ou lorsque l’ancre se détache.
Pour les grands voiliers historiques, avec leurs superbes superstructures et leur gréement à vergues caractéristique, le Legerwall représentait un risque particulièrement élevé, car ils offraient une grande surface exposée au vent et ne possédaient pas de bonnes capacités de navigation au près. De plus, les moyens de navigation permettant de déterminer une position précise étaient autrefois bien plus limités qu'aujourd'hui. C'est pourquoi, par exemple, les côtes occidentales allemandes ou danoises, avec leurs îles, bancs de sable et récifs au large, sont devenues un piège mortel pour d'innombrables navires.
De nos jours, les dangers se cachent ailleurs. Par exemple, lorsque le barreur d'un yacht ne s'oriente qu'en fonction de la bouée suivante, sans jamais jeter un coup d'œil vers l'arrière. Le bateau s'écarte alors peu à peu du chenal, en fonction de la dérive due au vent et au courant, ce qui peut passer inaperçu pendant longtemps. Dans un tel cas, on parle de la fameuse « courbe du chien », telle qu'illustrée dans le graphique ci-dessous.
Septembre 2021 : un skipper solitaire file à toute allure, toutes voiles dehors, avec un vent de sud-ouest soufflant à 22 nœuds, en direction de la bouée d'approche sud de Marstal. Le vent est trop agréable pour ne pas en profiter le plus longtemps possible. Peu avant la bouée, la grand-voile est affalée et le moteur mis en marche. Avec le génois et le moteur en marche, il lofe et se met sur un cap de demi-vent. « À la deuxième paire de bouées, j’ai commencé à rentrer le génois sur enrouleur », se souvient le navigateur. « C’est là que le malheur s’est produit : la ligne de ris s’est coincée, et l’instant d’après, l’écoute s’est dénouée, libérant ses huit nœuds. Elle n’a pas seulement atterri dans l’eau, mais aussi directement dans l’hélice ! » Son bateau, incapable de manœuvrer, a immédiatement dérivé vers le haut-fond sous le vent.
Le skipper réagit au quart de tour et jette l'ancre arrière, qu'il garde toujours à portée de main. Il parvient ainsi à éviter que son bateau ne s'échoue, ce qui aurait pu avoir de graves conséquences. Seule la partie avant de la quille s’est déjà légèrement enfoncée dans la vase. Le gouvernail, orienté vers l’ancre, flotte en revanche encore librement dans l’eau. C’est le moment de reprendre son souffle – et de contacter par radio les bénévoles de la Société danoise de sauvetage en mer (DSRS).
Cette situation périlleuse finit donc par bien se terminer. Mais ce n'est pas toujours le cas. Récemment, on a constaté une augmentation du nombre de cas où des yachts se sont échoués ou se sont enlisés, voire se sont retrouvés bloqués sur le rivage, avec parfois des conséquences catastrophiques pour le navire et son équipage.
Ulf Kaspera, directeur de l'Office fédéral d'enquête sur les accidents maritimes (BSU), avait déjà confirmé en 2023 qu'une grande partie des accidents de bateaux de plaisance signalés était due à Legerwall. « C’est notamment pendant le boom lié à la pandémie de coronavirus et l’augmentation concomitante du nombre de skippers inexpérimentés qu’on a constaté une hausse significative des échouages et des accostages sur les quais. De nombreux plaisanciers n’avaient pas navigué depuis longtemps, ou bien ils se sont surestimés après avoir acheté leur premier bateau ou obtenu leur permis de navigation de plaisance tout juste délivré. »
Outre la surestimation de ses capacités, le manque de préparation, la méconnaissance du terrain et les défaillances techniques constituent les causes les plus fréquentes.
Chaque année, on recense de nombreux échouages sur les côtes sous le vent de l'Allemagne et du Danemark. Un Une affaire insolite a fait la une des journaux à la mi-septembre 2022, lorsqu'un Russe s'est échoué sur la côte de la mer du Nord, dans le Jutland, où il a été secouru par des touristes allemands avant de demander finalement l'asile au Danemark. Son projet initial était de mettre le cap sur l'Amérique du Nord.
