Les 200 ans de la Cowes WeekComment cette régate mythique a acquis une renommée mondiale

Fabian Boerger

 · 27.07.2026

Chaque année, des centaines de bateaux et des dizaines de milliers de visiteurs affluent à la Cowes Week, dans cette ville du sud de l'Angleterre située sur l'île de Wight.
Photos : Cowes Week Limited
D’un sport élitiste réservé aux hommes à un festival international de voile : la Cowes Week fêtera son 200e anniversaire du 1er au 7 août 2026. Le soutien de la famille royale, les eaux exigeantes du Solent et une tradition vivante ont marqué son ascension au rang des régates les plus célèbres au monde. Le magazine YACHT s'est rendu sur place pour en découvrir les traces.

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​Nous sommes le 10 août 1826, dans la matinée, devant le château de Cowes : sept cotres arborant le pavillon du Royal Yacht Club attendent, toutes voiles dehors, le coup d'envoi. Les journaux locaux ont annoncé la course au préalable. Une coupe en or, la Gold Cup, d’une valeur de 100 livres, attend le vainqueur. Et l’appel a porté ses fruits. Certains des voiliers les plus rapides de leur époque se sont rendus à la pointe la plus septentrionale de l’île de Wight et se tiennent prêts devant la ligne de départ.

Les conditions de participation sont simples : « les voiliers de club, quels que soient leur gréement ou leur tonnage », sont autorisés à prendre le départ ; les frais d’inscription s’élèvent à deux livres, comme l’atteste un compte-rendu du club. Puis, enfin, le coup d’envoi retentit au-dessus du Solent. Une légère brise pousse le peloton à franchir la ligne de départ. La course se dirige d'abord vers l'ouest en direction de Yarmouth, puis vers l'est jusqu'au château de Southsea, avant de revenir à Cowes.

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D'un événement local à une tradition

L'ambiance est tendue, voire houleuse. Un yacht s'échoue, deux autres se rapprochent trop l'un de l'autre et s'emmêlent. Des coups de poing fusent entre les membres d'équipage. C'est ce que rapportent les sources historiques. Il en va tout autrement lorsque l'« Arrow » de Joseph Weld franchit le premier la ligne d'arrivée. C'est alors que retentissent les acclamations. Des salves d'honneur sont tirées, tandis que des hommes et des femmes élégamment vêtus applaudissent depuis la rive. Le lendemain a lieu la deuxième régate, cette fois-ci réservée aux bateaux plus petits. Quelques semaines plus tard, le scénario se répète ; cette fois, ce sont les habitants de la ville qui offrent la coupe.

Le succès de cette série de régates est si retentissant que le roi George IV instaure lui-même, l'année suivante, une coupe : la King’s Cup. Et ce qui commence cet été-là comme un événement local devient une tradition qui, au fil des décennies, donnera naissance à la Cowes Week.

Aujourd'hui, c'est l'une des plus anciennes et des plus grandes compétitions de voile au monde. Ce qui avait commencé comme un sport élitiste réservé aux hommes, pratiqué avec une poignée de voiliers, s'est considérablement démocratisé après la Seconde Guerre mondiale et s'est transformé, en l'espace de 200 ans, en un événement majeur d'envergure internationale.

Mais en quoi les particularités géographiques du Solent ont-elles marqué la course ? Quelle influence la régate a-t-elle eue sur le développement de la ville de Cowes ? Et quel rôle la famille royale britannique a-t-elle joué dans cet essor ?

« Un rendez-vous incontournable de la saison »

Christian Hülß connaît bien la zone de navigation et la régate. Cet ingénieur en construction navale est originaire d'Allemagne, mais vit en Angleterre depuis de nombreuses années. Il a déjà participé six fois à la Cowes Week. « Pour tous ceux qui naviguent ici, la Cowes Week est un rendez-vous incontournable de la saison », explique Hülß. « C'est comme si l'on vivait à Kiel et que l'on participait à chaque Kieler Woche. »

Il y en a un qui se démarque particulièrement : le Solent. Ce bras de la Manche situé entre l’île de Wight et le continent anglais est considéré comme l’un des lieux de navigation à la voile les plus exigeants. Courants, hauts-fonds et nombreux points dangereux caractérisent cette zone. L'influence des marées est considérable – et varie d'un endroit à l'autre. « Certes, il n'y a guère de zone mieux cartographiée », explique Hülß, « mais elle reste néanmoins très exigeante sur le plan tactique. »

Et c'est précisément ce qui attire les navigateurs du monde entier. Il en allait déjà ainsi au XIXe siècle, lorsque les premières régates ont vu le jour en Grande-Bretagne. C'est sans doute la King's Cup, devenue plus tard la Queen's Cup, qui a définitivement lancé le mouvement.

Comment la monarchie a marqué la Cowes Week

En effet, rien n’a autant marqué la Cowes Week que la famille royale britannique – à commencer par le roi Édouard VII. « Il était extrêmement compétitif et très sociable », explique Victoria Preston. Conservatrice et vice-présidente du Classic Boat Museum, elle est spécialiste de l’histoire maritime de la région. Selon Mme Preston, c’est Édouard VII qui a fait en sorte que les familles royales de toute l’Europe affluent vers l’île.

