SailGPFlo Trittel – Lac de Constance, Barcelone, carrière sportive internationale

Tatjana Pokorny

 · 22.08.2026

Florian Trittel s'entretient avec le magazine YACHT à Sassnitz.
Photo : tati
Florian Trittel a passé les trois premières années de sa vie au bord du lac de Constance. Puis sa famille a quitté Constance pour s’installer à Barcelone. C’est là que ce fils de parents allemands est devenu un sportif de haut niveau. Avec Diego Botin, il a remporté la médaille d’or olympique en 49er en 2024 ainsi que le championnat SailGP. Désormais, ils ont également la Coupe de l’America en ligne de mire. Le magazine YACHT a rencontré Flo Trittel à Lorient et à Sassnitz, où « Los Gallos » figure ce week-end parmi les co-favoris de la Rockwool Germany SailGP.

Sujets dans cet article

Depuis leur titre de champions en 2024, les Espagnols de Los Gallos sont une véritable force avec laquelle il faut compter dans la SailGP. À l'instar de Équipe d'Allemagne Au cours des premières années, Diego Botin, Florian Trittel, Nicole Van der Velden et leur équipe ont eux aussi dû gravir les échelons pour s'imposer dans la « Formule 1 de la voile », lancée en 2019. Aujourd'hui, ils comptent parmi les Les meilleures équipes du championnat, sont parmi les co-favoris ce week-end lors du Rockwool Germany Sail Grand Prix, sur le parcours de Sassnitz en mer Baltique.

Deuxièmes du classement, Los Gallos enchaînent deux victoires consécutives actuellement de nouveau sur la voie du succès. Parallèlement à la SailGP et à leurs nouvelles ambitions olympiques, les Espagnols ont désormais également la Coupe de l’America en ligne de mire et se préparent, avec l’équipe française La Roche-Posay Racing Team, à la 38e édition de la Coupe. Ce triple défi tient Diego Botin et Florian Trittel en haleine.

Jeux Olympiques, SailGP et Coupe de l'America : Flo Trittel vit le triplé

Fils de parents allemands, Fl Trittel, aujourd’hui âgé de 32 ans, équipier de proue sur un 49er, régleur d’ailes en SailGP et régleur lors de la Coupe de l’America, a passé les trois premières années de sa vie au bord du lac de Constance. Dans cette interview, il raconte comment ce garçon allemand, né à Münsterlingen en Suisse, est devenu un sportif de haut niveau espagnol, qui vit à Barcelone et parcourt le monde en tant que navigateur professionnel.

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Flo, vous avez remporté les deux dernières épreuves de la SailGP et occupez actuellement la deuxième place du classement général de la saison, derrière les Bonds Flying Roos. Comment évalues-tu les performances de votre équipe dans ce championnat ?

Pour l'instant, je nous classerais déjà parmi les trois premiers. Nous n'avons cessé de nous améliorer sur le plan technique. Ça aide beaucoup. Dernièrement, nous avons également pris de bonnes décisions tactiques, même si nos départs n'étaient pas très bons. Nous espérons y parvenir ici à Sassnitz, même si l'année dernière, nos départs n'étaient pas non plus exceptionnels ici. Mais notre niveau général et notre entente au sein de l'équipe sont excellents. Nous formons vraiment une équipe soudée. Cela facilite les choses pour trouver notre rythme sur l'eau.

C'est aussi ce que vous visez dans le cadre de la Coupe de l'America. L'équipe française La Roche-Posay Racing Team vous a recrutés, Diego et toi, pour la course. Qu'est-ce que cela fait de faire partie d'une équipe de la Coupe de l'America ?

En tout cas, c'est une bonne chose ! C'est un grand pas en avant pour nous dans notre carrière professionnelle. Cela nous apporte énormément, car nous nous sommes lancés dans un nouveau projet qui nous permet d'apprendre beaucoup de choses nouvelles. Sur d'autres bateaux, qui sont encore davantage axés sur le développement que SailGP. C'est enrichissant et stimulant.

Comment avez-vous intégré l'équipe des Bleus pour la Coupe ?

Début 2025, nous avons eu nos premières discussions. D’abord avec Bruno (NDLR : Bruno Dubois, co-PDG de l’équipe française de la Coupe). Puis nous y avons longuement réfléchi. C’était une décision que nous avons prise tous les deux : Diego et moi. Nous tenions également absolument à vérifier comment cela s'intégrait dans le calendrier. Et cela s'intègre très bien. Combiné au fait que les Français participent également à la SailGP, ce sont là les arguments qui ont fait pencher la balance pour nous.

Los Gallos et Les Bleus : adversaires en SailGP, coéquipiers dans l'America's Cup

Vous allez donc désormais affronter vos propres coéquipiers de la Coupe, autour de Quentin Delapierre, dans le cadre de la SailGP…

Oui. C'est tout de même une bonne source de motivation. Les Français sont en tout cas très performants en SailGP.

Vous êtes champions olympiques, champions de SailGP et en lice pour la Coupe. Peux-tu nous donner un aperçu des similitudes entre ces trois défis ?

