Vendée ArctiquePar le centre ou plutôt dans l'ouest de l'Irlande ?

Tatjana Pokorny

 · 13.06.2026

« Macif Santé Prévoyance », de Sam Goodchild, continue de mener le peloton de la Vendée-Arctique avec une avance confortable.
Photo : Sam Goodchild/Team Macif Santé Prévoyance
Un scission de la flotte apporte un nouveau suspense dans la Vendée Arctique : alors que les leaders, de retour vers Les Sables-d’Olonne, ont opté pour le canal du Nord et le passage entre la Grande-Bretagne et l’Irlande, certains poursuivants misent sur la route extérieure. Leur conviction – notamment pour des raisons de sécurité : mieux vaut rester à l’ouest de l’Irlande !

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Sam Goodchild ne pourra pas vraiment saluer sa ville natale, Bristol, lors de son passage entre la Grande-Bretagne et le Pays de Galles d'un côté, et l'Irlande de l'autre, mais sa France d'adoption, quant à elle, le leader britannique en Vendée Arctique, plus de détails à venir très bientôt.

Vendée Arctique : Goodchild en tête, Bonafous met la pression

Sam Goodchild avait encore un peu plus de 600 milles marins à parcourir samedi matin dans la Vendée Arctique pour rejoindre le port de départ et d'arrivée. Entre-temps, il avait déjà creusé son avance sur Élodie Bonafous (« Association Petits Princes – Queguiner ») à plus de 210 milles marins. Le matin du 13 juin, il restait encore 175 milles marins, tandis qu'Élodie Bonafous naviguait par moments à une poignée de nœuds de plus. Cliquez ici pour accéder au suivi en direct.

Peu à peu, la flotte du Vendée-Arctique quitte les régions polaires du nord pour revenir vers des eaux plus familières – et se réorganise. Sept des huit solitaires encore en mer ont franchi le cercle polaire ces derniers jours. Les temps sont indiqués dans la galerie photos. Pour la plupart, la deuxième moitié de la course a déjà commencé depuis longtemps. Seul Manu Cousin, à bord de « Coup de Pouce », avait encore plus de 100 milles marins à parcourir samedi matin pour atteindre le « Cercle polaire », tandis que le leader Sam Goodchild, situé entre le Royaume-Uni et l’Irlande, mettait déjà le cap sur l’île de Man.

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À bord des Imocas, les vitesses avaient récemment de nouveau nettement augmenté. Portés par des vents de 25 nœuds et des rafales pouvant atteindre 30 nœuds, et mis à rude épreuve par une houle pouvant atteindre quatre mètres, les solistes de la Vendée Arctique ont de nouveau atteint des vitesses moyennes supérieures à 20 nœuds. Les foils sifflent, les étraves fendent l'eau salée, les milles défilent.

Vendée Arctique : le canal du Nord ou la ligne ferroviaire de l'ouest de l'Irlande ?

Vu de l'extérieur, cela semble rapide et facile, mais à bord, les marins ont de nouveau fort à faire. À cela s'ajoute un autre défi : le choix de la route pour rentrer chez eux. Le passage étroit entre l'Irlande et la Grande-Bretagne présente des avantages, mais ne séduit pas tout le monde. Ce choix difficile divise les participants. Il s'agit de trouver le juste équilibre entre performance, prise de risque et prudence.

Avec son parcours inhabituel reliant Les Sables-d’Olonne au cercle polaire arctique et retour, la Vendée Arctique avait déjà enflammé l’imagination des participants et des observateurs dès l’aller. Les Hébrides, les Îles Féroé, le cercle polaire et l’Islande, qui surgissait entre deux bancs de brouillard : autant de points de passage que l’on ne rencontre pas tous les jours lors d’une régate.

Le trajet de retour vers le port d'arrivée n'en est pas moins exceptionnel : pour rejoindre l'Atlantique, plusieurs participants ont opté pour la traversée du canal du Nord, entre l'Irlande et la Grande-Bretagne. À son point le plus étroit – à hauteur du détroit de Moyle –, les deux côtes ne sont distantes que d’une vingtaine de kilomètres. C'est un parcours étroit que les courants, le trafic maritime et les zones de séparation du trafic dans le dernier tiers de la Vendée-Arctique transforment en une tâche stratégiquement très exigeante.

Goodchild, déterminé à traverser le canal du Nord

Tout cela s'inscrit dans un décor chargé d'histoire et de mythologie. Selon une célèbre légende irlandaise, c'est dans cette région que le géant Fionn Mac Cumhaill aurait construit la Chaussée des Géants pour se rendre en Écosse. Aujourd’hui, ce sont les voiliers Imoca qui filent à toute allure le long de cette côte. Leurs préoccupations et leurs projets sont bien différents de ceux des héros des récits celtiques. Car pour les marins, cette route maritime n’est pas seulement une curiosité. Elle marque l’un des choix stratégiques les plus importants de la Vendée Arctique.

Sam Goodchild n'a pas hésité un seul instant. Le leader a déjà opté pour la traversée du canal du Nord. Élodie Bonafous (« Association Petits Princes – Quéguiner »), qui occupe la deuxième place, suit sa stratégie. Sur le papier, cette option est séduisante. Elle est plus directe, plus courte et, selon les prévisions actuelles, surtout plus rapide.

Mais tout le monde ne se laisse pas séduire. Ambrogio Beccaria (« Allagrande Mapei »), qui a dépassé vendredi Violette Dorange (« Initiatives - Cœur »), s'est d'abord emparé de la troisième place et avait également doublé Élodie Bonafous dans un duel à distance jusqu'à samedi matin, en a décidé autrement. L'Italien, naviguant à une vitesse de 24 à 25 nœuds, a décidé de contourner l'Irlande par l'ouest, où il a d'abord très bien progressé.

