Un bon itinéraire ne se conçoit pas devant un écran, mais dans la tête. Le traceur n’entre en jeu qu’en dernier lieu. Avant de lui indiquer le point de départ et la destination, le navigateur commence par se faire une idée précise de tout ce qui pourrait être pertinent pour la planification de la croisière. Ce « bagage » mental renforce la stabilité lorsqu’il s’agit ensuite de prendre des décisions concrètes.
La navigation est l'outil qui permet d'arriver à destination en toute sécurité et sans stress. Pour répondre à cette exigence, il y a plusieurs éléments à prendre en compte – dont beaucoup peuvent être clarifiés dès le départ. Moins on a de soucis à se faire une fois à bord, plus on est détendu pendant le trajet et plus on peut se consacrer aux autres aspects du voyage.
Beaucoup se contentent de laisser le traceur fonctionner en arrière-plan pendant la navigation et de vérifier de temps en temps leur position. Dans une zone de navigation familière, où l'on connaît tous les hauts-fonds et autres pièges, cela peut suffire. Mais c’est justement lorsqu’on s’aventure en terrain inconnu, par exemple lors d’une sortie en charter dans une nouvelle zone de navigation ou d’une longue croisière de vacances à bord de son propre yacht, qu’une planification préalable minutieuse s’avère payante. Une telle préparation ne restreint pas la liberté de décision, mais réduit simplement le stress lié à l’évaluation des options et à la prise de décision. On navigue tout simplement de manière plus consciente – tout en restant flexible, à condition d’avoir envisagé suffisamment d’alternatives.
La notion de « routage » peut être interprétée de multiples façons. Pour moi, cela commence au plus tard lorsque je m’installe par terre dans le salon, entouré de cartes marines, de guides de croisière et de zones de navigation, de récits de voyage et de suggestions d’étapes tirés de magazines et d’articles en ligne, ainsi que d’autres documents utiles. En effet, la surface d’un plateau de table ne suffit souvent pas pour cela.
Ce que j'ai alors sous les yeux est le résultat d'une recherche préalable – un autre élément essentiel de la planification d'une croisière. Souvent, cela commence par une liste de liens vers des informations sur la zone de navigation et des sources d’approvisionnement, qui est progressivement affinée. Parfois, un conseil vient s’y ajouter ; parfois, un élément en est retiré parce qu’une meilleure alternative a été trouvée. Et à chaque heure consacrée à ce travail préparatoire, l’impatience grandit.
Une fois que je me suis fait une idée d'ensemble suffisante, je passe à la commande, au téléchargement et à l'enregistrement. Je sélectionne les documents de manière pragmatique : où trouve-t-on beaucoup d'informations pertinentes, et où celles-ci sont-elles plutôt lacunaires ? Où y a-t-il des recoupements évidents ? Quelles sont les sources les plus récentes ? Ainsi, un bon guide de la zone de navigation devrait, par exemple, aborder non seulement les plans du port et les conseils pour les sorties à terre, mais aussi les aspects juridiques : existe-t-il des règles ou des restrictions de navigation spécifiques dans cette zone ? Que dois-je prendre en compte à cet égard et, le cas échéant, clarifier au préalable ?
Plus on se plonge dans le sujet, plus on développe une intuition de ce qui est utile. Les avis clients et les témoignages sont également très utiles. Lors de croisières en bateau de location, je ne me fie jamais aux documents nautiques censés se trouver déjà à bord. En effet, cela limite ma préparation et me rend inutilement dépendant. Il m’est déjà arrivé à plusieurs reprises de trouver à bord des guides portuaires et des séries de cartes marines obsolètes – ce qui ne constitue pas une bonne base de travail.
Le support revêt une importance secondaire : que les guides de navigation et les guides portuaires soient disponibles sous forme de livres électroniques ou sur papier relève avant tout d'une question de goût. En ce qui concerne les cartes marines, les séries de cartes papier offrent sans conteste une meilleure vue d'ensemble pour une première orientation. Mais là encore, le « si » prime sur le « comment ».