Ce sont trois disciplines très différentes, et en tout cas des projets très différents. Pour la campagne olympique, nous n'avons bien sûr besoin que d'un groupe relativement restreint. Avec nos entraîneurs, nous sommes trois ou quatre.

Qui est votre entraîneur principal ?

Diego Alvaro. C’est dans le projet olympique que l’on conserve et que l’on développe le plus cette passion pour la voile. Parce que c’est tout simplement un bateau plus petit. Il est plus sensible, on est davantage en contact avec le bateau et tout ce qui va avec. La SailGP est le summum de la course à la voile et la Coupe de l’America celui du développement, où il existe bien sûr de nombreux départements dans lesquels il faut d’abord se familiariser pour comprendre comment fonctionnent tous les processus, et où et comment nous pouvons apporter notre contribution. Mais c’est en tout cas un événement majeur.

Votre campagne SailGP est-elle bien placée pour remporter le titre de la saison 2024, compte tenu de vos performances toujours aussi solides ?

Notre équipe est désormais solide. Nous sommes une équipe privée, dont les partenaires officiels sont la banque Santander et Denza, avec ses voitures électriques. Valence, en tant que nouveau site d’accueil et grande ville, nous a donné la possibilité de frapper à la porte de certaines entreprises. Notamment des entreprises qui disposent déjà d’une infrastructure à Valence, où elles peuvent mettre en œuvre leur parrainage.

Les atouts complémentaires de Trittel et Botin renforcent l'équipe

Qu'est-ce qui fait de toi et de Diego un duo de voile si performant ?

Au début, nous ne le savions pas encore, mais il s'est très vite avéré que nos forces et nos faiblesses se complétaient à merveille.

Alors, dis-nous donc quelle est l'une des qualités de Diego que tu n'as pas ?

Quand on observe Diego, on constate qu'il est quelqu'un qui excelle dans la concentration sur un seul objectif. Moi, je suis plutôt du genre à avoir une vision d'ensemble.

Peut-on vous comparer à Peter Burling et Blair Tuke ? Eux aussi sont champions olympiques en classe 49er, mais ils ont déjà trois victoires d'avance sur vous en Coupe de l'America. Vous, en revanche, vous avez déjà remporté le championnat SailGP, ce qui manque encore aux Néo-Zélandais…

Je ne la connais pas assez bien pour ça. Mais nous avons également travaillé avec son entraîneur, Hamish Willcox, en vue de la régate olympique à Marseille. Il nous a en tout cas fait savoir que ce que nous avions était très précieux. Et qu’il serait également très précieux de continuer à entretenir cela ensemble à l’avenir.

Depuis combien de temps naviguez-vous ensemble ?

Nous nous connaissons depuis l'époque de l'Opti. Nous naviguons ensemble depuis 2021, soit cinq ans. Le fait de nous connaître déjà avant a aussi aidé. Mais c'est souvent le cas : les personnes plus mûres tirent davantage profit d'une relation.

Vos trois grandes campagnes nautiques vous tiennent bien occupés. Où vivez-vous, comment fonctionnez-vous ?

Diego vit à Santander, moi à Barcelone. Cette année, nous avons passé de longues périodes à Lorient, où nous nous sommes entraînés avec la La Roche-Posay Racing Team. Comme les Français participent aussi à la SailGP, ça tombe bien. Chez nous ? On y passe de temps en temps (rires).

Une médaille d'or olympique, ce n'est pas encore suffisant

Non seulement ton nom a une consonance allemande, mais il l'est aussi…

Mes parents sont allemands. Ils vivaient à Constance, au bord du lac de Constance. Je suis née à Münsterlingen, en Suisse, car c'était à l'époque l'hôpital le plus proche. J'ai passé mes trois premières années en Allemagne avec ma famille et mes frères et sœurs. Puis mes parents ont déménagé avec nous à Barcelone. C'est là que nous avons grandi et que nous avons fréquenté l'école allemande de Barcelone. C'est ma ville.

Mais dont tu t'es d'ailleurs éloigné un temps par la suite…

Oui, j'ai voyagé à travers le monde pendant cinq ans, de 2012 à 2017, et j'ai appris le kitesurf, le kitefoil et tout ça. Parallèlement, j'ai suivi une formation à distance en gestion d'entreprise.

Adolescent, tu as pratiqué la voile en classe 29er, puis tu as remporté des médailles aux Championnats d’Europe de kitesurf. Plus tard, tu es passé à la classe olympique Nacra 17, où tu as terminé sixième avec Tara Pacheco à Enoshima en 2021. C’est ensuite que ton partenariat avec Diego a débuté, et que tu t’es retrouvé à mener de front trois projets parallèles : le sport olympique, la SailGP et la Coupe de l’America. Un programme sacrément chargé…

C'est en tout cas beaucoup. Ce n'est qu'avec le recul que nous saurons si c'est trop. Pour nous, une chose est claire : nous participerons aux deux grandes compétitions que sont l'America's Cup et la SailGP, et nous continuerons à nous entraîner en 49er, mais nous ne prendrons part à aucune compétition cette année. Nous reprendrons la compétition l’année prochaine. Cependant, les Championnats du monde de 49er (NDLR : du 22 juillet au 1er août) tombent encore pendant la période de l’America’s Cup. Rien n’est donc encore décidé. Ce sera la première occasion de qualifier le pays pour les Jeux olympiques de 2028. Nous aimerions bien y contribuer.

