Ferrari HypersailLe voilier de course au large le plus radical au monde ?

Martin Hager

 · 10.07.2026

Des foils, des foils, encore des foils : un « Elevator » à la barre, des T-foils pivotants fixés à des bras et une quille basculante dotée d’une aile portante devraient permettre à ce bateau de course équipé d’un gréement à flèche de voler en continu. C'est le Français Guillaume Verdier qui est à l'origine de la conception audacieuse de ce laboratoire d'innovation nautique.
Photo : Ferrari Hypersail
30 mètres de carbone, quatre foils et un objectif ambitieux : battre des records de voile au large ! Lors de la rencontre organisée par YACHT à Maranello, Ferrari a levé pour la première fois le voile sur les coulisses de l’un des projets de voile les plus ambitieux au monde. Au centre de l’attention : la gestion innovante de l’énergie de ce bolide à foils.

Sujets dans cet article

Enzo Ferrari n’a jamais été du genre à choisir la facilité. Lorsqu’il a fondé la Scuderia Ferrari en 1929, ce n’était pas par souci de raison, mais parce qu’il croyait en quelque chose qui dépassait la raison. Une petite écurie de course de Maranello est ainsi devenue l’une des dynasties les plus emblématiques de l’histoire du sport automobile. Des dizaines de titres de champion du monde de Formule 1, des victoires au Mans, à Spa et à Monza – le tout bâti sur les fondements d’un principe unique qui façonne encore aujourd’hui l’ADN de la marque : « Oser l’inconfortable pour créer du nouveau. » C’est précisément cet esprit qui perdure dans le projet Hypersail.

Que se passe-t-il lorsque Ferrari transpose dans le monde de la voile son savoir-faire en matière de sport automobile, affiné au fil des décennies, et que l'argent n'est pratiquement pas un obstacle ? La réponse : un voilier de course hauturière de 30 mètres de long qui efface complètement les frontières entre le voilier de régate et le laboratoire technologique flottant. Tout comme la Scuderia a autrefois redéfini la Formule 1, le projet Hypersail vise désormais à révolutionner la voile. Cette fois-ci, cependant, non pas avec un moteur à combustion et une seconde de décalage, mais en renonçant systématiquement aux énergies fossiles.

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Des similitudes visuelles issues de l'univers Ferrari

Ce monocoque à foils mise sur une combinaison intelligente d’énergie solaire et éolienne, ainsi que sur la force musculaire de l’équipage. Au cœur du projet se trouve un concept de gestion de l’énergie nouvellement développé, qui alimente électriquement l’ensemble des systèmes de bord – en totale autonomie, même dans les conditions hauturières les plus extrêmes. Hypersail est bien plus qu’un simple projet. Ce monocoque de 30 mètres en carbone, dont l’aérodynamique et l’hydrodynamique ont été optimisées par Guillaume Verdier, le « magicien des lignes rapides » (numéro 6/25), est en construction depuis longtemps et sera bientôt prêt pour ses premières heures de vol.

En démoulant la coque, l’équipe a récemment achevé la première phase de ce projet ambitieux. Flavio Manzoni, directeur du design chez Ferrari, en étroite collaboration avec le concepteur Verdier, a veillé à ce que l’origine de ce bolide à voile équipé de foils soit indéniable. En y regardant de plus près, on reconnaît certains parallèles avec l’univers du « Rosso Corsa », cette couleur rouge étroitement associée à la marque Ferrari.

Ainsi, la silhouette aérodynamique de ce bolide de record rappelle les proportions de la Ferrari Monza SP1/SP2, tandis que la cabine reprend des éléments graphiques de la 499P, vainqueur au Mans. La peinture associe le « Grigio Hypersail » – la teinte grise naturelle de la coque en carbone – au « Giallo Fly », une nuance de jaune chargée d’histoire qui est apparue pour la première fois sur la 275 GTB. Le jaune présent sur les superstructures, les ailerons et les lignes de la coque fait référence à la palette de couleurs de la légendaire 512 BB et crée un lien émotionnel avec l’ADN de Ferrari.

Une équipe d'experts coordonne la diversité des innovations

Le projet entre désormais dans une nouvelle phase, axée sur l’installation des systèmes techniques, leur validation ainsi que leur intégration fonctionnelle – le tout accompagné d’une optimisation continue des performances. Enrico Voltolini, navigateur professionnel et athlète d’exception, est à la tête de cet extraordinaire projet de course au large. Il travaille en étroite collaboration avec Matteo Lanzavecchia, responsable de l’ingénierie des véhicules chez Ferrari et directeur technique chez Hypersail. Également à bord : Marco Ribigini, chef d’équipe technique. Ce trio passionné coordonne ensemble l’un des développements uniques les plus ambitieux au monde dans le domaine de la construction navale moderne.

