Michael Good
· 20.06.2026
Certains bateaux se définissent par leurs données, leurs dimensions et leurs caractéristiques techniques. D’autres se distinguent davantage dès le premier regard. L'Eagle 46 de Leonardo Yachts, aux Pays-Bas, appartient à cette deuxième catégorie. Long, élancé et profond, avec des porte-à-faux élégants, un pont fortement surélevé, un cockpit ouvert et une silhouette à couper le souffle qui le distingue nettement du courant dominant.
Cet élégant voilier néerlandais ne souhaite pas prendre part à la course au volume, au nombre de cabines et à l’optimisation maximale de l’espace qui caractérise le marché. Son ambition est tout autre : la sobriété plutôt que la surcharge, l’esthétique plutôt que le volume, la qualité plutôt que la quantité. Ce concept s’adresse ainsi aux propriétaires qui ne souhaitent pas faire le tour du monde à la voile, mais préfèrent naviguer avec élégance. Les regards envieux sont offerts en prime.
L'Eagle 46 est construit par Leonardo Yachts à Sneek, en Frise. Le chantier naval a été fondé en 2011 par les frères Steven et Melle Boersma. Le premier modèle fut l'Eagle 44, conçu par Dykstra Naval Architects. Ont suivi par la suite l’Eagle 36 et son évolution, l’Eagle 38, d’après les plans de Hoek Design, ainsi que les modèles plus grands que sont l’Eagle 54 et l’Eagle 70. Aujourd’hui, Leonardo Yachts est dirigé par Steven Boersma et son épouse Rachel. Le chantier naval est petit, mais hautement spécialisé. Actuellement, il y est construit chaque année environ dix à douze bateaux, dont la longueur varie de près de 12 à plus de 21 mètres.
Dans cette gamme, l’Eagle 46 est la dernière nouveauté. Il prend la relève de l’Eagle 44, même si ce dernier reste disponible. La conception est signée Hoek Design. Au-dessus de l’eau, l’Eagle se présente comme un voilier de jour classique au charme intemporel. Sous l’eau, la nostalgie cède la place à la modernité. La coque est élancée, la quille moderne et performante, de forme en T, le safran est libre, profond et efficace. La quille est constituée d’une structure en acier inoxydable fraisée avec un ballast en plomb et est proposée en deux tirants d’eau : 2,20 mètres de série, ou 1,85 mètre en option.
La coque et le pont sont fabriqués par des sous-traitants externes, tout comme l'ensemble de l'aménagement intérieur. Les bateaux sont ensuite assemblés, équipés et mis au point chez Leonardo Yachts à Sneek. La version standard de l’Eagle 46 est construite en sandwich de fibre de verre avec de la résine vinylester. Le chantier naval propose également une variante en carbone-époxy, qui pèse environ 900 kilogrammes de moins que la version de base, mais qui est aussi nettement plus chère.
Le magazine YACHT a testé l’Eagle 46 au large de Port Adriano, à Majorque. On ne saurait rêver de meilleures conditions pour un bateau de cette taille : soleil, environ 4 Beaufort, houle modérée. L'Eagle 46 navigue aussi bien qu'il en a l'air. Ni nerveux, ni spectaculaire, il ne possède pas cette puissance stable qui caractérise bon nombre des constructions modernes, larges et anguleuses. Ce beau voilier néerlandais trace littéralement sa route à travers l'eau. Longue, calme, déterminée. La coque élancée file comme sur des rails, la ligne de flottaison travaille, le bateau prend de la pression, s’incline sur le flanc et y reste. Superbe !
Et au vent, une valeur s'affiche littéralement à l'écran : 6,6 nœuds. Pas comme une brève pointe, mais comme un chiffre qui reste stable. Que le vent faiblisse brièvement, que la vague sous la proue s'amplifie légèrement ou que la navigation devienne un peu plus agitée, cela ne change étonnamment pas grand-chose. Les 6,6 nœuds sont une constante. Le cap au vent est également parfait. Avec le génois de série à 105 % de chevauchement, l’Eagle 46 navigue au vent avec un angle de virement d’environ 80 degrés.
Il convient toutefois de relativiser ces bonnes performances en gardant à l'esprit que le bateau d'essai n'est pas entièrement équipé en version de série. Au lieu du gréement standard en aluminium, il est équipé d’un mât en fibre de carbone disponible en option. Si la hauteur du mât et la surface de voile restent identiques, le poids réduit du gréement favorise bien sûr davantage l’assiette neutre et équilibrée. À cela s’ajoute une amélioration au niveau des voiles, qui sont désormais en laminé haut de gamme. De plus, le numéro de série 1 est également construit en fibre de carbone, ce qui permet un gain de poids correspondant. Cela devrait également contribuer à améliorer les performances à la voile.