Mais le roi ne s'est pas contenté de mettre la ville sur le devant de la scène internationale. C’est surtout le « Britannia » qui fit sensation : un cotre de 37 mètres de long qu’il fit construire en 1893 et qui remporta d’innombrables victoires au fil des décennies. À son bord, il affronta les yachts d’autres maisons royales, sans toutefois tenir lui-même la barre.

Tout le contraire de son fils, George V. En 1910, celui-ci prit non seulement le trône, mais aussi les commandes du « Britannia ». Il adorait barrer, selon Preston, et lorsqu’il n’était pas à la barre, il aidait l’équipage – au grand dam de ceux qui étaient chargés de veiller au bien-être du roi. Le « Sailor King », comme on l’appelait, était plus introverti que son père, mais d’autant plus passionné sur l’eau. Cela a donné un élan supplémentaire à la Cowes Week.

Les années 1930 ont notamment marqué l'apogée de cette époque, en particulier grâce au triomphe des classes J avec des voiliers tels que le « Shamrock V », le « Velsheda » ou l'« Endeavour », qui étaient également visibles au large de Cowes. En 1931, le « Britannia » fut équipé d’un gréement bermuda à la place de son gréement de cotre, dans l’espoir de pouvoir rivaliser avec les autres voiliers de classe J.

Voici un avant-goût de la North Sails Cowes Week de cette année :

Mais ce plan n'a pas fonctionné, raconte Preston. L'équilibre du bateau a souffert de ce changement. Le mât se trouvait désormais trop en avant et le yacht ne tenait plus au vent. À sa mort en 1936, Georges V ordonna que le « Britannia » soit coulé au large de la côte sud de l’île de Wight : personne d’autre ne devait en être propriétaire, ni même le naviguer.

Auparavant, on avait démonté les ferrures. Les blocs, les feux de position et le mobilier se trouvent aujourd’hui dans des collections privées, des musées et des associations de la ville et d’ailleurs. La vergue, par exemple, est toujours suspendue au plafond du musée Sir Max Aitken.

Après le roi George V, un calme royal régna quelque temps à Cowes. Puis vint le prince Philip. Plus que tout autre membre de la famille royale, il a marqué de son empreinte la Cowes Week – d’une part en tant que passionné de régates. C'est surtout dans les années 60 et 70 qu'il a navigué sur divers dériveurs à quille. Parallèlement, il a profondément réformé la régate.

Un nouveau départ après les guerres mondiales

Après l'interruption due à la Seconde Guerre mondiale, la Cowes Week a repris son élan en 1946. Le nombre de participants a recommencé à augmenter, des clubs voisins se sont joints à l’événement et ont organisé leurs propres courses en marge de la régate. En 1953, la Cowes Week s’étendait déjà sur neuf jours, chaque régate ayant ses propres parcours, ses propres règles et ses propres lignes d’arrivée. Le prince Philip mit fin à cette confusion organisationnelle en fondant en 1964 les Cowes Combined Clubs, un regroupement des plus grands clubs locaux.

Depuis lors, les clubs travaillent ensemble, selon les mêmes règles, et la plupart des départs sont donnés depuis l’Escadron. « Peu importe qui tire le coup de canon de départ », explique Sheila Caws, historienne et autrice originaire de Cowes. « À l’époque, cela a constitué une évolution décisive, et c’est ainsi que les choses se passent encore aujourd’hui. » Du point de vue de la famille royale, la princesse Anne a succédé au prince Philip. Elle est aujourd’hui le visage de la Couronne. Moins active sur l’eau, elle est en revanche présente lors d’événements officiels, précise Mme Caws.

La Seconde Guerre mondiale a marqué un tournant à un autre égard : dès lors, la Cowes Week est devenue nettement plus démocratique. Les voiliers participants sont devenus plus petits, tandis que l'éventail des classes de voiliers à quille s'est élargi. En revanche, les dériveurs ou les classes à foils n'ont toujours pas trouvé leur place dans la flotte.

Le prince Philip, duc d'Édimbourg, et le concepteur de voiliers anglais Uffa Fox naviguent au large de Cowes à bord du Flying Fifteen « Coweslip » pendant la Cowes Week de 1964.
Photo : Hulton Archive/ Getty Images

En termes de chiffres, la tendance a longtemps été à la hausse

Même sans cela, le nombre de participants a tellement augmenté au fil des ans qu'on le divise désormais en deux groupes : le « Black Group » et le « White Group ». Le Groupe Noir regroupe de grands voiliers de course et de croisière, classés selon les coefficients IRC. Le Groupe Blanc rassemble des classes monotypes plus petites : les Sonars, les XOD et les Dragons. « Le Groupe Blanc représente désormais la majeure partie des bateaux participants », explique Victoria Preston.