Des simulations ont précédé la construction

Avant de pouvoir imprégner de résine les premiers nappes de fibre de carbone, le projet a fait l’objet d’une validation approfondie, comme l’explique Matteo Lanzavecchia, directeur technique. « Nous avons testé le bateau pendant plusieurs mois dans le cadre d’une simulation numérique complexe. Au cours de cette longue phase de simulation et de validation, qui a nécessité jusqu’à 13 heures de calcul par jour, nous avons modélisé le comportement du foil dans des conditions océaniques réelles : trajectoires du vent, types de houle, flux d’énergie, dynamique des actionneurs et scénarios de défaillance du système », précise l’expert de Maranello. Cette simulation n’était pas un simple exercice théorique, mais a servi de base à chaque décision de conception – du placement des panneaux solaires au dimensionnement des batteries, en passant par la conception des treuils.

Le projet Ferrari Hypersail redéfinit les normes technologiques et de performance dans l’un des environnements les plus hostiles au monde. Quatre types d’ailes viennent booster les performances de ce bateau d’exception de près de 30 mètres de long : un élévateur au niveau du gouvernail, des T-foils pivotants sur les bras courbés et une aile horizontale à l’extrémité de la quille bombée. Celle-ci est quant à elle fixée à une quille basculante, une première sur les voiliers de cette taille équipés de foils. Lorsque les deux bras de foil sont rabattus – ce qui permet d’assurer la stabilité non seulement lors des virements de bord et des empannages, mais aussi par vent fort –, ce bolide en carbone atteint une largeur maximale de 20 mètres. Avec cette combinaison à la fois audacieuse et extrême d’aides à la portance dynamiques, l’équipe Hypersail dirigée par Guillaume Verdier s’aventure en terrain inconnu.

Transfert de technologie dans les deux sens

Le transfert de technologies issues du monde des voitures de sport se manifeste à bien des égards. Au cours de plus de 20 ans de travaux de développement, les ingénieurs de Ferrari ont acquis un savoir-faire approfondi dans le domaine de la régulation active du châssis. La nouvelle voiture électrique Luce, par exemple, dispose de quatre moteurs électriques indépendants qui commandent avec précision chaque roue selon les trois degrés de liberté : mouvement vertical, rotation et roulis. C’est précisément ce savoir-faire en matière de commande qui est désormais transposé au foiler. Cette unité, dotée de deux moteurs électriques intégrés et conçue pour une tension de 800 volts, a été adaptée pour l’Hypersail et installée avec une rotation de 90 degrés. D’une part, le moteur électrique entraîne l’hélice, qui sert exclusivement aux manœuvres dans le port. Dès que le bateau vole sur ses foils, il n’est plus nécessaire. De plus, ce même axe alimente une pompe haute pression qui alimente l’ensemble du système hydraulique destiné au contrôle des foils et au système de trim.

Les experts en aérodynamique de Maranello ont également apporté leur contribution. Alors que la supercar F80 privilégie une force d'appui maximale, la Luce vise une traînée minimale. La méthodologie de simulation développée par Ferrari pour ces deux véhicules a été directement appliquée aux géométries des ailes de l'Hypersail.

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Martin Hager

Martin Hager

Rédacteur en chef de YACHT

Martin Hager est rédacteur en chef des titres YACHT et BOOTE EXCLUSIV et travaille depuis 20 ans déjà pour la maison d'édition Delius Klasing. Il est né en 1978 à Heidelberg et a commencé à naviguer à l'âge de six ans, bien sûr sur un Opti. Suivirent bientôt le 420, le Sprinta Sport et le 470, qu'il a également navigué avec son frère sur les circuits de régate. Avec ses parents, il partait régulièrement en croisière charter dans l'archipel grec et baléare. Dès son plus jeune âge, il a su qu'il voulait faire de sa passion pour les sports nautiques son métier. Après son baccalauréat et un stage dans l'entreprise de construction navale Rathje à Kiel, il était clair que ce ne serait pas la construction navale classique. Au lieu de cela, il a étudié avec succès la construction navale et les techniques maritimes dans la capitale du Schleswig-Holstein et s'est concentré, là où il le pouvait, sur le domaine de la construction de yachts. Son mémoire de fin d'études portait sur « l'expérimentation d'une nouvelle méthode de prévision de la vitesse pour les yachts à voile ». En 2004, le magazine de superyachts BOOTE EXCLUSIV cherchait un rédacteur avec des connaissances techniques et nautiques, un poste fait pour Martin Hager. Sa candidature a été retenue et un stage de deux ans a été organisé. Après douze ans en tant que rédacteur, l'équipe de rédaction a changé et il a repris la responsabilité de BOOTE EXCLUSIV en tant que rédacteur en chef en 2017. Après le passage de Jochen Rieker, rédacteur en chef de YACHT depuis de nombreuses années, au rôle d'éditeur, Martin Hager a également repris début 2023 le poste de rédacteur en chef de YACHT, le plus grand magazine de voile d'Europe, qui fête cette année ses 120 ans. Lorsqu'il ne travaille pas sur des sujets pour les deux titres consacrés aux sports nautiques, Martin Hager préfère aller lui-même sur l'eau - de préférence avec du matériel de kite et de wingfoil ou pour un petit coup sur l'Alster après le travail.

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