La correspondante danoise de YACHT, Lone Bolther Rubin, a été la seule à avoir accès à la famille Quist Johansen - et l'équipage de l'"Ing" lui a raconté tous les détails des circonstances de son enlèvement et de sa captivité sur un cargo au large des côtes somaliennes. "J'aurais préféré ne jamais naviguer en mer d'Arabie", déclare le skipper Jan Quist Johansen, 52 ans. "Je ne regretterai plus aucune décision de ma vie".
Il ressort clairement de son récit que le couple et ses trois enfants âgés de 13 à 17 ans ont manifestement sous-estimé le danger. Vers la fin de son tour du monde de deux ans, il a choisi, en provenance des Maldives, de traverser la mer d'Arabie et la mer Rouge en direction de Suez, alors que le risque de piraterie y est bien connu. Toutefois, l'année précédente, seule une attaque contre un yacht dans la Corne de l'Afrique avait été rendue publique, le risque semblait donc calculable : pourquoi cela devrait-il se reproduire maintenant, dans une zone maritime aussi grande que l'Europe, et précisément pour eux ? Et notamment parce que d'autres navigateurs rencontrés par l'équipage d'"Ing" en cours de route avaient choisi cette voie, ils ont opté pour la traversée de la mer d'Arabie. Le 24 février, ils ont été attaqués.
Pour cette situation comme pour d'autres, l'équipage familial, des navigateurs très expérimentés, avait prévu certains rôles de secours. Les spécialistes ne s'étonnent pas qu'ils se soient tous révélés inefficaces. Dans une interview accordée à YACHT, le capitaine de vaisseau Marco von Kölln explique que les pirates ne sont intéressés que par l'enlèvement des personnes dont ils peuvent s'emparer : "Ce qui les intéresse, ce sont les otages et les rançons de plusieurs millions". Et c'est ainsi que cela aurait fonctionné avec l'équipage de l'"Ing". La direction des forces alliées de lutte contre la piraterie chiffre le montant versé à environ 2,25 millions d'euros - le 3 août, les Danois ont été libérés.
Âgé de 48 ans, von Kölln dirige le centre opérationnel Maritime Security Center Horn of Africa dans le cadre de la mission européenne Atalanta. Dans le dernier YACHT, l'officier explique que les militaires ont réagi à l'élargissement drastique du rayon d'action des pirates dans un passé récent et définissent aujourd'hui toute la zone située au nord du 10e parallèle sud entre l'Afrique et l'Inde comme zone à haut risque. Les destinations de vacances populaires que sont les Seychelles et les Maldives en font également partie.
Avec 30 navires de guerre, il n'est pas possible d'aider les plaisanciers à temps sur cette surface d'eau gigantesque, "et ce n'est pas non plus notre mission prioritaire". Pour von Kölln, il n'y a donc qu'une seule option pour les plaisanciers, "c'est de ne surtout pas naviguer dans toute la zone avec un yacht. Celui qui s'adonne encore aujourd'hui à son loisir dans cette zone joue avec sa vie et celle de son équipage".
On constate également une plus grande propension à la violence de la part des pirates, explique le spécialiste. Ainsi, pendant la période de l'enlèvement de l'"Ing", les pirates auraient abattu l'équipage du "Quest" américain et, dernière victime en date, le skipper français Christian Colombo. Ce dernier a été froidement liquidé sur son "Tribal Kat" en septembre.
Les conclusions des militaires signifient qu'un tour du monde par la route classique n'est de facto plus possible à partir de maintenant. Les navigateurs n'ont donc d'autre choix que d'embarquer leur yacht par cargo en Méditerranée, ce qui est très onéreux, ou de faire un détour par le Cap de Bonne Espérance, ce qui, en incluant deux traversées de l'Atlantique, prolonge facilement d'un an la durée d'un tour du monde à la voile.
De plus, même les assurances pour les yachts n'y sont pas valables. Le Joint War Committee de Londres, une organisation non militaire qui fait autorité pour les compagnies d'assurance, classe toute la région comme "zone de guerre".
Tout ce qu'il faut savoir sur ce sujet dans le dernier YACHT 24/2011, disponible à partir du mercredi 16 novembre.