Il y a 100 ansYACHT 6/1926 - Prix artistiques décernés lors des régates

YACHT

 · 21.06.2026

Il y a 100 ans : YACHT 6/1926 - Prix artistiques de régate.
Photo : YACHT
Nous publions ici une sélection d’articles tirés de numéros du magazine YACHT datant d’il y a 100 ans. Dans le numéro 6/1926, la journaliste spécialisée dans la voile Käthe Bruns décrivait, sous le titre « Prix artistiques de régate », le problème des trophées de régate qui ne faisaient pas toujours l’unanimité.

Lieu de l'action : le hall d'un club de voile, dans lequel se trouve un grand tableau des résultats. Moment : à l'issue de la régate.

Un vainqueur habitué s'avance et reçoit son prix avec un sourire radieux : une coupe en cristal sertie d'argent. Alors qu’il regagne sa place, quelqu’un lui chuchote : « C’est la combien, au juste ? » Résigné, il répond à voix basse : « La vingt-huitième ! » Pauvre vainqueur !

La voile est, plus que tout autre sport, un sport d'hommes. La grande majorité des non-pratiquants ne peut pas le comprendre. Les régates sont incontournables et durent de nombreuses heures, parfois une demi-journée. Aucun totalisateur ne vient ajouter au suspense. Les sommes importantes qui, dans les courses automobiles, sont destinées à couvrir une partie des frais n’existent pas chez nous. Les prix sont sans exception des prix d’honneur, et chaque année, nos nombreux clubs mobilisent une somme très importante pour l’acquisition de prix destinés à leurs centaines de régates. Cette somme sert-elle à procurer des commandes lucratives à nos artisans d’art ? Les prix remplissent-ils leur seul but, qui est de faire plaisir aux vainqueurs et de devenir un ornement pour leur maison, alors qu’au final, il n’en résulte rien d’autre que la vingt-huitième coupe en verre ? Il me semble que c’est dommage de gaspiller tout cet argent ; on pourrait en faire davantage et mieux avec.

Lorsqu'on critique une institution qui existe depuis longtemps, il faut avoir des propositions d'amélioration à proposer. En cherchant de telles propositions, je suis tombé sur une série d'articles publiés dans un ancien magazine anglais qui traitent de cette question. J'en reproduis ici quelques extraits :

« Il ne faut jamais choisir en fonction du prix, mais toujours en fonction de la qualité du travail, sinon on affaiblit le caractère national. Les travailleurs à qui l’on n’exige pas le maximum de performances sont également considérés comme des êtres humains moins qualifiés. La perfection dans tout ce qui est produit par le travail est la seule preuve de la grandeur d’un peuple. S’il échoue dans la qualité du travail, il échouera d’autant plus dans les domaines idéaux. »

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Les prix sportifs décernés aujourd'hui constituent-ils l'aboutissement du travail national ? Personne ne peut dire aujourd'hui combien de prix de course et de sport sont distribués chaque année, car le nombre de clubs se compte en plusieurs centaines. Le trophée sportif en argent représente pour le jeune Anglais ce que la couronne d’olivier des Jeux mondiaux était pour le Grec : non seulement un prix de victoire, mais aussi un encouragement à se perfectionner dans toutes les qualités viriles. C’est pourquoi un tel trophée devrait être un objet véritablement beau, une œuvre d’art.

Est-ce trop demander ? Les gens sensés diront : « Non ! » Les orfèvres diront : « Oui. » Les orfèvres se moquent du goût des acheteurs (anglais !) de ces objets. Ceux-ci ne recherchent pas du tout la beauté. « Commencez par éduquer nos clients. Les constructeurs navals et les sportifs sont, curieusement, restés en marge du mouvement artistique moderne. » Si l’on chargeait un artiste de renom de réaliser un trophée sportif, cela reviendrait extrêmement cher. On pourrait bien sûr essayer de ne faire réaliser que les dessins par l’artiste et de confier l’exécution à un simple orfèvre, sous la supervision de l’artiste. Mais l’artisan ne l’accepterait pas. En tout état de cause, l’important n’est pas tant d’obtenir quelques très bons projets, mais de changer tout le système. Il faut commencer par éduquer les sportifs afin qu’ils aient honte d’avoir mauvais goût. Il faut développer leur sens de l’art.

Mais comment ? En règle générale, les sportifs ne lisent pas les magazines d'art, et les journaux sportifs ne s'intéressent pas à la valeur artistique des trophées. Lorsque les sportifs remportent des trophées, leur apparence leur est indifférente. « Pourquoi en faire tout un plat ? », demanderaient-ils. « Ces objets remplissent très bien leur fonction tels quels, et nous y sommes habitués ! »

Dans la suite de cet exposé, il sera précisé que l’on n’est absolument pas tenu de n’utiliser que de l’argent dans la fabrication. Pourquoi ne pas travailler de temps à autre le cuivre, le laiton ou l’étain ? Du fer incrusté de métaux précieux – rappelons-nous les magnifiques bijoux en fer créés en Allemagne après les guerres de libération –, des coupes en bois précieux ou en porcelaine… Que de beaux objets peut-on réaliser en émail ! » Voilà ce qu’affirme cet Anglais anonyme.

