Ursula Meer
· 26.01.2026
Ce week-end, le canal de la mer du Nord (NOK) a vu passer la "Tara Polar Station", une embarcation qui a fait sensation. Ce qui ressemble visuellement à un mélange de miroir high-tech et d'OVNI est en réalité une station de recherche polaire mobile unique au monde en cours de test.
Le "Tara Polar Station" a fait sensation hier, dimanche 25 janvier, au Nord-Ostsee-Kanal. Ce navire de recherche de 26 mètres de long et 16 mètres de large, au design inhabituel, presque un OVNI, a traversé la NOK lors de son retour des eaux finlandaises. Ce navire spécial a été conçu dans un but particulier : Il doit pouvoir être enfermé dans la banquise arctique et dériver avec elle afin de permettre la recherche scientifique dans cet environnement extrême.
La "Tara Polar Station" a déjà effectué sa première mission d'essai dans l'Arctique au cours de l'été 2025. Après le départ de Lorient, en France, et une escale à Longyearbyen, au Spitzberg, la phase de test proprement dite a commencé. Le 6 juillet, le navire a rencontré le brise-glace allemand "Polarstern", qui lui a ouvert la voie dans la banquise. La station s'est ensuite volontairement laissée enfermer par la glace afin de tester son comportement, son équipement, ses protocoles scientifiques et sa vie autonome dans cet environnement extrême. La dérive test a eu lieu entre les 82e et 83e degrés de latitude nord.
Pour l'équipage, la dérive dans la banquise représentait un tout nouveau défi. Son ingénieur en chef, Luc Airiau, a décrit à l'époque cette situation inhabituelle : "Nous sommes habitués à éviter la glace, mais là, nous étions entourés de blocs de glace de plusieurs tonnes qui s'écrasaient contre la coque". Chaque impact et chaque bruit résonnaient dans la station - un test en conditions réelles pour la structure et les machines du navire. L'équipage a dû apprendre à gérer les mouvements imprévisibles de la glace, qui se brisait parfois, formait de nouveaux canaux ou s'empilait en structures de plusieurs mètres de haut.
Après le succès de la phase de test dans l'Arctique, une deuxième phase a eu lieu dans le nord de la mer Baltique, au large de la Finlande, dont l'itinéraire de retour passait par la NOK ce week-end - une expérience sans doute unique pour les marins de la Manche. Actuellement, il se trouve en mer du Nord, en route vers la Manche, à destination de Cherbourg. De là, il devrait partir cette année encore pour l'Arctique et sa première dérive scientifique, baptisée "Tara Polaris I".
On ne peut qu'estimer la durée de cette dérive, puisqu'elle n'a été réalisée que trois fois dans toute l'histoire de la recherche arctique. La première fois que Fridtjof Nansen s'est lancé dans l'aventure d'une dérive au ralenti dans la glace autour du pôle Nord, c'était dans les années 1890 avec son "Fram". Il lui a fallu plus de trois ans, à lui et à son équipage, pour passer d'un côté à l'autre.
La goélette à voile "Tara" a entrepris en 2006 sa deuxième dérive transpolaire. Avec un an et quatre mois, elle n'a même pas mis la moitié du temps que le "Fram" pour dériver d'un bord de glace à l'autre. Enfin, une expédition du brise-glace allemand "Polarstern" en 2019/20 a duré moins d'un an.
Pour l'expédition à venir de la "Tara Polar Station", les chercheurs prévoient environ un an et demi de dérive dans - ou plutôt : sur - la glace. Les résultats de ce voyage de recherche devraient notamment permettre d'affiner les prévisions météorologiques et d'acquérir une meilleure compréhension de l'écosystème arctique et de sa protection.
La "Tara Polar Station" est une plate-forme de recherche française qui allie design futuriste et fonctionnalité arctique. Elle fait partie de la "Tara Ocean Foundation" française, qui se consacre à la recherche océanique. Avec ses dimensions de 26 mètres de long et 16 mètres de large, la station ressemble à un OVNI sur la glace - une association encore renforcée par la coupole géodésique sur la coque en aluminium de forme ovale et épaisse. La construction ovale allongée, presque en forme de disque, est le résultat d'une collaboration entre des designers de bateaux polaires et des constructeurs de véhicules spéciaux.
Lors de la construction, l'accent a été mis sur une adaptation optimale à la dérive transpolaire. En effet, contrairement aux navires de recherche traditionnels, le "Tara" ne doit pas naviguer activement dans l'Arctique, mais geler dans la banquise et dériver pendant des mois avec le mouvement lent et circulaire de la glace. La forme incurvée et ovoïde de la coque permet au navire de ne pas être écrasé par la pression croissante de la glace, mais d'être littéralement poussé vers le haut sur la glace et de s'y poser. La coque en aluminium de 20 millimètres d'épaisseur est spécialement conçue pour résister à ces contraintes extrêmes, à l'instar des expéditions polaires historiques avec le légendaire "Fram".
Le système d'entraînement a été choisi en conséquence : Il se compose d'un moteur HVO (Hydrotreated Vegetable Oil - huile végétale hydrogénée), qui fonctionne à l'huile végétale hydrogénée (HVO). Celui-ci entraîne une hélice fixe protégée avec une tuyère et une protection contre la glace. La motorisation a été volontairement réduite afin de maximiser l'espace à bord et de limiter l'impact sur l'environnement. En marche, la station peut atteindre une vitesse de sept à huit nœuds.
La pièce maîtresse des zones habitables est le dôme géodésique de 30 tonnes, la "géode". Cette structure en forme de dôme triangulaire est extrêmement stable face aux tempêtes arctiques et offre une excellente isolation thermique grâce à son rapport surface/volume optimal, essentiel pour des températures allant jusqu'à moins 52 degrés Celsius. La géode abrite une cuisine, un salon, une timonerie, des bureaux, une infirmerie et même un sauna.
Un puits de 1,6 mètre de diamètre traverse tout le navire et permet aux scientifiques d'accéder directement à l'océan sous la glace. Ce puits, appelé "Moonpool", permet aux chercheurs de prélever des échantillons et d'utiliser des appareils de mesure sans devoir quitter la coque protectrice de la station.
La station peut accueillir 12 personnes en hiver et jusqu'à 20 en été. L'alimentation en énergie est assurée par des panneaux solaires et une éolienne avec un pack de batteries au lithium ainsi que des générateurs au biodiesel.