Pascal Schürmann
· 14.01.2026
Des chercheurs ont rassemblé des millions de données mesurées de différentes manières dans les océans du monde dans le Surface Ocean CO2 Atlas (SOCAT). Il s'avère que les océans sont un puits important dans lequel C=2 est fixé et stocké. Si ce n'était pas le cas, il resterait plus de CO2 dans l'atmosphère et le changement climatique s'accélérerait.
Pour la recherche climatique, il est important de quantifier le plus précisément possible l'étendue de ce réservoir de CO2. Les mesures du CO2 dissous dans la surface de la mer, exprimées en pression partielle pCO2, sont indispensables à cet effet. Les estimations globales du puits de CO2 marin, qui sont également intégrées dans les rapports du Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat (GIEC), sont établies sur la base de ces données.
Cependant, les points de données de SOCAT ne couvrent qu'une petite partie des océans du monde, et les données sont particulièrement lacunaires dans certaines régions clés, par exemple autour de l'Antarctique. Les mesures effectuées à bord des voiliers permettront-elles de combler ces lacunes ?
La scientifique Jacqueline Behncke de l'Institut Max-Planck de météorologie (MPI-M) s'est penchée sur cette question en collaboration avec des collègues de l'Université de Hambourg, du GEOMAR Helmholtz-Zentrum für Ozeanforschung à Kiel et du Flanders Marine Institute (VLIZ) en Belgique. Leur recherche est liée à une initiative citoyenne de l'équipe Malizia : sous la direction du skipper hambourgeois Boris Herrmann, des navigateurs collectent depuis 2018 des données océaniques lors de régates, comme celle du Vendée Globe. L'initiative est accompagnée scientifiquement par le MPI-M et le GEOMAR et a été soutenue financièrement par la Max-Planck-Förderstiftung.
"Par son engagement bénévole, l'équipe Malizia soutient la science et génère en outre de l'attention pour un thème important", déclare Behncke. "La collaboration a été passionnante et productive".
Behncke et ses collègues avaient d'abord montré que les données d'observation collectées par l'équipe Malizia entre 2018 et 2021, qui incluent un tour du monde à la voile, ont un impact important sur l'estimation de l'absorption régionale de carbone, en particulier dans l'océan Austral. Une deuxième étude récente a maintenant examiné dans quelle mesure les données des voiliers ne modifient pas seulement les estimations du puits océanique, mais les améliorent.
Pour ce faire, les chercheurs ont créé une carte globale du pCO2 à l'aide du modèle océanique MPI-OM/HAMOCC et ont testé dans quelle mesure certaines stratégies de mesure conduisaient à une estimation du puits de CO2 qui correspondait à la réalité du modèle. Les estimations ont été produites à l'aide d'une méthode d'apprentissage automatique.
Résultat : si l'intelligence artificielle ne disposait que de données à l'échelle du réseau d'observation actuel, elle sous-estimait le puits de carbone marin. Il en a été de même lorsque les chercheurs ont en plus reproduit les prélèvements effectués par l'équipe Malizia et l'équipe Nexans-Wewise du skipper Fabrice Amedeo entre 2018 et 2021.
Mais s'ils ont pris en compte les mesures supplémentaires de deux autres tours du monde, le puits de CO2 s'est renforcé dans l'Atlantique Nord et l'océan Austral, en accord avec la simulation. Cette meilleure concordance a persisté même lorsque les chercheurs ont pris en compte des incertitudes de mesure plausibles.
En revanche, un décalage systématique des mesures a détérioré la concordance dans certaines circonstances. "Cela signifie que, même si la quantité de données peut compenser dans une certaine mesure une qualité éventuellement limitée, un étalonnage et un entretien réguliers sont essentiels pour éviter un décalage des mesures", explique Behncke.
Bien que les données des voiliers améliorent l'estimation du puits de carbone marin, l'évolution à long terme de l'absorption de CO2 dans l'océan Austral n'est pas correctement appréhendée, même avec les deux circumnavigations supplémentaires, et la tendance reste surestimée. Selon l'auteur, il est donc urgent d'effectuer des observations supplémentaires. Il faut donc maintenir le cap, car les données des voiliers peuvent contribuer à répondre à ce besoin.