Le mât est placé relativement en avant, l'étai est décalé vers l'arrière. La distance J reste ainsi relativement courte ; malgré son chevauchement, le génois n'est pas trop grand et tient bien même par vent fort. C'est pour cette raison que le chantier naval ne propose même pas de foc auto-vireur en option. Le plan de voilure reste globalement classique : grand-voile « pinhead », génois à recouvrement, proportions épurées.
Ce qui surprend, c'est la vivacité de ce voilier. Avec un classique long et élancé, doté d'une quille profonde et très prononcée, on s'attend plutôt à un comportement calme, voire parfois un peu lent. L’Eagle 46 est différent. Non seulement il file bien droit, mais il se montre également d’une agilité réjouissante lors des manœuvres. La direction est très équilibrée et directe. Cependant, le premier exemplaire de la série manque d’une pression notable sur le gouvernail au niveau de la barre. Il est donc difficile de maintenir le bateau avec précision au vent. La grande barre ne transmet que peu de sensations au barreur. Leonardo Yachts est conscient de ce problème et prévoit d’y remédier sur la série. Un gouvernail avec un peu moins de contrepoids à l’avant devrait à l’avenir offrir un peu plus de réactivité.
D'un point de vue technique, le système de gouvernail est d'excellente qualité. Il s'agit d'un système Lewmar qui reste très facilement accessible grâce à la grande pike arrière. Le câble continu passe par un grand quadrant à course courte, ce qui permet au bateau de réagir de manière très directe aux commandes. Pour plus de sécurité, le pilote automatique est directement couplé au quadrant. Cependant, la barre encombre le cockpit. Elle divise le long cockpit en une partie avant réservée à l’équipage et une partie arrière pour le barreur. Pour traverser le cockpit, il faut inévitablement faire un peu d’escalade. Une barre franche permettrait de remédier à ce problème ; bien que techniquement réalisable, cette option n’est toutefois pas proposée par le chantier naval.
Le barreur est assis derrière la barre, sur un grand canapé en U moelleux, dans le cockpit profond et entièrement protégé. Lorsque le bateau gîte peu ou qu’il navigue au moteur, la banquette derrière la barre est extrêmement confortable ; elle peut même accueillir deux personnes sans problème. En revanche, à la voile et lorsque le bateau gîte, la position assise n’est pas tout à fait idéale. C’est surtout au vent que le barreur est assis de manière crispée sur la banquette et cherche à se caler. Il barre de manière plus détendue sous le vent, comme c’est souvent le cas sur de nombreux classiques élancés. Cette position de barre demande toutefois un certain temps d’adaptation.
La manœuvrabilité sur le pont est conçue pour permettre une navigation confortable avec un équipage réduit. Les grands winchs de génois sont placés sur les côtés du pont de navigation et sont électriques de série. Ils sont facilement accessibles aussi bien par le barreur que par l'équipage depuis la partie avant du cockpit. Deux autres winchs sont installés sur le toit de la cabine pour les drisses et les cordages de réglage. La grande-écoute présente une particularité : elle passe par un winch captif, installé sous le pont dans le pic arrière, qui fonctionne également de manière électrique sur simple pression d’un bouton. À cela s’ajoutent un pataras à réglage hydraulique et un hale-bas de bôme hydraulique.
Les espaces de rangement sur le pont ne manquent pas. Sous les bouchains, du côté tribord, se trouve un grand coffre de rangement dans lequel est également installée la majeure partie des équipements techniques du bateau, qui restent ainsi facilement accessibles. L'immense coffre arrière, situé sous la grande trappe à l'arrière du pont de commandement, offre non seulement beaucoup d'espace pour les objets encombrants, mais aussi un excellent accès au winch captif et au système de gouvernail. Un troisième grand espace de rangement se trouve à l’avant du bateau. C’est là que repose l’ancre, qui peut être déployée si nécessaire à l’aide d’un bras pivotant en acier inoxydable. Le mécanisme est bien conçu et, grâce à des ressorts à gaz, s’actionne sans grand effort.
Sous le pont, ce concept élégant et haut de gamme se poursuit. L’aménagement est beau, confortable et de très grande qualité. Toutefois, pour un bateau de plus de 14 mètres de long, l’Eagle 46 offre un espace de vie relativement restreint, ce qui s’explique bien sûr par ses lignes élancées et son franc-bord bas. Leonardo Yachts adapte systématiquement l’aménagement aux souhaits, aux besoins et aux exigences des clients, dans la mesure où cela est techniquement possible. En raison des lignes élancées de la coque, les possibilités restent de toute façon limitées. Le bateau d’essai correspond donc largement, sur ce point, à la configuration standard du chantier naval.