Pour ma part, je continue à privilégier l'association de cartes marines électroniques et papier, et de préférence des séries complètes de cartes pour bateaux de plaisance. Lors de mes sorties en bateau de location, j'emporte également un traceur portable, un appareil pratique monté sur un socle en bois doté d'une base antidérapante et équipé de divers adaptateurs pour différentes prises électriques. Il est complété par une antenne GNSS externe, qui peut être fixée à l'aide de ventouses et d'attaches de câbles à un endroit offrant une bonne visibilité panoramique.
L'avantage, c'est que je connais bien ce système et que je sais comment évaluer l'actualité et la qualité des données. Ceux qui préfèrent utiliser une tablette doivent être conscients de la précision quelque peu limitée de la localisation et s'accommoder, selon l'application utilisée, d'un éventuel éventail de fonctionnalités quelque peu restreint. Mais là encore, le « si » prime sur le « comment ».
Dans une zone soumise aux marées, il faut en outre disposer de documents sur les courants de marée, ainsi que sur les heures et les niveaux de marée haute et de marée basse. Là encore, il ne faut pas se fier uniquement aux informations consultées en ligne sur place : il se peut qu’il n’y ait pas de réseau disponible au moment crucial. En règle générale, toute solution autonome contribue également à la sérénité en éliminant les soucis inutiles.
De retour sur la terre ferme : je commence par me faire une idée générale des particularités de la zone visée – notamment la topographie, les profondeurs, les ponts, les écluses, les restrictions, les ports et les mouillages. Ce faisant, je garde déjà à l’esprit les caractéristiques du yacht, telles que le tirant d’eau, la hauteur de passage et la vitesse maximale.
Le tracé de l'itinéraire se précise désormais : dans quel rayon prévoyons-nous de naviguer ? Quels sont les ports et les baies situés dans cette zone ? Quels tronçons d'itinéraire peuvent être envisagés dans ce contexte ? Où trouve-t-on des places d’amarrage pour les visiteurs et des mouillages offrant une profondeur suffisante ? Qu’en est-il de la protection – notamment contre la houle – selon les différentes directions du vent ? Quelles sont les possibilités d’approvisionnement proposées ?
Outre les aspects nautiques, les considérations touristiques jouent également un rôle : quels sont les endroits particulièrement beaux, où vaut-il la peine de faire une excursion à terre ? On dresse ainsi une liste d'étapes et de destinations possibles. Si, en fonction du vent et de la météo, le parcours peut s'orienter dans différentes directions, le choix s'avère d'autant plus vaste.
C’est là qu’intervient également une hiérarchisation des priorités : quel port ou quelle baie serait le premier choix ? Quelles alternatives s’offrent à proximité si la destination privilégiée est déjà occupée ? Dans quelles conditions – vent et état de la mer – quelle option serait la plus avantageuse ?
Il s'agit également de déterminer l'itinéraire possible : quel parcours de base serait recommandé entre les différentes destinations ? Où se cachent les dangers potentiels, tels que les passages peu profonds ou les ponts bas ? Des notes sont également prises à ce sujet, en tenant compte des conditions particulières : où et quand pourrait-on rencontrer, par exemple, un effet de jet traître ou un courant de fond dangereux ?
Les informations topographiques fournies par la carte marine – concernant notamment les falaises et la profondeur – ainsi que les données statistiques sur les conditions météorologiques typiques de la zone de navigation sont très utiles à cet égard. Ces dernières peuvent être consultées sur Internet. Cette validation préalable – Quelles sont les possibilités et dans quelles conditions faire le bon choix ? – allège considérablement la pression lors de la prise de décision proprement dite.
C'est ainsi qu'émerge un premier plan de croisière provisoire, qui esquisse en quelque sorte un itinéraire idéal à partir des destinations et des routes phares. En réalité, je n'ai certes jamais réussi à suivre ce plan à la lettre par la suite, mais cela ne remet nullement en cause l'intérêt de la planification préalable. Au contraire, le fait de pouvoir compter sur des alternatives déjà validées s’est toujours avéré utile.
En effet, dans l'idéal, à chaque objectif A correspond un objectif B. Lors de ma dernière sortie en mer, j'ai par exemple dû attendre que le temps s'améliore à deux reprises, et j'ai alors eu recours à des objectifs B, voire C – c'est finalement la meilleure protection qui a fait pencher la balance dans chaque cas.