En 2026 également, des échouages ont de nouveau été observés sur les côtes allemandes. Une série d'événements survenus au large de Norderney en est une illustration particulièrement frappante : le 26 juillet, un voilier polonais s'est échoué près de Nordstrand sur un brise-lames, quelques semaines auparavant, un skipper néerlandais avait déjà fait naufrage à cet endroit avec son voilier de huit mètres de long. Ces incidents ne sont pas nécessairement dus à la même cause, mais ils mettent en évidence le même problème fondamental : dans une zone étroite et soumise à de forts courants, avec un vent venant de la mer et peu de distance sous le vent, il n’y a guère de temps pour effectuer des corrections.
C'est pourquoi les passages marins comme le Riffgat de Norderney exigent une préparation minutieuse. Un léger décalage latéral suffit à faire sortir un bateau du couloir de sécurité. Vérifier régulièrement sa position, effectuer des relèvements par rapport aux bouées déjà franchies et définir clairement un point d’abandon ne sont pas là des options facultatives, mais font partie intégrante d’une bonne pratique de la navigation.
Mais même les équipages expérimentés peuvent être pris au dépourvu lorsque, par exemple en cas de vent fort, un petit incident technique déclenche une réaction en chaîne malheureuse qui devient impossible à maîtriser. Lors de la Golden Globe Race de cette année, l'équipier qui est à la barre depuis 30 heures et Guy deBoer, complètement épuisé Lors de son passage au large de Fuerteventura, il a commis l'erreur fatale de longer la côte au vent. Épuisé, il s'est apparemment endormi – pour heurter un rocher peu de temps après. Il a failli être projeté par-dessus bord lors de l'impact. L'homme de 66 ans, qui a finalement pu être secouru indemne, s'est montré autocritique après coup : « C'était une mauvaise décision de ne pas longer Fuerteventura sous le vent. J'en ai payé le prix fort ! »
Les entrées de port peuvent elles aussi se transformer en véritables chaudrons en cas de vent de terre, en raison de vagues hautes et déferlantes et de forts courants transversaux. C'est ainsi qu'en 2017, un accident de yacht désastreux s'est produit au large de Rimini, en Italie, lorsqu'un Bavaria 50 a été projeté contre la jetée rocheuse. Quatre membres d'équipage ont été emportés par les vagues et se sont noyés ; la quille, le gréement et le gouvernail du bateau se sont brisés. Une violente bora soufflant à plus de 40 nœuds avait pris par surprise cet équipage pourtant expérimenté, qui avait alors décidé, avec l’aide des services radio à terre, de mettre le cap sur le port. Mais une combinaison de panne de moteur et d’une voile d’avant impossible à dérouler a alors conduit à la catastrophe.
Le voilier-école allemand « Meri Tuuli », un X-Yachts 442, a lui aussi connu un destin tragique lors d’une approche au port en 2013. L’équipage avait tenté de rejoindre Figueira da Foz, au Portugal, par vent de terre. Mais une haute vague par l'arrière a fait chavirer le bateau, et le mât s'est brisé. Lors de l'opération de sauvetage qui a suivi, un policier et un membre d'équipage déjà secouru ont perdu la vie, après qu'un zodiac venu à la rescousse a lui aussi chaviré. Le voilier et le zodiac ont ensuite été rejetés sur la plage. Les images de l'époque font encore aujourd'hui courir un frisson glacial dans le dos.
Mais le danger ne se cache pas uniquement dans des mers lointaines comme l'Adriatique ou l'Atlantique. En mer Baltique aussi, on trouve des entrées de port qui, en cas de forte houle, constituent un obstacle qu'il ne faut pas sous-estimer. À Kolberg, en Pologne, par exemple, dont l’entrée se trouve à l’embouchure d’un fleuve, d’énormes amortisseurs sont installés le long de la jetée allongée afin d’éviter le pire. Mais en réalité, toute entrée de port, ou toute manœuvre d’approche, peut s’avérer difficile en cas de conditions météorologiques défavorables. Il convient donc de toujours bien s’y préparer.