On voit bien que, en près de 30 ans, rien n'a changé. Les goûts se sont un peu affinés, mais en contrepartie, du moins chez nous, les sommes d'argent disponibles ont diminué. Autrefois, les grands prix s’élevaient à 500 ou 600 M. ; aujourd’hui, ils ne s’élèvent plus qu’à environ 200, et compte tenu de la hausse des frais généraux, des taxes, etc., l’objet correspond à un article qui coûtait autrefois environ 100 M. Mais nous ne voulons pas l’admettre. Selon les bijoutiers, tout donateur d’un prix souhaite que celui-ci soit, dans la mesure du possible, imposant, grand et brillant, ce qui ne peut être que le fait de produits industriels, fabriqués en série, sans aucun rapport avec le sport.

Ne vaudrait-il pas mieux, en fin de compte, choisir des objets plus modestes en taille, qui, comme on dit, « ne font pas grand-chose », mais qui ont en revanche davantage de goût et de valeur artistique ? Ou bien renoncer complètement à l’argent et opter pour des objets ciselés à la main en laiton ou en étain, peut-être inspirés d’anciennes pièces de corporation dont la valeur réside dans leur beauté, ou encore pour des créations nouvelles en lien avec l’eau, le vent et les vagues.

Confions ces missions aux grandes manufactures de porcelaine, comme cela se fait depuis longtemps au Danemark. Elles en seront reconnaissantes, s’efforceront de donner le meilleur d’elles-mêmes et produiront des pièces qui, lorsqu’elles partiront à l’étranger en guise de trophées, feront honneur à notre savoir-faire allemand. La faïence artistique est aujourd’hui encore moins chère que la porcelaine, et reste abordable même pour des concours internes aux dotations modestes. La « Kieler Kunstkeramik » a produit d’excellentes pièces, dont le principal attrait réside toutefois dans la couleur. On pourrait faire réaliser chaque année une assiette spéciale pour la Kieler Woche, que l’on pourrait par exemple distribuer comme cadeau permanent accompagnant les trophées itinérants.

D'une manière générale, chaque ville devrait avoir pour ambition d'offrir aux marins étrangers des produits issus de son artisanat d'art local. À l’époque, la direction de la régate à Gdańsk-Sopot avait fait réaliser, outre les objets en argent habituels, des reproductions des magnifiques trésors en laiton de son église et s’était montrée disposée à accéder à une demande formulée avant la remise des prix, visant à attribuer un tel prix à la place de la coupe en argent. Ces messieurs ont déclaré aimablement : « Ce qui nous tient à cœur, c’est que vous repartiez d’ici avec un souvenir qui vous procurera une joie durable ! »

Cette manière de procéder mérite d'être imitée, car les goûts, c'est bien connu, ne sont pas les mêmes pour tout le monde. Les Danois, toujours très pragmatiques, tiennent compte de ces différences de goût en organisant leurs régates provinciales de telle sorte que les prix soient attribués les uns après les autres : d'abord aux premiers vainqueurs, puis aux lauréats des deuxièmes prix, et ainsi de suite.

Des prix artistiques pour les régates ! Passons maintenant de l'artisanat d'art à l'art véritable. C'est la seule chose qui soit devenue moins chère qu'auparavant, car l'art est le luxe dont un peuple appauvri doit se priver en premier lieu. Nos jeunes artistes vivent dans la misère et seraient prêts à « livrer dans toutes les gammes de prix souhaitées ». En effet, un tableau bien réussi, vu par un large public, leur permet en même temps de se faire connaître. On a d’ailleurs souvent distribué comme prix des tableaux et des gravures représentant des paysages marins. Je voudrais donc faire ici une proposition audacieuse, une proposition dont la mise en œuvre exige un certain abnégation de la part de l’association donatrice ou du noble philanthrope : le prix a l’air très modeste : il s’agit d’un bon d’achat permettant au lauréat de se faire réaliser par un artiste donné une illustration – aquarelle ou dessin à la plume – de son bateau, un artiste bien sûr versé dans les sports nautiques et capable de représenter un bateau à la manière d’un portrait tout en respectant les règles techniques. Dans ce cas, il ne serait pas grave non plus de remporter plusieurs fois un tel prix. Un mari fier n’accroche-t-il pas le portrait de sa belle épouse de profil, mais aussi de face ? Le navigateur, non moins fier, n’aimera-t-il pas posséder son bateau bien-aimé sous différents angles, dans la tempête comme dans le calme, avec en arrière-plan le décor typique du parcours de régate concerné, ou sous forme de silhouette élégante, ou encore – très raffiné – sous forme de plaque ? Les possibilités sont innombrables.

C’est donc en toute confiance que nous confions cette suggestion aux responsables compétents, à savoir les commissions chargées de l’attribution des prix au sein de nos différentes associations ; ainsi, le monsieur aux 28 coupes en verre – dont je tiens à ne pas révéler le nom – aura peut-être, l’année prochaine, une chance de ne pas en remporter à nouveau 28.


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