Michael Good
· 13.06.2026
La comparaison s'impose : JPK 10.50 contre Pogo RC. Les deux bateaux sont neufs, proviennent de chantiers navals bretons traditionnellement concurrents, naviguent dans la même catégorie et, avec leur orientation très claire, visent la même clientèle et le même handicap selon l'IRC (d'où leur nom). Leurs conceptions sont également très proches : d'un côté, la JPK 10.50, dessinée par Jacques Valer, et de l'autre le Pogo RC, fruit de la collaboration entre les designers Sam Manuard et Bernard Nivelt.
En réalité, les concepts des deux voiliers de course se ressemblent tellement qu’une question semble inévitable : qui a copié qui ? La réponse est : personne. Au contraire, ces deux projets comparables démontrent avant tout une chose : l’état actuel des connaissances en matière de conception moderne de voiliers hauturiers. La similitude entre ces bateaux n'est donc ni une coïncidence ni un plagiat, mais le résultat d'un travail de développement cohérent et moderne au sein d'une nouvelle génération de voiliers de course hauturiers optimisés pour l'IRC.
Le premier grand face-à-face entre les deux rivales était donc très attendu : lors de la Rolex Fastnet Race. C'est là que les deux protagonistes devaient montrer de quoi elles étaient capables sur la grande scène – et toutes deux ont livré une performance impressionnante. Victoire au classement général (IRC Overall) pour le JPK 10.50, troisième place pour le Pogo RC. Et ce, face à une concurrence de pas moins de 380 bateaux. Il s'agit là de bien plus qu'un simple succès d'estime, mais plutôt d'une preuve évidente de l'énorme potentiel de performance des deux modèles.
Avec le Pogo RC, les concepteurs Sam Manuard et Bernard Nivelt ne s'écartent pas des sentiers battus, mais poursuivent résolument leur travail de développement. La caractéristique la plus frappante de ce design est la proue volumineuse, presque en forme de bourrelet. Ce langage des formes marquant s'inspire notamment des spectaculaires voiliers de course au large de la classe IMOCA ou des dernières évolutions des voiliers de course de la séduisante Class 40. Cette proue imposante vise avant tout à compenser la portance de la large poupe, à assurer une assiette plus équilibrée et à faciliter la mise à l'eau.
Même sous l'eau, la Pogo RC affiche une ligne épurée. La quille a retrouvé sa forme classique en T, avec un lest en plomb. À cela s'ajoutent deux safrans fixés à l'arrière.
Les saillies de gouvernail rétractables fixées à l'arrière ne sont pas une nouveauté dans le monde des voiliers de course au large. Elles ont depuis longtemps fait leurs preuves dans les classes IMOCA et Class 40. Sur les voiliers de série, en revanche, ce concept n'apparaît que depuis peu, notamment sur le JPK 10.50 et le Pogo RC, deux modèles bretons. Cette solution est complexe sur le plan technique et constructif, elle exige des manœuvres supplémentaires de la part de l'équipage et fait également grimper les coûts. Pourtant, les avantages parlent d'eux-mêmes. L'argument principal en faveur de ce système est la sécurité. Les safrans montés à l'extérieur de la poupe peuvent se replier vers le haut en cas de collision. Le système prévoit à cet effet un point de rupture prédéterminé. Le risque de dommages structurels graves après une collision est ainsi pratiquement éliminé. Les débris indésirables, tels que les sacs en plastique, les algues ou les cordages, sont également plus faciles à retirer.
À cela s'ajoute un gain en termes de maniabilité et de performances. Avec une seule safran dans l'eau, le bateau réagit de manière nettement plus directe, plus vive et plus précise. De plus, le safran relevé ne crée aucune résistance supplémentaire. Sur le Pogo RC, les safrans sont relevés, abaissés et bloqués en position basse à l’aide de drisses et de poulies. Lors des essais, la manœuvrabilité s’est avérée excellente. En pratique, la pale au vent est relevée par vent faible à modéré. Par vent fort, les deux ailerons restent abaissés pour un contrôle maximal.