Des manœuvres audacieuses, un angle d'entrée optimal tenant compte du vent, des vagues et du courant, ainsi qu'un bon timing sont les conditions essentielles pour rejoindre en toute sécurité son poste d'amarrage dans le port sans subir de dommages. De plus, tout l'équipage doit avoir reçu les consignes nécessaires et être équipé de gilets de sauvetage et de cordes de sécurité.
Certains ports sont fermés lorsque les conditions météorologiques le justifient, ou font l'objet d'une recommandation expresse de n'y accoster, le cas échéant, qu'avec la plus grande prudence. En cas de doute, il est plus sûr d'attendre que la tempête passe en pleine mer et de patienter jusqu'à ce que les conditions s'améliorent. Ou bien d'accepter de faire un détour pour mettre le cap sur un port plus facilement accessible.
En août 2022, un front orageux a démontré que même le fait de jeter l'ancre ou de s'amarrer à une bouée d'amarrage supposée sûre pouvait se transformer en cauchemar lorsque le vent de mer se renforce. Venant de l'ouest, celui-ci avait traversé la Corse pour atteindre le nord de l'Italie, balayant des baies entières sur son passage. De nombreux yachts ont fini leur course entre les rochers et sur les plages.
Presque la même chose s'est produite en 2026 en Croatie en cas de panne soudaine du réfrigérateur.
Il est pratiquement impossible de se protéger contre un cyclone aussi violent et imprévu : il s'agit d'un cas de force majeure. En revanche, si des vents de terre de plus en plus forts sont annoncés et que le skipper ne réagit pas de manière adéquate, cela risque non seulement d'entraîner la perte du bateau, mais aussi, par la suite, d'éventuels problèmes avec l'assurance. Les skippers de bateaux de location risquent de perdre leur caution, et ils doivent même s’attendre à faire l’objet d’un recours de la part de l’assurance tous risques du loueur. Les sommes en jeu peuvent rapidement atteindre des montants colossaux.
Une bonne assurance responsabilité civile du skipper, qui couvre également la négligence grave, permet d’éviter cela – tout comme, bien sûr, une navigation prudente. Après tout, en cas de doute, il en va aussi de votre propre bien-être et de celui de l'équipage. Outre l'analyse des prévisions météorologiques, cela implique de trouver un mouillage sûr, de vérifier le gréement d'ancrage et d'organiser les quarts d'ancrage.
Lorsqu'on navigue au large d'une côte sous le vent, il convient en revanche de se tenir le plus loin possible de la côte. Pour cela, il faut se renseigner au préalable sur la zone de navigation et faire preuve de prudence, tant à la table à cartes lors de la navigation qu'à la barre lors du pilotage. Sinon, on risque facilement de ne pas repérer les hauts-fonds ou les courants côtiers, ce qui peut s'avérer dangereux.
Il convient de redoubler de prudence lorsque les chenaux étroits ne permettent pas de s'écarter. C'est le cas, par exemple, dans les zones riches en îles, comme la mer du Sud danoise. Ou encore en mer du Nord, dans la région des Seegatten, entre les îles de la mer des Wadden. Dans ces zones, les courants de marée viennent compliquer la situation.
C'est pourquoi, lorsqu'on prévoit que le temps va manquer, il est recommandé de laisser le moteur tourner afin de pouvoir réagir à tout moment avec un maximum de souplesse. Et attention à toutes les amarres : si l’une d’entre elles tombe à l’eau et se prend dans l’hélice, on risque vite de se retrouver dans la même situation que le skipper dans le cas décrit au début. Souvent, le seul moyen de s’en sortir est alors de jeter rapidement l’ancre, en espérant qu’elle retienne le bateau avant qu’il ne s’échoue.
Avant de procéder à une telle manœuvre d'ancrage d'urgence, il convient bien sûr d'essayer de se sortir de la situation de danger en changeant de cap. Les voiles doivent donc toujours être prêtes à être hissées rapidement, au cas où elles auraient été affalées auparavant, par exemple lors d'une navigation au moteur.
En cas de vent violent, ces mesures deviennent toutefois superflues, et il ne reste plus qu'à contacter les secours en mer par radio. Il ne faut pas non plus attendre trop longtemps pour le faire.

Rédacteur News & Panorama