Vous êtes déjà champions olympiques – qu'est-ce qui vous motive à prendre à nouveau le départ ensemble ?

Les Jeux Olympiques ont tout simplement un charme tout à fait particulier. Tous ceux qui quittent ce sport ont le sentiment qu’on ne trouve rien de tel ailleurs. C’est un projet que l’on prépare ensemble, comme on s’occupe d’un petit bébé – dans notre cas, il ne restait plus qu’un an. C’est tout simplement une mission.

Flot Trittel : « Garder les pieds sur terre, travailler dur, donner le meilleur de soi-même »

L'un des attraits des Jeux Olympiques réside notamment dans le fait qu'ils n'ont lieu que tous les quatre ans. Es-tu favorable à ce que l'America's Cup soit désormais disputée tous les deux ans ?

Je trouve que c'est une bonne décision. Le développement des compétitions de coupe pourrait bien changer un peu la donne, ce qui pourrait paraître étrange aux traditionalistes, mais, à l'instar du SailGP, cela apporte davantage de continuité et une plus grande visibilité auprès du grand public et dans les médias.

En SailGP, tu es, au sein de l'équipe Los Gallos, le régleur d'ailes très bien rodé avec ton barreur Diego Botin. Quel sera ton rôle lors de la Coupe de l'America ?

C’est en tout cas un rôle de régleur dans lequel je m’investis de plus en plus. Nous voulons tous d’abord voir comment cette équipe va évoluer, comment nous allons nous souder. Avec Leigh McMillan, nous disposons également à bord d’une expérience considérable acquise chez la concurrence. C’est très utile (NDLR : lors du 37e cycle de la Coupe de l’America, McMillan a remporté la phase des challengers avec les Britanniques, puis a affronté, à bord de l’Ineos Britannia, les défenseurs néo-zélandais de la Coupe, que les Kiwis ont emporté).

Y a-t-il une grande différence entre la SailGP et la Coupe ?

Pas sur le plan conceptuel, mais en ce qui concerne la façon de naviguer, oui. Dans une équipe de Coupe, il y a tellement de services différents, tellement de domaines. Il faut trouver le rôle dans lequel on peut vraiment exceller. Je garde les pieds sur terre, je travaille dur et je donne le meilleur de moi-même.

Quand un rêve d'enfant devient réalité

Tu viens de te marier, tu es un navigateur professionnel qui connaît le succès. Est-ce que tu vis ton rêve ?

Absolument ! Les Jeux olympiques ont toujours été un rêve d’enfant, même si, petit garçon, je me demandais comment on faisait pour y aller. Et bien sûr, la Coupe de l’America. Le SailGP n’existait pas encore à l’époque. Déjà en Opti, je rêvais de représenter l’équipe espagnole. Je m’étais qualifié une fois pour les championnats du monde, mais le président ne voulait pas que je représente l’Espagne, car j’avais encore un passeport allemand. Quand on est si jeune, on a du mal à accepter ce genre de choses. C’est pourquoi j’ai arrêté l’Opti assez tôt et que j’ai commencé le 29er à l’adolescence avec mon frère. Puis sont arrivées la voile de vitesse, le kitesurf, etc. Et à un moment donné, on commence à rêver de projets plus ambitieux…

Retour sur la dernière victoire de Los Gallos à Portsmouth :

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Tatjana Pokorny

Tatjana Pokorny

Reporter sport

Tatjana « tati » Pokorny est l'auteur de neuf livres. Reporter pour le premier magazine de voile européen YACHT, elle travaille également comme correspondante pour la Deutsche Presse-Agentur (DPA), le Hamburger Abendblatt et d'autres médias nationaux et internationaux. En été 2024, Tatjana couvrira depuis Marseille ses neuvièmes Jeux olympiques consécutifs. Les thèmes principaux sont en outre, depuis 1992, l'America's Cup, depuis 1993 l'Ocean Race, le Vendée Globe et d'autres régates nationales et internationales ainsi que leurs protagonistes. Discipline préférée : les portraits et les interviews de personnalités de la voile. Lorsqu'elle a débuté dans le journalisme sportif, elle s'occupait encore intensivement de basket-ball et d'autres sports, mais la voile est rapidement devenue son domaine de prédilection. La raison ? Cette optimiste déclarée déclare : « Aucun sport ne ressemble à celui-ci, aucun n'est animé par des personnalités aussi intéressantes et intelligentes, aucun n'est aussi polyvalent, aucun n'est aussi plein d'énergie, de force et d'idées. La voile est comme une déclaration d'amour à la vie sans cesse renouvelée".

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