Au cours des derniers jours précédant la sortie en mer, je revérifie mes plans à la lumière des conditions météorologiques réelles auxquelles je dois m'attendre. Pour cela, je ne me contente pas de consulter les prévisions de vent et de temps, mais j'observe également l'évolution et le déplacement des systèmes de pression qui les génèrent.
Les cartes de pression au sol, disponibles auprès des services météorologiques nationaux – comme le DWD allemand –, sont utiles à cet égard. Elles permettent d'évaluer bien mieux la probabilité des prévisions.
Je reprends alors mes notes et je les réorganise en fonction de cette probabilité. Certains ports, malgré leur bel emplacement, reculent désormais dans le classement, car ils ne seront probablement pas accessibles ou n’offrent pas une protection suffisante compte tenu des conditions prévues. En revanche, d’autres destinations remontent dans le classement, car elles s’avèrent finalement être le meilleur choix.
Il s'agit alors de trouver les bons compromis – notamment entre le chemin et la destination. Car à quoi sert le plus beau des ports si le trajet pour s'y rendre risque d'être très éprouvant, voire dangereux ? Est-ce que cela en vaut vraiment la peine ? Il arrive alors parfois que des destinations que j’avais initialement écartées reviennent sur le devant de la scène, car mes priorités ont évolué en conséquence.
Quant aux points de passage proprement dits, je ne les détermine qu’une fois à bord, soit la veille de chaque journée de navigation, soit le matin avant le départ. En effet, ce n’est qu’à ce moment-là que je peux vraiment évaluer de manière fiable les conditions qui m’attendent en cours de route. C’est donc à ce moment-là seulement que je prends la décision finale concernant la prochaine destination du jour et le meilleur itinéraire pour y parvenir.
La motivation de l'équipage et les capacités du yacht, que l'on ne peut évaluer qu'une fois sur place lorsqu'il s'agit d'un bateau de location, entrent également en ligne de compte dans cette prise de décision. Peut-être que l’équipage n’a pas envie aujourd’hui d’une longue traversée en mer, mais préfère une destination proche – avec une longue pause baignade en cours de route. Ou bien le yacht ne remonte pas au vent comme prévu, car l’état des voiles ne le permet pas.
Les bonnes décisions naissent toujours d’un mélange d’évaluations de la situation et d’une base solide. Cette dernière repose sur les connaissances et l’expérience ; les premières permettent de les transposer dans la vie réelle. Et la vie suit ses propres règles. C’est ainsi que j’ai souvent dû renoncer en cours de route à ma destination de rêve initiale – plutôt que de précipiter les choses, j’ai trouvé une autre solution qui, au final, s’est avérée plus avantageuse pour tout le monde.
Lors de la programmation de l'itinéraire sur le traceur, je place des waypoints partout où je dois redoubler d'attention, par exemple en raison d'un endroit dangereux ou d'un changement de cap à venir. Il ne faut pas lésiner sur ce point.
Certes, la programmation du traceur avant le départ prend du temps, mais cela contribue en quelque sorte à la détente. Lorsque le traceur m'indique ensuite que je suis sur la bonne route et que le prochain waypoint se trouve encore à 30 minutes, je peux profiter de la navigation en toute sérénité, sachant que je ne passe à côté d'aucun élément important en matière de navigation.
La planification de mes sorties en voilier n'a cessé d'évoluer au fil du temps. Par exemple, il est désormais possible de réserver des places d'amarrage en ligne, et je me renseigne également à ce sujet bien à l'avance. Je crée les applications et les comptes nécessaires avant même le départ. L'idée de base est toutefois restée la même : se préparer mentalement à l'avance afin d'avoir l'esprit libre plus tard pour profiter des aspects agréables de la voile – ce n'est pas une contradiction.
Je n’ai d’ailleurs jamais regretté d’avoir investi dans mes propres documents, tels que des cartes marines, qu’elles soient sur papier ou sous forme électronique, ainsi que des guides de navigation et des guides portuaires. C’est un prix relativement modique à payer pour la liberté de pouvoir naviguer l’esprit tranquille. Il en va de même pour le temps investi en amont : au final, cela prolonge même les vacances, car cela permet de prendre le large bien plus tôt, ne serait-ce que dans sa tête.

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