La partie avant reste ouverte et sans cloison. On y trouve un immense espace de couchage d'environ 1,95 mètre de large à hauteur d'épaules. Les canapés-couchettes du salon peuvent également être utilisés pour dormir ; les coussins de dossier peuvent être retirés à cet effet. La couchette pour chien à l'arrière est en revanche plutôt destinée aux enfants. Pour les adultes, l’accès par le trou d’homme relève de l’exercice acrobatique. La hauteur sous barrot est d’environ 1,75 mètre dans le salon et dans les zones arrière, près de la cuisine et de la salle d’eau. Les personnes de petite taille peuvent s’y tenir debout, tandis que les plus grandes doivent baisser la tête. Il s’agit bien sûr avant tout d’un compromis au profit d’un design classique et élégant. Le chantier naval prévoit d’abaisser légèrement le plancher du salon à l’avenir, ce qui permettra de gagner environ quatre centimètres de hauteur sous plafond.
L’un des points forts sous le pont est la salle d’eau à l’arrière. Elle est spacieuse pour un bateau de ce type, avec des toilettes, un espace douche et un lavabo. La ventilation laisse toutefois à désirer. La salle d’eau ne comporte ni fenêtre ni panneau, mais seulement une grille d’aération donnant sur la cambuse. Dans le reste du bateau également, les possibilités de ventilation sont limitées. Des ventilateurs actifs seraient pour le moins très souhaitables, ne serait-ce qu’en option. En revanche, il y a peu à redire sur le choix des matériaux et la qualité de fabrication. Les jeux entre les éléments sont corrects, les ferrures des portes et des couvercles des coffres de rangement sont robustes, et les rembourrages, à l’intérieur comme à l’extérieur, sont épais et confortables. Les meubles sont fabriqués en contreplaqué, non pas avec des placages en bois véritable, mais avec des stratifiés robustes, qui sont plus durables et ne s’écaillent pas au contact de l’humidité. Visuellement et au toucher, ces stratifiés se distinguent à peine du bois véritable.
Le prix de base de 743 750 euros TTC n'est certes pas une affaire. Il est toutefois difficile de le replacer dans un contexte de marché, car il n'existe pratiquement pas de concurrents directs. Les yachts comparables, dotés d'un concept aussi abouti, sont rares.
SPour en savoir plus sur la définition des prix indiqués pour l'année 2026, veuillez consulter ici!
Une chose est sûre : l'équipement est complet, la qualité de construction bien supérieure à la moyenne, et de nombreux détails sont déjà proposés de série à un niveau que d'autres bateaux n'atteignent qu'avec de longues listes d'options.
La conclusion est donc sans équivoque : l’Eagle 46 est un véritable bijou pour les passionnés, une alternative aux modèles grand public produits en série, et un yacht destiné à ceux qui, en naviguant, ne se contentent pas d’arriver à destination, mais souhaitent avant tout voyager avec élégance. Il exige certes des compromis, mais il récompense en contrepartie par une élégance exceptionnelle, une construction de grande qualité et un plaisir de naviguer irrésistible.
Une orientation conceptuelle claire
Très esthétique
Plan sous-marin moderne
Bonne hauteur, bonne vitesse
Maniabilité d'une seule main
Peu de sensations de pilotage
Très grande couchette double à l'avant
Aménagement élégant et haut de gamme
Peu de possibilités d'aération
Équipement haut de gamme de série
Réglage des voiles d'une simple pression sur un bouton
Version en carbone en option
Structure sandwich en PRV avec âme en mousse et résine vinylester. Laminée par infusion sous vide. Sur demande, la coque et le pont peuvent également être fabriqués en fibre de carbone. Le supplément s'élève à 65 000 euros, et le bateau pèse environ 900 kilogrammes de moins.
Moteur diesel Volvo Penta à monter en bordure de coque, d'une puissance de 50 PS, équipé d'un Saildrive. Un moteur électrique (Oceanvolt Elektropod) est disponible en option.
L'équipement de série comprend un mât en aluminium avec deux barres de flèche de chez Seldén, ainsi qu'un jeu de voiles simples en Dacron (grand-voile et génois). Le gréement en fibre de carbone est proposé en option.
Leonardo Yachts B.V., 8606 KC Sneek (Pays-Bas) ; www.leonardoyachts.com
Diamond Yachts, 24235 Laboe ; www.diamond-yachts.de

Rédacteur Test & Technique