Le « Jollenkreuzer » s'est également imposé sur le Rhin, non pas tant en raison de ses qualités particulières que pour son espace intérieur, rendu possible par un agencement judicieux de son aménagement. Au cours de l'année écoulée, on en comptait déjà cinq exemplaires, dont deux sur le Bas-Rhin, deux sur le Main et un sur le Haut-Rhin. Trois d'entre eux sont des bateaux de classe, et les deux qui naviguent sur le Main sont équipés de moteurs auxiliaires.
Lors de descentes en vallée par brise légère, ils affichaient une vitesse satisfaisante, car l'expérience montre que le courant pousse plus vite les bateaux larges que les bateaux élancés. En revanche, leur vitesse en remontée laisse à désirer, car les bateaux sont trop courts, ou plutôt parce que leur rapport largeur/longueur, de 1:3,03, est trop défavorable pour naviguer au vent contre le courant.
On aurait donc dû, sur le Rhin, allonger d’au moins 1 m ce croiseur à voile de 30 m² et le rétrécir de 10 à 15 cm, ce qui aurait amélioré sa vitesse, n’aurait guère réduit sa stabilité, n’aurait pas limité son aménagement intérieur, mais au contraire l'étendrait en longueur et, surtout, améliorerait son apparence. À cet égard, sur le Rhin, on est particulièrement gâté et exigeant en raison de la vue quotidienne d’une navigation de grande taille moderne et très sophistiquée.
Ce qui choque particulièrement, ce n’est pas tant la faible hauteur de la houle que la façon peu gracieuse et raide dont naviguent ces yoles à bords hauts, lorsqu’on les compare aux lignes élancées des clippers qui sillonnent le Rhin, alors qu’il ne s’agit pourtant que de simples navires de marchandises.
Dans le présent projet de construction neuve datant de 1926, ce style a d'ailleurs été pris en compte, de sorte que la silhouette du bateau et de sa voilure s'inspire harmonieusement du modèle du voilier rhénan.
Cette silhouette plus harmonieuse, qui correspond davantage au goût rhénan, a été obtenue en décalant la hauteur du franc-bord le plus bas bien vers l’arrière, jusqu’à l’extrémité de la superstructure de la cabine, et en rehaussant la voilure, ainsi qu’en assurant un tracé parfaitement parallèle entre le bord d’attaque de la voile d’avant et la ralingue de la grand-voile. Cela permet également d’éviter avec brio l’aspect souvent « écrasé » du croiseur-dériveur.
L'aspect massif de la coque elle-même peut toutefois être atténué grâce à l'utilisation de bois de différentes couleurs pour la coque, la superstructure et le pont, ainsi qu'à une peinture colorée de la planche supérieure et à une peinture de fond contrastante. C'est précisément à cet égard que la navigation sur le Rhin offre des exemples très appropriés et de bon goût, alors que bon nombre de nos yoles de croisière manquent de lignes artistiques et d'une construction soignée pour atténuer leur aspect imposant, voire maladroit.
Étant donné que ce voilier de 30 m² peut accueillir un équipage de trois personnes, il devrait disposer de couchages pour trois personnes sur toute sa longueur, et non se contenter de la disposition symétrique habituelle des deux côtés de la cabine, aussi pratique soit-elle pour le concepteur.
Dans ce projet, l'accent a d'abord été mis sur la luminosité des espaces intérieurs et la cabine a été laissée ouverte vers l'avant. Seule une cloison à mi-hauteur la sépare de l'espace de rangement avant, accessible depuis le pont. La cabine et la cambuse peuvent ainsi être bien aérées.
L'accès se trouve à tribord ; en dessous, on trouve des placards de cuisine et des buffets mi-hauts, sur lesquels on peut confortablement préparer les repas en se tenant debout dans la trappe d'accès. Devant ceux-ci se trouve un canapé-lit, dont le pied est glissé sous le pont avant et qui offre une surface d'assise de 1,15 m.
En face, à bâbord à l'avant, se trouve un canapé-lit identique ; derrière, une armoire haute et profonde, puis, tout au fond, une couchette. Entre celle-ci et le coffre à dérive, discrètement dissimulées par la paroi arrière de la cabine et le coffre à dérive, se trouvent des toilettes à seau. Une table rabattable se trouve, comme d’habitude, sur le coffre à dérive. Enfin, des tiroirs pourraient être aménagés entre les pieds des deux canapés-lits pour le linge de table et le linge de corps, et un espace de rangement supplémentaire peut encore être utilisé sous les banquettes du cockpit et sous le pont arrière.
Le mât peut être rabattu au-dessus de la vergue, ce qui peut être rendu encore plus pratique, à la manière rhénane, grâce à ce qu’on appelle un « Schrenkel » – une cordage à deux brins tendue entre les püttings et l’étai de foc.
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