Round Britain & Ireland RaceDouze jours sous voile zébrée

Ursula Meer

 · 05.09.2026

Le « Löwe von Bremen » parmi un peloton très dense au départ de la Round Britain ans Ireland Race 2026.
Photo : Segelkameradschaft ”Das Wappen von Bremen”
Douze jours en mer, du brouillard au large de l'Irlande, une accalmie devant le Solent et un Code Zero réparé en haute mer : le jeune équipage du « Löwe von Bremen » de l'association de voile « Les armoiries de Brême » a terminé la Round Britain & Ireland Race 2026 en 12 jours, 1 heure, 52 minutes et 19 secondes. Sa voile zébrée a tenu jusqu'à Cowes.

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1 805 milles marins, 32 bateaux, 182 navigateurs et navigatrices issus de cinq continents – et, au cœur de cette aventure, un équipage de six personnes originaires de Brême, âgées de 21 à 30 ans. La Round Britain & Ireland Race 2026 offrait tout ce qui fait la légende de cette course : des dépressions atlantiques, des trous de vent, une mer déchaînée, des accalmies où la mer était lisse comme un miroir et des nuits où l’on ne faisait que fixer la lumière d’un phare. Pendant douze jours, le skipper Frederick Nabor et son équipage ont navigué à bord du « Löwe von Bremen » à travers l’une des épreuves de voile les plus exigeantes que l’Europe ait à offrir. Ils sont revenus avec une voile zébrée réparée, une place en milieu de classement et des souvenirs inoubliables.

​La course : un anniversaire à la hauteur de sa réputation

La Round Britain & Ireland Race est organisée tous les quatre ans par le Royal Ocean Racing Club (RORC) : 1 805 milles marins dans le sens des aiguilles d'une montre au départ de Cowes, autour des îles britanniques – en passant par Land's End, le long de la côte ouest de l'Irlande, jusqu'à St Kilda et Muckle Flugga dans les Shetlands, puis de retour par la mer du Nord et la Manche jusqu'au Solent.

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À l'occasion du coup d'envoi du 50e anniversaire, le 9 août 2026, 32 voiliers, avec à leur bord 182 navigateurs et navigatrices issus de 22 nations, se sont élancés sur le parcours – l'un des pelotons les plus internationaux de l'histoire de la course, parmi lesquels figuraient quatre équipages allemands et, au cœur de ce peloton, le « Löwe von Bremen » dans la catégorie IRC Two.

Arnaud Monges, météorologue chez PredictWind, avait souligné la complexité de la situation météorologique lors du briefing des skippers : il n'y aurait jamais de prévisions valables pour tout le monde de la même manière. Les bateaux les plus rapides pourraient atteindre un système météorologique atlantique alors qu'il était encore en formation, tandis que les voiliers plus petits arriveraient quelques jours plus tard et trouveraient une situation complètement différente. Entre les deux : des fronts, des crêtes anticycloniques, des effets côtiers, des lignes de marée et plus de 2 000 milles marins regorgeant de possibilités.

Aussi La commodore Deborah « Deb » Fischer, du Royal Ocean Racing Club, avait déjà évalué, avant même le départ, les défis particuliers liés à la navigation : « La Round Britain & Ireland Race est sans aucun doute la régate la plus exigeante du calendrier du RORC. Ce sont 1 800 milles marins parsemés de caps, de côtes rocheuses, de courants de marée, de zones de séparation du trafic, de bancs de sable, de parcs éoliens et de tout ce que ce littoral exceptionnel a à offrir. » Le skipper Frederick Nabor résume la situation de manière concise et pragmatique : « La navigation est simple : si la terre apparaît, c’est que tu es allé trop à droite. »

​Dix minutes de retard – et dans un système de vent défavorable

Le départ dans le Solent s'annonce d'abord prometteur pour les Brêmois. Sous une légère brise d'est, le « Löwe » se positionne loin au vent et franchit la ligne du Royal Yacht Squadron à l'heure prévue, à bonne vitesse. Le peloton est très serré. D'après leur description, les premiers milles ressemblent davantage à une régate côtière qu'au début d'une course au large.

La première nuit, le vent tourne comme prévu. L'équipage vire de bord en même temps que le Sun Fast 3600 « Fujitsu British Soldier » – mais, selon ses propres estimations, avec environ dix minutes de retard. Dans un premier temps, cela ne leur coûte que quelques milles. Le lendemain, les conséquences se font sentir : le « Löwe » se retrouve pris dans un autre système de vent, avec davantage de accalmies. La course-poursuite commence tôt. D’autres équipes bénéficient par moments d’un vent nettement plus fort. L’équipage de Brême, quant à lui, avance péniblement vers le nord-ouest pendant plusieurs jours, sous voile A2, dans des vents faibles.

