40 ans de l'ARCCe qui fait le charme de l'aventure commune dans l'Atlantique

Pascal Schürmann

 · 20.02.2026

En route vers le bleu ! Le peloton hétéroclite des navigateurs de l'ARC au départ de Las Palmas de Gran Canaria.
Photo : WCC/Paul Wyeth
Chaque année, l'Atlantic Rally for Cruisers attire près de 1.000 navigateurs dans les Caraïbes. En novembre dernier, c'était la 40e fois ! Qu'est-ce qui fait l'attrait de cette flottille inhabituelle ? Et comment tout a-t-il commencé ? Grand rapport.

La traversée de l'Atlantique est déjà terminée depuis plusieurs jours pour elle et ses deux compagnons, mais l'enthousiasme de Marlene Brudek est encore palpable. Au cours d'une conversation téléphonique juste avant Noël, elle s'extasie comme si elle venait d'arriver sur l'île de Sainte-Lucie, dans les Caraïbes. "C'était génial ! La façon dont nous avons surfé sur les vagues par moments avec une poussée folle de l'arrière - indescriptible", dit-elle. "Et les vagues étaient d'une hauteur impressionnante. En tout cas, vu de notre bateau. Non seulement il est petit et l'arrière est ouvert, mais dans le cockpit, tu es vraiment assis près de l'eau. Une fois, lors d'un surf, le compteur affichait 16,5 nœuds. Ouille, ouille, ouille, je n'ai alors pensé qu'à une chose, si ça marche !".


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Tout s'est bien passé. Très bien même pour cette skipper passionnée qui a participé avec son JPK 1030 "Heartbeat 2" à l'Atlantic Rally for Cruisers (ARC), qui s'est achevé mi-décembre, comme l'un des dix bateaux seulement de la Racing Division. Selon le temps calculé, il s'est classé quatrième. Devant elle, trois yachts, tous plus longs de plus de dix mètres et composés de grands voiliers de régate, parfois engagés. En tête, le "NextGen by Jajo", un ancien Volvo Ocean Racer à l'équipage pléthorique. Il a parcouru la distance entre Gran Canaria et les Caraïbes en à peine plus de dix jours. Le trio de Brudek a voyagé cinq bons jours de plus. Et donc toujours plus vite que le gros de la flotte de l'ARC.

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Les 140 autres équipages avaient décidé d'y aller plus doucement ; ils avaient pris le départ dans des groupes de classement de croisière différents selon le type de bateau. Pour beaucoup d'entre eux, il s'agissait simplement d'être là et d'arriver à bon port. Pour beaucoup, c'était un défi suffisant. En effet, ceux qui rêvaient de deux semaines et demie de navigation tranquille dans les alizés en ont été pour leurs frais. Tout d'abord, le vent a fait défaut dès le départ, si bien que de nombreux équipages ont eu recours au moteur. De cette manière, ils ont pu se sortir des pires trous de vent. Puis il est arrivé avec force, l'alizé du nord-est tant attendu. Certes, il n'était pas aussi fort que les années précédentes. Le record de vitesse de l'ARC n'a donc pas été menacé. Mais il a tout de même soufflé assez fort par moments, et parfois de manière assez instable, pour transformer les 2 700 miles nautiques en une sorte de piste de bosses interminable.

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L'ARC aide à réaliser un long rêve de voile

Du moins au nord de la Rhumb Line, qui marque la voie directe vers les Caraïbes. Là-bas, les prévisions annonçaient plus de vent, ce dont les navigateurs plus ambitieux voulaient profiter. Parmi eux, deux amis de Rhénanie-du-Nord-Westphalie. "Lors de notre pire nuit, nous avons été confrontés à pas moins de sept grains !", raconte Henrik Teichmann, 58 ans. "On passe alors des heures à changer de voile. Il n'est pas question de dormir !"

Lui et son ami Karl-Heinz Henzel, 65 ans, font régulièrement de la voile ensemble depuis 22 ans. Un passage transatlantique ne figurait toutefois pas encore dans leur journal de bord. "Faire cela un jour était un rêve que nous caressions depuis longtemps. Nos femmes n'ont donné leur accord qu'à condition que nous participions à l'ARC", raconte Henzel peu avant le départ de Las Palmas. "Elles pensaient que nous serions à l'aise dans la foule avec tous les autres équipages".

Arrivés à destination - avec leur monotonne de 11 mètres de long de 1976 "45 South II", il leur a fallu près de 18 jours - ils racontent aussi l'impressionnante cohésion des participants et l'entraide dont ils ont fait preuve. "Déjà à Las Palmas, il te suffisait de poster sur le groupe WhatsApp qu'il te manquait tel ou tel outil et quelques minutes plus tard, quelqu'un se présentait devant ton bateau avec la pièce dont tu avais besoin", raconte Teichmann. Cela a continué de la même manière en mer. "Presque tout le monde a Starlink à bord. On a beaucoup chatté, on a même posté des vidéos, mais on a aussi demandé des conseils et proposé de l'aide aux équipages en difficulté. Il y en a eu quelques-uns.

