Innovation YachtsNordbert Sedlacek et son bateau en pierre

Fridtjof Gunkel

 · 01.02.2026

Prototype : le « Innovation Yachts » est recyclable et produit de l'électricité par récupération.
Photo : Innovation Yachts/B.Gergaud
​Le navigateur Norbert Sedlacek, qui a fait le tour du monde à la voile, souhaite démontrer les qualités de la fibre volcanique à bord d’un Open 60. Pour cela, il prévoit de contourner le Svalbard et l’Antarctique d’une seule traite. Jusqu’à présent, cinq tentatives ont échoué.

​Le monsieur d’un certain âge assis à la table voisine s’approche d’abord timidement, puis avec de plus en plus d’assurance, de Norbert Sedlacek. L’Autrichien s’attaque sans grand enthousiasme à sa salade du midi, qu’il déguste devant le bistrot d’un grand supermarché situé dans la zone industrielle. Le passant fouille dans un sac à bandoulière usé, en sort une carte postale et lui demande un autographe. Un autographe ! D’un navigateur ! Un navigateur qui n’a battu aucun record, remporté aucune médaille olympique et décroché aucune grande victoire. Un aventurier, certes attachant, un sexagénaire resté alerte et en forme – mais qui, justement, n’a encore rien accompli de remarquable.


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N’est-ce pas ? Sedlacek, quant à lui, l’Autrichien qui totalise le plus grand nombre de milles marins en mode course dans son journal de bord personnel, vit désormais – ce qui explique mieux la ruée vers son autographe – en France, au bord de l’Atlantique. Aux Sables-d’Olonne même, terre sacrée pour ainsi dire, cette petite ville portuaire qui fait figure à la fois de Mecque et de mythe pour les amateurs de voile hauturière, est considérée à la fois comme une Mecque et un mythe, située dans le département de la Vendée, qui a donné son nom à la course autour du monde en solitaire et sans escale qui y prend son départ. Norbert Sedlacek a déjà réussi à y participer à deux reprises et a été le premier navigateur germanophone à prendre le départ de la course des courses.

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En 2004, qualifié grâce à une bonne performance lors de la course transatlantique, il prend le départ, mais doit abandonner au large du Cap après avoir parcouru 6 800 milles marins. La suspension de la quille s’est brisée, heureusement avant d’atteindre l’isolement et la brutalité des océans du Sud. Mais il persévère. En 2008, il est de nouveau de la partie, encore une fois à court de moyens, sans aucune chance avec un bateau certes entièrement rénové, mais obsolète. Il avait lui-même assemblé ce bateau dès 2003 chez Garcia, en Normandie ; la structure en aluminium avec un pont en PRV est trop lourde, mais à l’épreuve des balles, et l’Autrichien n’a pas d’autre alternative.

Sedlacek au journaliste du « Spiegel » : « L'objectif, c'est l'objectif. » Il l'atteint. Onzième place dans un peloton record de 30 participants. Que Michel Desjoyeaux n'ait mis que 84 jours pour remporter sa deuxième victoire à bord de « Foncia », alors qu'il en a mis 126 : cela n'a aucune importance. Sedlacek est peut-être, à ce jour, le plus heureux de tous les derniers.

La voie difficile à la voile

Il avait déjà depuis longtemps jeté son dévolu sur son projet : la navigation à la voile dans des conditions difficiles. Fils d’une famille de fonctionnaires, il a quitté en 1996, à l’âge de 34 ans, son emploi stable de conducteur de tramway à Vienne pour mener une vie plus palpitante sur l’eau. Après ses premiers essais de navigation sur un petit croiseur de seulement 18 pieds de long en mer Adriatique, il s’est lancé dans la construction d’un autre bateau. Pendant trois ans, ce minuscule bateau de 26 pieds l’a conduit de Grado, sur la côte adriatique italienne, à Grado, et ce en solitaire et avec de longues traversées.

En 2000/01, il est le premier Autrichien à faire le tour de l'Antarctique en 93 jours, sur une distance de 14 300 milles marins, sans escale. Il s'est aventuré jusqu'à 62 degrés de latitude sud, une latitude qu'aucun voilier de course n'atteint aujourd'hui en raison des limites fixées par mesure de sécurité dans les courses mondiales. Son vaisseau : un voilier en aluminium de 54 pieds de long, de type Passoa 54 ; il a participé à sa construction chez Garcia, en Normandie, une fois de plus. Il écrit des livres, donne des conférences, devient directeur général de la Marina de Vienne. Mais là encore, ce n’est pas ce dont il est capable ni ce qui le passionne.