Fastnet dans le brouillard, des dauphins à côté du bateau

La côte ouest irlandaise reste pour l'équipage une sorte de fantôme. Le brouillard marin ne les quitte plus. La côte n'est perceptible que sur le GPS. Le légendaire Fastnet Rock, l'un des repères les plus emblématiques de la voile au large, reste hors de vue. Gyde Hansen et Caro Bosselmann, membres de l'équipage, écrivent : « Nous ne voyons toujours rien de l'Irlande et nageons dans un brouillard épais et une humidité élevée. » Un peu plus au nord, à la hauteur de la péninsule de Beara, dans le comté de Cork, le Bull Rock émerge brièvement du brouillard. C'est tout.

En revanche, des dauphins accompagnent régulièrement le « Löwe » dans sa route vers le nord. Au milieu de cette monotonie grise, une éclipse solaire devient un événement partagé par toute la flotte – relayée via un chat WhatsApp, avec des photos créatives prises depuis tous les bateaux. Sur le « Löwe » également, l’équipage aperçoit brièvement le phénomène entre deux nuages. « Dans de tels moments, on oublie l’espace d’un instant qu’on est en mer depuis des jours », explique l’équipage.

​Un adversaire à la hauteur de la chouette

Dans ce peloton très étiré, seul le « Fujitsu British Soldier », qui met le cap vers le nord, reste la plupart du temps à portée. Tantôt le « Löwe » gagne quelques milles, tantôt c'est l'équipe de l'armée britannique. Rarement les deux bateaux sont-ils séparés de plus de cinq milles marins sur de longues portions de la course. Cette confrontation directe devient une source de motivation importante dans les étendues marines par ailleurs désertes.

Ce que l'équipage du « Fujitsu » a vécu à cette occasion devrait entrer dans les annales de la voile hauturière. À environ 70 milles marins au large des côtes, une chouette effraie épuisée tente à plusieurs reprises de rejoindre le bateau. Elle tombe trois fois à l'eau avant de s'effondrer finalement sur le pont. Les soldats la baptisent « Little Regina », mettent en place une « garde de la chouette » dédiée – tout en poursuivant leur course.

Le skipper Naylor qualifie le RBIR d’« ultra-marathon de la voile » : il faut savoir quand on peut se donner à fond, quand il faut protéger le bateau et l’équipage – et cette année, aussi, quand il faut sauver un hibou. Regina a été récupérée par un bateau de sauvetage peu avant Great Yarmouth et confiée à des soins spécialisés.


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Un Code Zero déchiré est rebaptisé

Pendant ce temps, le « Löwe » traverse une grave crise : le Code Zero se déchire sur plusieurs mètres dans son tiers inférieur. Première réaction : la résignation. C’est justement dans des conditions de vent de travers que le Code Zero est la principale source de propulsion du Sun Fast 3600. Abandonner n’est toutefois pas une option. Le skipper Frederick et Cam se chargent de la réparation, tandis que les autres assurent le système de voiles – alors que le vent se fait de plus en plus fort et que les vagues grossissent. « 24 heures, de nombreux rustines et un rouleau de ruban adhésif plus tard, notre voile est à nouveau en un seul morceau », notent Hansen et Bosselmann. La couture rayée noir et blanc lui vaut son nouveau nom : le « Code Zero Zèbre ».

Dans ces moments-là, l'équipage tire parti de son état d'esprit, tel que le décrit le skipper après la course : « Il y a eu des moments qui nous ont coûté beaucoup d'énergie, mais c'est pour cela que nous sommes partis : pour pousser le bateau à fond à tout moment. Si on prend encore du plaisir, c'est qu'on ne va probablement pas assez vite ! » Et, avec un clin d'œil au bilan des dégâts de la course : « Nous n'avons pas eu de gros problèmes. Les petits, en revanche, étaient très tenaces. »

La réparation doit faire ses preuves immédiatement. Après avoir dépassé St Kilda – elle aussi invisible dans la nuit noire –, l'équipage hisse à nouveau la voile. La couture tient bon. Avec un vent de 20 à 25 nœuds, voire davantage en rafales, le parcours se poursuit sous gennaker en direction des Shetlands. Le « Löwe » atteint ainsi des vitesses pouvant aller jusqu’à 15 nœuds par rapport au fond et rattrape à nouveau son concurrent direct, le « Fujitsu British Soldier ».

Muckle Flugga : Une lueur dans le Nord noir

Une semaine après le départ, le « Löwe » Muckle passe par Muckle Flugga, le point de passage le plus au nord de la course. Dans la nuit noire comme de l'encre, seule la lumière du phare est visible ; les rochers ne se dessinent que vaguement. C'est ainsi que le dernier point de repère de la partie ouest de la régate a été franchi sans être aperçu.