Un bateau a signalé une infiltration d'eau, un autre des problèmes de direction. Dans les deux cas, d'autres yachts qui se trouvaient à proximité ont réagi en quelques minutes et ont mis le cap sur les avaries, rapporte Teichmann. "Au final, les équipages ont certes réussi à régler leurs problèmes eux-mêmes. Mais c'était quand même bien de savoir qu'en cas d'urgence, tu n'es pas seul là-bas".

Assistance médicale

Il n'y a pas eu de situation de détresse aiguë, mais un incident extrêmement douloureux pour la skipper s'est produit en cours de route à bord de l'"Atlantic". Une vague exceptionnellement haute a fait faire un tel bond à son yacht en acier de 18 tonnes que Julia Merkel a été projetée dans les airs sous le pont. J'étais assise à la table de navigation", raconte la Berlinoise de 43 ans, "quand j'ai été soudainement arrachée de la banquette. Ma tête a heurté violemment une main courante installée sous le plafond". Une plaie béante s'est ensuite ouverte sur son front, et il n'était pas clair au départ si elle n'avait pas également subi une grave commotion cérébrale.

"J'ai soigné sa blessure et j'ai ensuite pris contact avec le service médical de Cuxhaven. Un médecin travaillant pour l'ARC s'est également manifesté par radio après que j'ai signalé l'incident à la direction de la course", rapporte Denis Merkel. "Heureusement, la situation n'était pas menaçante pour Julia. Mais il était bon de pouvoir s'assurer auprès d'un médecin que l'on avait bien pensé à tout lors du soin de la blessure. Et à quels signes il faut faire attention en cas de présence d'une commotion cérébrale ou pire".

Plusieurs malchances à la fois

Julia Merkel s'est blessée à mi-chemin entre Gran Canaria et Sainte-Lucie. Auparavant, la famille - dont les parents et la fille Paulina sont à bord - avait déjà connu plusieurs malheurs. Immédiatement après le départ, un câble réseau défectueux les a contraints à rentrer au port. Plus tard, il s'est avéré que leur configuration de voile faisait trop rouler le bateau. Ils ont décidé de faire une escale au Cap-Vert, où ils ont retravaillé la configuration.

Lorsque la navigation a enfin pu reprendre, l'une des deux bômes de la voile d'avant s'est d'abord brisée. Ensuite, de l'eau s'est infiltrée par un hublot de la cabine. Enfin, le safran du régulateur d'allure a lâché. "La blessure à la tête de Julia a été le point le plus bas de notre traversée de l'Atlantique", raconte Denis Merkel. "Mais ensuite, ça s'est amélioré de jour en jour", ajoute Julia Merkel, qui peut déjà rire de tous ces malheurs. C'est surtout sa fille Paulina qui a aimé les jours en mer. "Nous avons fait de la pâtisserie et du bricolage pour Noël, Paulina a peint, écouté des livres audio ou regardé des livres. Et nous avons aussi eu du succès à la pêche" !

Lorsque l'"Atlantic" est finalement l'un des derniers yachts à s'amarrer à la marina de Rodney Bay, tard dans la soirée du 21 décembre, la remise des prix vient de se terminer - et l'ARC 2025 est donc officiellement terminée. "En revanche, l'accueil a été d'autant plus chaleureux. Des tas de gens qui venaient de la fête de clôture sont venus spontanément nous féliciter", raconte la skipper. "Un moment à donner la chair de poule !"

Esprit de l'ARC

L'"Adrienne" de Tanja Bräuer et Thomas Volnhofer était bien plus détendu que l'"Atlantic". Tous deux sont professeurs de voile et ont plus de 140 000 miles nautiques à leur actif. Ils ont déjà participé 14 fois à l'ARC et cette fois-ci, ils ont pris le départ avec six passagers en charter sur couchette.

"Les journées à bord ont été marquées par le rythme de la veille. De plus, nous apprenons un peu d'astronavigation à tous ceux qui le souhaitent en cours de route. Et bien sûr, nous pêchons aussi", raconte Tanja Bräuer après l'arrivée à Sainte-Lucie. Thomas Volnhofer ajoute, un peu fier, qu'ils n'étaient certes pas parmi les bateaux les plus rapides, mais "nous avons pris le chemin le plus court de tous : 2670 milles nautiques étaient inscrits sur le loch à l'arrivée".

Ce sont des histoires différentes comme celle-ci qui font l'esprit de l'ARC. Ceux qui veulent participer à la prochaine édition doivent se dépêcher : La liste des inscriptions sur le site Internet du World Cruising Club se remplit déjà.