Sur le Pogo RC, le gréement est en outre placé de manière très marquée vers l'arrière et réglé avec un fort inclinaison du mât. La raison : en raison de la répartition inhabituelle des volumes de la coque, le centre de poussée de la voile doit être décalé très vers l'arrière. En conséquence, le plan de voilure prévoit une grand-voile haute et élancée ; pour cela, la longueur J est plus importante, ce qui permet d’utiliser des voiles d’avant plus grandes. Le fabricant français AG+ fournit le mât en fibre de carbone avec une paire de barres de flèche et de haubans en Dyform, ainsi que la bôme, également en carbone. Ceux qui le souhaitent peuvent toutefois opter pour un mât d’une autre marque ; un gréement à deux barres de flèche serait également envisageable. Le client a ici le libre choix, tout comme pour la composition de la gamme de voiles.
Pour l'essai du YACHT en Bretagne, les conditions n'auraient pas pu être meilleures. Du soleil, un vent soufflant entre 12 et 15 nœuds, ainsi qu'une houle que l'on peut merveilleusement bien dompter avec un bateau rapide comme le Pogo RC. Avec sa proue volumineuse et sa coque plate, ce voilier français sportif prend facilement et rapidement de la vitesse. Dans les rafales vives et avec le gennaker A2, on atteint rapidement les 12 nœuds et plus au loch.
Barre au vent avec un gennaker dans ces conditions, c'est tout simplement génial. La barre permet de le diriger de manière très contrôlée et facile au vent, il réagit immédiatement et avec beaucoup de vivacité, parfois même de manière presque brutale. Si l’on relève la pale de gouvernail du côté au vent, cette bonne impression s’intensifie encore considérablement. Le bateau se dirige alors vers le vent arrière avec beaucoup de finesse et en fonction de la pression exercée sur la barre, un peu comme un dériveur. Même dans les rafales les plus violentes et avec
une gîte relativement importante, le Pogo reste toujours maniable, sans qu’il soit nécessaire d’exercer une grande force sur la barre.
En navigation au vent, le plaisir diminue toutefois considérablement. La proue volumineuse a du mal à venir à bout des vagues qui déferlent, et le bateau prend souvent l'eau de manière désagréable ; le cockpit se retrouve parfois complètement inondé. Malgré cette sensation de freinage dans les vagues, le Pogo RC surprend par son bon potentiel de performance. Le bateau atteint 6,9 nœuds
avec la grand-voile et le génois J2 déployés à un angle de navigation d’environ 40 degrés par rapport au vent réel.
L'agencement du cockpit est conçu pour permettre au coureur de naviguer avec un équipage de quatre ou cinq personnes. Cependant, grâce à la disposition ouverte du cockpit et à la barre franche, la manœuvrabilité est également optimale pour les navigateurs en solitaire ou en double. Les concepteurs de Pogo Structures ont trouvé à cet égard d'excellents compromis qui fonctionnent bien, en s'appuyant sur leur grande expérience dans la construction de voiliers de course hauturiers performants.
En matière d'équipement, le chantier naval sait ce qui compte : une bonne maniabilité, une manœuvre sans effort et la sécurité pour une course exigeante au large. Sur le Pogo RC, toutes les fonctionnalités sont conçues sans compromis pour répondre à ces exigences. Cela se traduit également par un matériel de haute qualité ainsi qu'un cordage haut de gamme à âme en Dyneema.
Grâce à ses nombreux dispositifs de réglage parfaitement conçus, le Pogo RC permet d'exploiter pleinement son potentiel de performance. Les points d'amure du génois à chevauchement court sont réglables dans trois dimensions (halebas, hale-bas, hale-haut) et, grâce à des réglages fins supplémentaires, ils s'ajustent facilement et de manière optimale à tout moment, même sous pression. Il faut toutefois savoir sur quoi tirer.
Sous le pont du Pogo RC, c'est la fonctionnalité pure qui prime. Après tout, deux personnes pourraient y dormir assez confortablement à l'avant. Des couchettes tubulaires supplémentaires, équipées de voiles de vent arrière, sont disponibles à l'arrière. Deux modules de cuisine situés près de la descente, équipés d’une cuisinière et d’un évier, ainsi qu’un WC ouvert et intégré à l’avant sans cloison, offrent un minimum de confort pour la croisière. Ces commodités répondent toutefois moins à une exigence de croisière qu’à une prescription des systèmes de jauge.