En termes de chiffres, la Cowes Week a connu une ascension constante pendant plusieurs décennies. En 1826, sept voiliers ont pris le départ ; en 1938, ils étaient environ 200 ; en 1985, on en comptait déjà plus de 700 répartis dans 24 classes. À son apogée, en 2005, on comptait plus de 1 000 bateaux selon les chiffres de la BBC. Depuis, les chiffres ont de nouveau baissé. Pour l'événement anniversaire, qui se tiendra du 1er au 7 août, plus de 600 bateaux sont attendus.

Plus d'informations à ce sujet vous trouverez ici sur le site officiel de la Cowes Week.

Une immense diversité de catégories de bateaux

Quelle sensation cela procure-t-il sur l'eau ? « C'est assez unique », estime Hülß. C'est surtout la diversité qui est particulière : les TP52 partagent les bouées avec les J70 ou les Flying Fifteen. « Il se passe toujours quelque chose. » Cela tient non seulement au caractère particulier du plan d’eau, mais aussi à la manière dont on y navigue. Plutôt que de contourner des marques de virage, il s’agit principalement de bouées de régate réparties dans le Solent – « round the cans », comme disent les locaux.

Tantôt à gauche, tantôt à droite ; le parcours est défini avant le départ via l'application a été annoncé. Par ailleurs, le programme ne prévoit qu'une seule course longue par jour. « C'est passionnant, mais aussi exigeant », déclare Hülß. « On n'a pratiquement aucune chance de rattraper une erreur. Si on a raté une course, c'est très difficile de se rattraper. »

Les départs devant la « Squadron Line », la ligne de départ située juste en face du château de Cowes, constituent également un spectacle exceptionnel. Toutes les 15 minutes, un coup de canon retentit au-dessus de l'eau pour marquer le départ. Autrefois, tous les départs et arrivées avaient lieu devant le château de Cowes, mais aujourd’hui, on utilise également des bateaux-comités. Ceux-ci peuvent, si nécessaire, établir des lignes distinctes. Cela permet d’étaler le peloton et s’avère utile lorsque le vent souffle dans la mauvaise direction.

Il avait été suspendu pendant quelques années, mais aujourd'hui,
le feu d'artifice fait à nouveau partie du programme.
Photo : Cowes Week Limited

À la fois compétition et festival

C'est un concept qui fait ses preuves – issu d'une longue tradition et bien établi. C'est également l'avis de Grace Murray, de Cowes Week Limited, qui envisage l'avenir avec sérénité : « Je pense que la Cowes Week excelle vraiment dans ce qui fait son identité. » Elle explique cette stabilité par le fait que la direction de la course est toujours à l'écoute des classes et s'adapte à leurs besoins.

C'est plutôt à terre que des changements sont prévus, précise-t-elle. On souhaite y mettre davantage l'accent sur les participants et les spectateurs locaux. Des spectacles aériens, des feux d'artifice et un vaste programme d'animations font également partie de la programmation. Car la régate se veut à la fois une compétition et un festival. « Alors que sur l’eau, ça bat son plein, à terre, on se retrouve tous ensemble », explique Christian Hülß. Murray ajoute : « Nous sommes une régate sérieuse qui sait s’amuser. Je ne connais aucune autre régate de cette envergure qui y parvienne. »

Un nouveau nom pour le 200e anniversaire

À l'occasion du 200e anniversaire, d'autres animations sont prévues en plus de la régate. Une Circuit du patrimoine maritime L'histoire doit notamment permettre de mieux comprendre ce passé, grâce à des initiatives telles que la « Youth Sailing Zone » (Pour en savoir plus, cliquez ici). Par ailleurs, l'édition 2026 de la course portera officiellement le nom de « North Sails Cowes Week », en référence au sponsor principal de l'événement. Le maire de Cowes, Stuart Ellis, a commenté cet anniversaire en ces termes : « Ces festivités nous permettent de revenir sur notre passé et de nous tourner vers le prochain chapitre de cette histoire. »

Un chapitre qui continue d’allier tradition et modernité, marqué par les eaux exigeantes du Solent et fort d’une histoire royale. « La Cowes Week a toujours été le “sommet” de la voile », déclare Victoria Preston. « C'était le temps fort de la saison. » Et cela restera sans doute ainsi, même après 200 ans.


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Fabian Boerger

Fabian Boerger

Rédacteur News & Panorama

Fabian Boerger ist an der Lübecker und Kieler Bucht zuhause – aufgewachsen in diversen Jollen und an Bord eines Folkeboots. Seit September 2024 arbeitet er als Redakteur im Panorama- und News-Ressort und verbindet dort seine Leidenschaften für das Segeln und den Journalismus. Vor seiner Zeit bei Delius Klasing studierte er Politikwissenschaften und Journalistik, arbeitete für den Norddeutschen Rundfunk und das ZDF. Sein Volontariat machte er bei der MADSACK Mediengruppe (LN, RND). Jetzt berichtet er über alle Themen, die die Segelwelt bewegen – mit dem Blick des Praktikers und der Präzision des Journalisten.

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