La Vendée devient le centre de sa vie. Deux mariages, deux courses autour du monde, et des années plus tard : il est toujours à la recherche de la route extrême, il a mûri et il est prêt. Mais pour participer à nouveau à la Vendée, Sedlacek manque d'argent, de jeunesse et du bateau adéquat. Il lui faudrait au moins cinq millions d’euros, il n’est plus tout jeune, et son bateau de la Vendée était déjà en 2008 « plus un navire de mort qu’un bateau de course » (« Yacht-revue »).

Fibre de roche volcanique pour la construction navale

Sedlacek découvre un nouveau thème, un thème supplémentaire, qui n’en était en réalité pas encore un à l’époque : la durabilité dans la construction navale. Il est particulièrement séduit par la fibre de roche volcanique. Ce matériau est obtenu à partir de magma solidifié puis refondu, extrudé en fils qui peuvent ensuite être transformés en nappes. Ce matériau n’est pas nouveau, mais il est considéré comme fragile et difficile à mettre en œuvre. En collaboration avec son sponsor Kapsch, Sedlacek trouve des moyens de poser ces fibres, qui résistent presque autant que le carbone dans le sens longitudinal, sans les affaiblir. Il construit lui-même (comment pourrait-il en être autrement) un prototype, le « Fipofix ». La conception de son épouse de l’époque, Marion Koch, est un Open 60 réduit, un Open 16 en quelque sorte : plus petit qu’un Mini, plutôt un Laser avec une cabine. Ce petit bateau jaune vif et mignon est censé faire un aller-retour entre Les Sables et les États-Unis, histoire de démontrer les performances de cette méthode de construction. Bien sûr, les choses se passent autrement.

Le fabricant de fibres et entreprise partenaire fait faillite, mais il se lance quand même ; le bateau rencontre des problèmes d'alimentation électrique, il est remorqué jusqu'à Gijón, ce qui provoque la rupture des fixations du gouvernail. Les rendez-vous professionnels s'accumulent, le temps presse ; Sedlacek confie la traversée de l'Atlantique à son fils Harald, qui l'a déjà aidé sur le plan technique lors de plusieurs projets. Il y parvient, mais l'aller est particulièrement pénible, avec une vitesse moyenne inférieure à trois nœuds. Au retour, la vitesse atteint près de cinq nœuds. Harald est épuisé, il a passé au total plus de 130 jours à bord de ce petit bateau. Mais le bateau a tout surmonté avec brio.

Naissance de l'Open 60AAL, dérivé de l'Imoca

Son père voit plus loin : il faut maintenant se lancer dans un grand projet, et de toute façon, la mer l'attire à nouveau (« Je dois m'occuper, je ne suis pas très doué pour rester sur un canapé »). Avec sa société Innovation Yachts, qu’il dirigeait alors avec Marion Koch, il bénéficie du soutien de la commune d’Olonne et – plus important encore – d’un investisseur discret. À cela s’ajoutent de nombreux partenaires tels que Dimension-Polyant, Incidences Sails, Harken ou FSE Robline, qui fournissent le matériel et l’assistance technique.

À l'entrée de la ville, dans la zone portuaire, on lui a mis à disposition un hangar de 400 mètres carrés, ainsi qu'un bureau et des emplacements pour camping-cars. C'est là que s'installent joyeusement certains de ses collaborateurs indépendants, un sympathique mélange international de travailleurs itinérants et de préparateurs professionnels, ainsi que des équipiers de voiliers de régate. Sedlacek s’en réjouit : « Ça nous évite de faire la ronde ». C’est ici que le bateau a vu le jour, et il flotte désormais. Curiosité : c’est le premier Open 60 construit aux Sables. En réalité, ce n’est pas tout à fait exact, car il ne s’agit pas à proprement parler d’un Open 60 : avec ses trois dérives, il comporte trop d’éléments sous-marins mobiles. La troisième dérive est placée au centre, devant la quille, et est destinée à protéger celle-ci de la glace et des débris flottants. De plus, l’aileron de quille est soudé et non fraisé, et le bateau n’a pas encore passé le test de gîte.

D'autres différences résident dans ladite fibre volcanique, ainsi que dans une résine époxy spéciale, sans danger pour la santé, biodégradable et recyclable. Le noyau en sandwich est en bois de balsa certifié ; à l'époque, on utilisait généralement de la mousse sur les voiliers de régate.