L'équipage doit de toute façon se concentrer sur les manœuvres. En passant rapidement du foc à l'A2 au lieu de faire du tourisme, les Brêmois se forgent un avantage. En l'espace de 24 heures, leur avance sur le « Fujitsu British Soldier » passe d'un mille marin à environ 15 milles marins.

Slalom de la mer du Nord et trois heures d'immobilisation

Le parcours qui suit, à travers la mer du Nord le long de la côte est, se transforme en véritable parcours tactique pour l'équipage. Une vaste dépression accompagnée d'une importante zone de calme, des prévisions météorologiques changeantes, des parcs éoliens, des plateformes pétrolières, un trafic maritime de plus en plus dense, puis les bancs de sable au large du Solent exigent sans cesse de nouvelles décisions. C'est au cours d'une rafale que le « Löwe » atteint sa vitesse maximale enregistrée pendant la course, avec 15,7 nœuds par rapport au fond.

La fin de la course s'avère néanmoins difficile. Au cours des dernières 24 heures, des cumulo-nimbus se sont formés au-dessus de la Manche. Pour la première fois depuis le début de la course, l'équipage hisse la voile J3 et atteint Douvres – complètement trempé.

Avant l'entrée dans le Solent, une dernière épreuve de patience les attend : un contre-courant et un calme plat presque total font perdre près de trois heures à l'équipage au large du fort de No Man’s Land. Les derniers milles jusqu'à Cowes leur semblent plus longs que bon nombre des nuits précédentes.

Arrivée au bout de douze jours !

Le 21 août à 15 h 22 min 19 s BST, le « Löwe von Bremen » franchit la ligne d’arrivée du Royal Yacht Squadron après douze jours, une heure, 52 minutes et 19 secondes. Le Code Zero réparé est bien tendu, si l'on fait abstraction de quelques petits plis dus à la colle. Le vainqueur, Johnny Vincents, à bord de son Volvo 70 « Pace », est déjà de retour au port depuis six jours à ce moment-là. Au classement général IRC, l'équipage du « Löwe » occupe la 14e place sur les 29 voiliers classés.

Ben Willows, directeur sportif du RORC, résume ce qui fait l'essence même de cette course : « Chaque bateau et chaque navigateur ayant participé à cette course a accompli un exploit extraordinaire. Sur plus de 1 805 milles marins, ils ont bravé toutes sortes de conditions météorologiques, des problèmes techniques et d'innombrables défis. » Cela vaut d’autant plus pour le jeune équipage du club de Brême, qui participe pour la première fois à l’une des courses au large les plus difficiles d’Europe.

Pour eux, ce n’est pas seulement le classement qui compte : douze jours sans douche, une perception du temps complètement bouleversée et la certitude d’avoir terminé la course en tant qu’équipe soudée. Et au final, écrivent Hansen et Bosselmann, « nous avons tous du mal à imaginer ne plus naviguer à six sur le Löwe à partir de demain. »

1 802 milles marins. C'est fait.


Suggestions de lecture

voile de régate explique les décisions tactiques et stratégiques qui déterminent le déroulement d'une course bien avant la ligne de départ et qui doivent être réévaluées à plusieurs reprises tout au long du parcours. L’ouvrage aborde la préparation, le départ, la course et l’analyse a posteriori à l’aide d’illustrations claires et d’une liste de contrôle. Il s’inscrit particulièrement bien dans le cadre du récit du « Lion de Brême » en raison des petites décisions concernant les changements de vent, les courants et les changements de voile, qui peuvent avoir des conséquences majeures sur 1 805 milles marins.

Météo en mer traite des conditions météorologiques, de l'état de la mer et des courants qui déterminent la tactique et l'intensité de l'effort lors d'une régate au large. L’ouvrage explique également la planification météorologique d’une croisière et s’adresse tout particulièrement aux régatiers ambitieux. Il complète ainsi le compte-rendu de course en apportant les bases techniques nécessaires à la compréhension des accalmies, des fronts, des grains et du parcours difficile à travers la mer du Nord.

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Ursula Meer

Ursula Meer

Redakteurin Panorama und Reise

Ursula Meer ist Redakteurin für Reisen, News und Panorama. Sie schreibt Segler-Porträts, Reportagen von Booten, Küsten & Meer und berichtet über Seenot und Sicherheit an Bord. Die Schönheit der Ostsee und ihrer Landschaften, erfahren auf langen Sommertörns, beschrieb sie im Bildband „Mare Balticum“. Ihr Fokus liegt jedoch auf Gezeitenrevieren, besonders der Nordsee und dem Wattenmeer, ihrem Heimatrevier.

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