Le 19 août 2024 Le voilier « Bayesian », long de 56 mètres, a coulé de l'entrepreneur britannique du secteur des technologies Mike Lynch au large des côtes siciliennes, accident qui a coûté la vie à Lynch et à six autres personnes. Après des mois de préparation, au cours desquels un plongeur a perdu la vie, samedi 21 juin, l'épave a été repêchée à l'aide de l'une des grues flottantes les plus puissantes d'Europe repêché dans la Méditerranée.
Après avoir été renfloué et asséché au cours d'une opération qui a duré trois jours, le yacht a été transporté vers le port de Termini Imerese, où il doit désormais faire l'objet d'une enquête menée par des enquêteurs britanniques et italiens afin de déterminer la cause exacte de l'accident. Un rapport d'enquête préliminaire Un rapport a déjà été publié, qui démontre que le yacht, à l'ancre, avec uniquement son mât et sa dérive relevée, présentait un angle de stabilité de seulement 70,6 degrés. Il a donc gîté très rapidement et très fortement sous l'effet des rafales de force ouragan. Cependant, la raison pour laquelle il s'est rempli d'eau à une vitesse fulgurante reste apparemment incertaine et fait désormais l'objet de l'enquête. Il s'agira également de déterminer si le capitaine ou l'équipage ont agi conformément aux règles.
Après avoir passé dix mois sous l'eau, le « Bayesian » est désormais à terre. Au-delà des circonstances tragiques et des décès liés à son naufrage, la question se pose désormais de savoir quel sera l'avenir de ce super-yacht. Il est très probable qu'il soit pour l'instant immobilisé par les autorités.
Ce confinement pourrait poser problème pour l’avenir du bateau. En effet, théoriquement, il serait encore possible de sauver une grande partie du « Bayesian », voire le yacht tout entier. « Ce n’est pas tant la durée pendant laquelle un bateau est resté immergé qui est déterminante, mais plutôt le temps qu’il passe ensuite à terre sans que des travaux de conservation ne soient entrepris », explique Kai Haasler, directeur général de Marine Claims Service (MCS), un cabinet d’expertise technique nautique basé à Hambourg, spécialisé notamment dans le traitement des sinistres et le sauvetage de yachts. Certes, un yacht comme le « Bayesian » dépasse largement la taille des bateaux que son entreprise traite habituellement, mais les conséquences d’un naufrage sont comparables.
« Tant que le bateau reste immergé », explique M. Haasler, « il n’y a pas d’apport d’oxygène et la corrosion reste limitée ». Mais dès qu’il est à nouveau à l’air libre, le compte à rebours commence. « Il suffit de trois à quatre jours pour que tout soit réduit à l’état de ferraille. » C’est également le cas pour la Inondations centenaires d'octobre 2003 on a pu le constater. « Dès que l’eau salée a été évacuée du bateau, il faut rincer, rincer et encore rincer à l’eau douce », explique M. Haasler. Il faut surtout remplir rapidement le moteur d’huile et de gazole afin de le préserver. On disposerait alors encore de semaines, voire de mois, pour le remettre en état.
Du point de vue des assurances, le « Bayesian » constituerait toutefois très probablement un sinistre total. Cela s’explique également par les coûts d'élimination. « Les exigences à cet égard sont, à juste titre, très élevées », explique M. Haasler. Tout doit être minutieusement documenté et les contraintes environnementales sont très strictes. C'est pourquoi, dans de tels cas, une compagnie d'assurance se réjouit généralement de trouver un acquéreur, ne serait-ce que pour un euro.
Il existerait même un marché pour cela. « Nous connaissons plusieurs chantiers navals spécialisés dans ce genre de cas », explique M. Haasler. Ceux-ci s’intéresseraient avant tout à la structure du bateau. « L’aménagement intérieur du “Bayesian” et sans doute aussi les groupes motopropulseurs ne sont probablement plus utilisables. Même si du contreplaqué de construction navale de très haute qualité a été utilisé, celui-ci finit par s’imprégner d’eau après une telle période sous l’eau. » Sans parler des rembourrages ou de l’aménagement intérieur. Des réparations partielles, comme le remplacement d’une partie d’une cloison, seraient sans doute hors de question compte tenu des exigences élevées en matière de fabrication d’un « Bayesian ». « La seule solution, c’est de tout arracher. »
La coque et le pont, c'est-à-dire l'enveloppe, présentent toutefois un réel intérêt. « La structure, y compris le gouvernail et la quille, est toujours intacte. Cela permet d'économiser le temps considérable qu'il faudrait consacrer à la conception et à la construction de cette structure dans le cadre d'une nouvelle construction. » Vider de son contenu un bateau comme le « Bayesian », puis le réaménager et le reconstruire, revient généralement moins cher qu’une construction neuve.
Il faut toutefois qu'un acheteur potentiel se présente. Ce qui pourrait s'avérer difficile compte tenu de l'histoire du yacht et des événements tragiques qui l'ont marqué. Si aucun nouveau propriétaire ne se présente, il ne resterait plus qu'à le démolir entièrement. « Il ne s'agirait alors plus que de la valeur résiduelle des matériaux, comme l'aluminium, qui serait vendu au prix actuel du marché à la tonne. »