Sedlacek mise sur la sécurité

Le « Innovation Yachts », long de 18,30 mètres et large de 5,80 mètres, qui tire son nom du chantier naval, peut être broyé pour connaître ensuite une seconde vie sous forme de panneaux de finition dans un bateau de croisière, de meuble ou de paroi de douche. Le mât et la bôme sont en fibre de carbone, le gréement dormant est en Rod. Le gréement de 29 mètres se trouve sur le pont et est tendu hydrauliquement. « Nous sollicitons moins notre bateau. Un IMOCA moderne, comme par exemple le “Virbac”, navigue avec une charge de 30 tonnes au pied du mât – nous n’en avons qu’environ la moitié », explique le skipper lors de la visite à bord organisée par YACHT. Mais son bateau est également plus lourd : il pèse 9,5 tonnes, alors qu’un Open 60, conçu sans compromis pour la vitesse, pèse deux tonnes de moins. Cela s’explique non seulement par les propriétés calculées des fibres, mais aussi par la conception sécurisée de la construction.

Afin de rendre le bateau résistant aux débris flottants, aux infiltrations d'eau et au naufrage, il est équipé de sept cloisons étanches et d'un double fond divisé en plusieurs compartiments ; les stratifiés sont surdimensionnés. Sedlacek mise sur la sécurité. Toutes les drisses, par exemple, sont doublées. Il dispose à bord de deux pilotes automatiques autonomes et de quatre récepteurs GPS indépendants.

Les moteurs constituent une particularité. Deux moteurs électriques Ocean-volt ont été installés. Ces unités, pesant chacune un peu moins de 50 kilogrammes, peuvent être remontées dans des puits à l’aide d’un câble, ce qui réduit la résistance à l’eau et le risque de collision ; lorsqu’ils sont à l’arrêt, ils fonctionnent comme des hydrogénérateurs et fournissent de l’électricité par récupération d’énergie – à une vitesse de sept nœuds, la production atteindrait déjà 2,3 kilowatts. Comme il existe un risque de surcharge à grande vitesse, l’une des deux hélices est un modèle orientable qui adapte automatiquement son pas à la vitesse. Les pods alimentent un grand banc de batteries au lithium-ferrite. La cuisson se fait par induction ; il n’y a donc ni diesel ni gaz à bord, ni aucun combustible fossile. Sedlacek souhaite renoncer à la nourriture en sachet (« trop fade »). Il mise plutôt sur un apport calorique conventionnel, voire source de plaisir : des barres chocolatées aux chips en passant par les « bonbons gélifiés », on trouve également de quoi nourrir l’âme. Au total, selon la liste d’inventaire, il y a 603 344 kilocalories à bord, sans compter les marchandises de contrebande et les cadeaux d’adieu de dernière minute. Cela représente environ 3 000 kilocalories par jour, car Sedlacek prévoit un voyage de 200 jours.

Ce record devrait garantir la percée de la fibre volcanique

Une valeur difficile à calculer ; la seule certitude concernant l'itinéraire réside dans ses imprévus. Le départ est prévu le 29 juillet ; cap ensuite sur le Groenland, dans la baie de Baffin, puis de là à travers le passage du Nord-Ouest. Ce n’est qu’une fois sur place que l’on saura si celui-ci sera praticable, si la route la plus directe sera libre ou s’il faudra faire des détours. Les distances sur les sept itinéraires différents varient de 3 100 milles marins. Et il n’est pas du tout certain que la traversée puisse être effectuée d’une seule traite cet été. En 2017, un record y a d'ailleurs été établi : 23 voiliers ont réussi le parcours, contre douze chaque année au cours des deux années précédentes.

Vient ensuite une longue traversée du Pacifique le long des deux côtes ouest des Amériques, d’abord poussé par l’alizé du nord-est, puis plus ou moins à contre-courant de son homologue du sud-est, pour se terminer par le premier contournement du cap Horn. Le contournement de l’Antarctique, principalement avec des vents d’ouest, est quant à lui un terrain familier pour l’Autrichien. Puis viendra le cap Horn pour la deuxième fois. Retour par la route classique sud-nord de l’Atlantique et, en passant par l’anticyclone des Açores, retour au port d’attache. Le grand huit.

Entre-temps, Sedlacek a modifié son itinéraire, la traversée au nord du Canada lui semblant trop risquée du point de vue des autorités. Il va désormais contourner le Svalbard, puis descendre dans l'Atlantique et contourner d'abord le cap de Bonne-Espérance.

Le cap actuel : nord. Sud, beaucoup d'est, puis à nouveau nord.Le cap actuel : nord. Sud, beaucoup d'est, puis à nouveau nord.