C'est mieux à l'Ouest : plus de kilomètres, moins de risques

Le skipper de l’« Allagrande Mapei », Ambrogio Beccaria, a commenté ses réflexions sur le chemin du retour lors de la Vendée Arctique et sa décision d’opter pour la route longeant la côte ouest de l’Irlande : « Quand je regarde ce qui nous attend : des vents violents, une mer agitée, un contre-courant et une zone de séparation du trafic à franchir dans un passage étroit… Honnêtement, ça me retourne l’estomac. Je n’ai pas bon pressentiment. »

Beccaria a délibérément choisi de ne pas emprunter le passage par le canal du Nord proposé par Goodchild et Bonafous. Il est conscient de ce à quoi il renonce et l’a clairement exprimé : « Le pire, c’est que je sais que c’est probablement la route des vainqueurs. Mes calculs d’itinéraire lui donnent parfois une avance de 50 à 60 milles marins. » Mais pour son premier grand solo en IMOCA, le calcul de Beccaria va bien au-delà d’une simple analyse coûts-bénéfices.

Il vient tout juste de surmonter un incident avec le pilote automatique. Lors de la traversée vers le cercle polaire, il a dû faire face à une panne de système au début de la Vendée Arctique puis plonger à cinq reprises dans les eaux glacées de l'Atlantique Nord, afin de dégager la quille de l’« Allagrande Mapei » d’une bouée de pêche accrochée. La panne du pilote automatique l’a conforté dans son opinion. « Si la même chose se produit au mauvais endroit, cela peut vite tourner au véritable drame. »

Violette Dorange : en finale de la Vendée-Arctique sans voile d'avant

Très tôt ce matin, Violette Dorange semblait encore un peu indécise, même si, à la fin, sa trajectoire, tout comme celle de Frankie Clapcich, semblait plutôt suivre celle d’Ambrogio Beccaria sur la piste extérieure. Elle a déclaré : « Cela fait plusieurs heures que je tourne et retourne le problème dans ma tête. Pour l’instant, je penche plutôt pour un contournement par l’ouest. La route intérieure semble très tentante sur le papier, mais elle est aussi beaucoup plus risquée. »

Depuis la perte de son Zero de tête de mât, Violette Dorange navigue surtout dans des vents modérés, ce qui la désavantage. Elle s'est toutefois encouragée en déclarant : « Je vais essayer de compenser cela par des choix stratégiques et de tirer le meilleur parti de ce qui me reste à bord. » À environ 60 milles marins derrière elle, Francesca Clapcich était d'un autre avis.

« Mon intention reste de passer par le canal du Nord. Je sais que c'est une option plus complexe, mais c'est celle que je souhaite choisir. » Francesca Clapcich

Elle a ajouté qu'elle ralentirait si elle le jugeait nécessaire. Derrière cette déclaration se cache la prise de conscience évidente que l'itinéraire le plus court exigera beaucoup du soliste, de plus en plus fatigué, dans une réalité marquée par de forts courants, un trafic maritime intense et des manœuvres fréquentes dans des vents instables. De fortes rafales et des trous d'air surgissant soudainement entre les falaises qui bordent la route intérieure à certains endroits viennent s'ajouter à tout cela.

Un pays entier sépare les deux équipes dans le dernier tiers

Sam Goodchild, quant à lui, devrait sortir dès samedi après-midi du rétrécissement du canal de Saint-Georges, entre l'Irlande et le Pays de Galles. Le scénario général de la Vendée Arctique, avec la division du peloton qui séparera bientôt toute l'Irlande, s'étale sur six jours après un début mouvementé le 7 juin a gagné en intensité.

Pour rappel, voici un aperçu de la route Vendée-Arctique. Si, en théorie, celle-ci prévoyait des options passant par le cercle polaire à l'ouest et à l'est de l'Islande (tous les bateaux ont franchi le cercle polaire à l'est de l'Islande), elle n'incluait toutefois pas la route du canal du Nord, que le leader Sam Goodchild et d'autres solitaires viennent d'emprunter ou s'apprêtent à emprunter :

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Tatjana Pokorny

Tatjana Pokorny

Reporter sport

Tatjana « tati » Pokorny est l'auteur de neuf livres. Reporter pour le premier magazine de voile européen YACHT, elle travaille également comme correspondante pour la Deutsche Presse-Agentur (DPA), le Hamburger Abendblatt et d'autres médias nationaux et internationaux. En été 2024, Tatjana couvrira depuis Marseille ses neuvièmes Jeux olympiques consécutifs. Les thèmes principaux sont en outre, depuis 1992, l'America's Cup, depuis 1993 l'Ocean Race, le Vendée Globe et d'autres régates nationales et internationales ainsi que leurs protagonistes. Discipline préférée : les portraits et les interviews de personnalités de la voile. Lorsqu'elle a débuté dans le journalisme sportif, elle s'occupait encore intensivement de basket-ball et d'autres sports, mais la voile est rapidement devenue son domaine de prédilection. La raison ? Cette optimiste déclarée déclare : « Aucun sport ne ressemble à celui-ci, aucun n'est animé par des personnalités aussi intéressantes et intelligentes, aucun n'est aussi polyvalent, aucun n'est aussi plein d'énergie, de force et d'idées. La voile est comme une déclaration d'amour à la vie sans cesse renouvelée".

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