Faits concernant l'ARC : un bilan impressionnant

Malgré l'énorme différence de taille, le racer Volvo 65 "NextGen by Jajo" (à gauche) et le JPK 1030 "Heartbeat 2" (à droite) de Marlene Brudek ont pris le départ de la course ensemble en 2025.Photo : WCC/Paul WyethMalgré l'énorme différence de taille, le racer Volvo 65 "NextGen by Jajo" (à gauche) et le JPK 1030 "Heartbeat 2" (à droite) de Marlene Brudek ont pris le départ de la course ensemble en 2025.

Ce n'est pas seulement la masse pure de personnes et de bateaux qui rend l'ARC si unique. La diversité des constellations d'équipages et des types de bateaux est également inégalée sous cette forme.

Les navigateurs

Au début, il n'y avait pas que quelques navigateurs solitaires, mais aussi, de manière générale, de nombreux petits équipages, allant du couple au trio ou au quatuor d'amis. Au cours des dernières décennies, la taille des bateaux a augmenté, tout comme celle des équipages.


Records de distance

  • Monocoque : 8 jours, 6 heures, 29 minutes, 15 secondes. Établi par le maxi-racer "Rambler 88" (États-Unis) skippé par George David en 2016.
  • Multihull : 11 jours, 12 heures, 12 minutes, 26 secondes. Établi par le catamaran ORC50 de Marsaudon "Malolo" en 2022, skippé par Duncan Gladwell.

40 ans d'ARC en chiffres

Depuis 1986, bien plus de

  • 30 000 plaisanciers
  • sur plus de 7.000 yachts et de
  • plus de 60 nations

a mis le cap sur les Caraïbes.


L'itinéraire

Itinéraire de l'ARC.Photo : Yellowbrick/WCCItinéraire de l'ARC.

Les équipages naviguent sans escale de Las Palmas à Sainte-Lucie. La distance la plus courte est de 2.700 milles nautiques, marquée par la Rhumb Line rouge. Mais la plupart du temps, les vents sont meilleurs au nord ou même au sud.


Les yachts

Lors des premières éditions de l'ARC, les yachts en bois et en acier n'étaient pas rares, mais normaux. Aujourd'hui, on ne trouve presque plus ces deux types de bateaux. La fibre de verre domine depuis longtemps et de nombreux yachts Explorer ont une coque en aluminium. Et une autre évolution est à signaler : Il y a de plus en plus de catamarans. Si le nombre total de bateaux participant à l'ARC est aujourd'hui inférieur à celui de 1986, c'est parce que l'ARC-plus a été ajouté il y a 13 ans. Cette variante, qui conduit les équipages dans les Caraïbes avec une escale au Cap-Vert, a vu cette fois-ci la participation de 86 bateaux.


Rapport de YACHT sur la première ARC de 1986

Rapport YACHT de 1987 : "À midi, le sixième jour, des nuages noirs apparaissent. Le spi est récupéré. Et puis il est là, le vent. D'abord encore trois, maintenant huit Beaufort".
Photo : YACHT Archiv
Le récit de la première ARC de Bartels, dont certains passages sont aujourd'hui à s'arracher les cheveux, est paru dans YACHT 4/1987.

Jimmy Cornell a organisé la toute première ARC en 1986. Il a ainsi touché le nerf de la guerre : la flottille à travers l'Atlantique attirait déjà à l'époque plus de 200 équipages.

Les rédacteurs de YACHT Klaus Bartels et Michael Bohmann étaient de la partie à l'époque. Ils ont embarqué sur le Bianca 107 "Wann-O-Zeven" d'un ami navigateur danois. Le récit de Bartels, dont certaines parties sont aujourd'hui à s'arracher les cheveux, est paru dans YACHT 4/1987. Bartels y raconte des rencontres inquiétantes avec de prétendus pirates, des veilles interminables, des voiles déchirées, des collisions et un roulis du bateau qui met les nerfs à rude épreuve. Pendant des jours, on ne peut rien faire sans s'accrocher, s'attacher, se caler. Une véritable torture. Mais il y a aussi des expériences fascinantes qui font oublier la souffrance. En premier lieu, l'arrivée : indescriptible !


Pascal Schürmann

Pascal Schürmann

Chef de texte YACHT

Pascal Schürmann a été embauché en 2001 par YACHT à Hambourg. En tant que chef de texte et chef de service, il veille à ce que tous les articles parviennent à temps dans le magazine et qu'ils soient à la fois informatifs et divertissants à lire. Il est originaire du Bergisches Land, près de Cologne. Adolescent, il a appris à manier la barre et l'écoute sur un dériveur sur le Sneeker Meer et sur un gros bateau sur l'IJsselmeer. Pendant et après ses études, il a navigué sur la mer Baltique et en Méditerranée. Journaliste économique de formation, il s'occupe en outre chez YACHT de rapports sur le financement et l'assurance des bateaux, mais il a aussi un faible pour les sujets concernant les eaux bleues.

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