Pourquoi ce parcours, ce « double tour du monde », pour ainsi dire ? « C’est très simple : parce que personne ne l’a encore fait », explique Sedlacek. En effet, l’Américain Rendell Reeves, qui avait pris le départ à San Francisco à l’automne 2017, a dû abandonner son projet similaire et s’apprête désormais à achever un tour du monde à la voile classique. Et ce, à bord de l’« Asma », construite en 1998 chez Dübbel & Jesse (Norderney), avec laquelle Clark Stede, originaire d’Augsbourg, a fait le tour des deux Amériques (même s’il a parcouru une partie du passage du Nord-Ouest en tant que passager).

Sedlacek ne se contente pas de vouloir réaliser une première ; il espère qu’un tel succès permettra à la fibre de roche volcanique et aux bateaux recyclables de percer dans le secteur de la construction navale. Innovation Yachts a calculé que, bien que la valeur des matériaux utilisés pour les stratifiés de la coque et du pont soit environ deux fois plus élevée que celle d’un bateau de construction conventionnelle, cette différence ne représente qu’environ 1 % de la valeur totale d’un bateau. Et ce, grâce à une fibre supérieure au verre.

Le chemin est encore long, surtout pour Norbert Sedlacek sur l'eau. Ceux qui le connaissent le savent – et son parcours le confirme : cet ancien pratiquant de taekwondo va se battre, et il ira loin. Si ce n'est pas du premier coup, ce sera après un nouvel essai. Cet homme divise peut-être, mais non seulement il a réalisé des choses dont d’autres rêvent, mais il continue sans cesse sur cette lancée.

Cet article a été publié pour la première fois en 2018 et a été remanié pour cette version en ligne.


Caractéristiques techniques de l’« Innovation Yacht »

  • Concepteur : Marion Koch, Vincent Lebailly
  • Concept : Norbert Sedlacek
  • Chantier naval : Innovation Yachts
  • Type de construction : À propos de la forme positive, du vide
  • Matériaux : Sandwich en fibre de volcan et balsa
  • Longueur du fuselage : 18,30 m
  • Largeur : 5,80 m
  • Tirant d'eau : 4,50 m
  • Hauteur du mât : 29,00 m
  • Poids : 9,5 t
  • Poids / proportion : 4,1 t / 43 %
  • Mât/haubans : Carbone/Tige
  • Surface de voile au près : 261,0 m²
  • Coefficient de portance : 7,6
  • Moteur (électrique) : 2 × 10 kW

À propos de Norbert Sedlacek

Norbert Sedlacek à bord de l'« Innovation Yacht ».Photo : Jean-Marie LiotNorbert Sedlacek à bord de l'« Innovation Yacht ».

Né en 1962 à Vienne, il a laissé derrière lui des emplois de serveur et de conducteur de tramway pour se lancer dans une carrière de navigateur. De 1996 à 1998, il a fait le tour du monde à bord d'un voilier de 26 pieds qu'il avait lui-même construit. Il a ensuite effectué un tour de l'Antarctique, puis participé à deux reprises au Vendée Globe Challenge.


La créatrice Marion Koch

La créatrice Marion Koch.Photo : Jean-Marie LiotLa créatrice Marion Koch.

Marion Koch était la troisième épouse de Sedlacek et, avec Vincent Lebailly, conceptrice chez « Innovation Yachts ». Cette Autrichienne a suivi des études de conception d'équipements sportifs et a consacré son mémoire de master à la résistance et à l'hydrodynamique des Open 60. Cette navigatrice exerce depuis 2009 en tant que conceptrice de yachts ; outre un yacht de croisière de 90 pieds et d’autres bateaux, elle a dessiné l’Open 16 « Fipofix ».


Norbert Sedlacek sur YACHT TV

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Fridtjof Gunkel

Fridtjof Gunkel

Rédacteur en chef adjoint de YACHT

Fridtjof Gunkel est né en 1962 à Helgoland ; il y a débuté sa carrière de navigateur en Opti et est rapidement passé aux quillards. La semaine de la mer du Nord, la semaine de Cowes et la semaine de Kiel ont été ses premières étapes, suivies de nombreuses années dans la scène de l'Admiral's Cup sur les cuppers « Container » et « Rubin ». Les championnats du monde et les régates internationales en Starboot, avec le mini-Maxi « SiSiSi » et divers yachts de tonnage ainsi que la participation à la Whitbread Round the World Race ont été d'autres étapes marquantes, accompagnées de longues croisières. Fridtjof Gunkel est entré au YACHT dans le cadre d'un stage en 1985, où il est ensuite devenu chef de la rubrique Test & Technique, puis rédacteur en chef adjoint il y a environ 25 ans. Il est également responsable du domaine des régates et du sport. Fridtjof Gunkel navigue à titre privé sur un Performance/Cruiser amarré sur la côte de la mer Baltique. Ses zones de navigation préférées sont l'archipel de l'est de la Suède et la Bretagne.

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