Le Pogo RC coûte environ 264 300 euros TTC en version standard, départ chantier. C'est une somme assez importante pour un voilier de dix mètres de longueur de coque, mais cela s'explique notamment par son équipement haut de gamme et coûteux. Le JPK 10.50, concurrent direct doté d'un équipement comparable, reste au même niveau de prix : il coûte 267 600 euros.
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Comme c'est souvent le cas avec les bateaux de course, le matériel de voile n'est pas compris dans le prix. Pour un ensemble complet adapté à la régate (grand-voile, deux génois, deux gennakers, un Code Zero), les acheteurs doivent compter environ 50 000 euros supplémentaires, voire plus. L'électronique, y compris le pilote automatique, n'est pas non plus comprise dans le pack de base. Le client peut y consacrer des sommes insoupçonnées, le pack le plus exclusif coûtant plus de 40 000 euros.
Pogo a construit un bateau qui ne manquera pas de faire parler de lui grâce à ses nombreuses innovations passionnantes. Et ses premiers succès remarquables sur les parcours de régate lui valent désormais une attention supplémentaire, tant de la part d'acheteurs potentiels que d'une concurrence peut-être envieuse.
Une orientation sans compromis
Conception innovante
Coût d'acquisition élevé
Grand potentiel de performance
Pales de rame repliables
Montage serré dans l'arbre
Une fonctionnalité sans fioritures
Une conception allégée systématique
Intérieur austère et peu accueillant
Lest à eau en option
Équipements haut de gamme
Pas de moteur électrique en option
Structures sandwich en PRV avec âme en mousse et résine vinylester. Toutes les pièces sont fabriquées chez Pogo Structures selon le procédé d'infusion sous vide. Aileron de quille en fonte, bombé de quille en plomb.
Les spécifications standard prévoient un mât en fibre de carbone du fabricant AG+. Le client est toutefois libre de choisir. Comme c'est souvent le cas sur les bateaux de course, les voiles ne sont pas comprises dans le prix de base. Un jeu de voiles en laminé du fabricant Incidence (grand-voile et génois) coûte environ 18 000 euros.
En option, le Pogo peut être équipé de réservoirs de ballast latéraux et à l'arrière. Le supplément pour les trois réservoirs (d'une capacité de 200 litres chacun) avec les systèmes de remplissage et de vidange s'élève à environ 9 400 euros.
SAS Pogo Structures ; 29120 Combrit (France) ; www.pogostructures.com
Un monotype radical de Beneteau équipé de foils latéraux déployables. Le Figaro 3 s'est imposé à l'échelle internationale comme une classe monotype de premier plan pour la navigation en solitaire et en double.
Un voilier de régate couronné de succès, dessiné par Matteo Polli, artiste de l'ORC. L'IY 9.98 Fuoriserie a déjà remporté deux titres de champion du monde. L'aménagement sous le pont est moderne et adapté à la croisière. Lisez le test ici.
Un voilier de série innovant et séduisant signé Jeanneau, optimisé pour la navigation au long cours avec un équipage réduit. La conception spéciale de la coque est le fruit d'une collaboration entre Andrieu et Verdier. Vous pouvez lire le test ici.
Concept « One Design » innovant imaginé par Jeanneau et Multiplast. Une orientation sans compromis vers la course au large en classe monotype. Intérieur fonctionnel mais peu confortable. Cliquez ici pour accéder au test.
Elle est la grande gagnante au classement général IRC de la Rolex Fastnet Race 2025, une course classique en haute mer, et est actuellement la principale rivale du Pogo RC (3e place). Le bateau a été conçu par Jacques Valer. Vous pouvez lire le test ici.
Une gamme de bateaux de course bien pensée et donc très appréciée des régatiers actifs, proposée par J/Boats. Un bateau très modulable en fonction de l'utilisation et du système de jauge. Un aménagement sous le pont adapté aux croisières. Vous pouvez lire le test ici.
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Rédacteur Test & Technique