Il y a 100 ansYACHT 26/1926 - La tenue vestimentaire des femmes à bord

YACHT

 · 16.08.2026

YACHT 26/1926 : La tenue vestimentaire des femmes à bord.
Photo : YACHT
La mode d'il y a cent ans, est-ce que ça a encore de l'intérêt aujourd'hui ? N'hésitez pas à laisser un commentaire ici.

Nous vous proposons ici une sélection d'articles tirés de numéros du magazine YACHT datant d'il y a 100 ans. Dans le numéro 26/1926, la journaliste spécialisée dans la voile Käthe Bruns et la dessinatrice de mode Hilde Kutzner évoquent les tenues féminines à bord.

Non, nous n'avons vraiment pas l'intention de faire concurrence aux magazines de mode traditionnels, mais après tout, les vêtements de sport relèvent tout de même un peu du domaine d'intérêt d'un magazine sportif. C’est pourquoi il a déjà été question, ici et là, dans les pages de YACHT, de la tenue vestimentaire des navigateurs à voile et à moteur, et même le dernier ouvrage consacré à la voile, l’excellent « Mein Segelbuch » de notre collaborateur, le Dr Walter Deter, consacre un petit chapitre à la question vestimentaire.

Dans toutes ces publications, cependant, il est presque exclusivement question du navigateur, de l’homme, du seigneur. En parcourant tous ces articles, on constate que le domaine des vêtements de sport pour la voile et la navigation à moteur n’offre guère de plaisir ni de variété, dans la mesure où il ne concerne que la partie masculine de la communauté des plaisanciers. Un pantalon blanc ou bleu pour homme n’est tout simplement pas un sujet d’étude particulièrement intéressant qui mériterait qu’on y consacre autant d’encre. À cet égard, les femmes, avec leurs tenues et leurs accessoires, offrent des possibilités tout à fait différentes. Il est donc presque surprenant que la tenue vestimentaire des femmes à bord n’ait encore fait l’objet d’aucune analyse approfondie.

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C'est peut-être parce que, selon la bonne vieille tradition des marins et donc aussi selon l'avis de la génération plus âgée parmi les navigateurs, , « les diables aux cheveux longs » n’ont rien à faire à bord, car leur présence non seulement gâche le beau temps et provoque des accalmies ou une mer agitée, mais perturbe aussi considérablement la concorde entre les hommes. Mais avec ses cheveux longs, la femme d’aujourd’hui semble s’être débarrassée de ses dangereux traits de caractère autrefois critiqués. Un coup d’œil sur les eaux animées du dimanche montre que, sur presque chaque bateau et chaque yacht, une petite robe de femme, blanche ou colorée, scintille. Même à la barre, ce sanctuaire autrefois farouchement gardé par le propriétaire masculin, on peut aujourd’hui assez souvent apercevoir une petite main de femme bronzée, et bien des têtes de fillettes blondes ou brunes se détachent, avec un sourire mignon, sur l’acajou foncé des yachts qui passent.

On ne peut donc pas nier que la femme soit devenue un acteur à part entière de la voile. Tout comme la femme est aujourd’hui, dans la vie quotidienne, devenue bien plus une compagne, voire une collègue de travail de l’homme qu’elle ne l’était autrefois, elle s’est également taillé une place dans le sport, y compris dans la voile, considérée comme le sport le plus masculin qui soit. Il est donc tout à fait légitime que, tout comme les questions relatives aux vêtements de sport masculins, celles concernant le sexe faible – mais aussi, de l’aveu général, le plus beau – soient également abordées. C’est pourquoi nous souhaitons publier dans YACHT une lettre accompagnée de quelques croquis que nous ont adressés deux navigatrices chevronnées – pour le bénéfice de toutes celles qui manœuvrent barre et écout avec une main sûre. Quant à l’autre groupe de passagères, pour qui une tenue de voile chic est plus importante qu’une grand-voile bien hissée, nous leur conseillons, malgré cette incursion de YACHT dans l’univers des femmes et de leur vestiment, de se tourner plutôt vers « Elegante Welt » ou « Die Dame », car dans le YACHT, ces « navigatrices » n’y trouveront pas leur compte, car il contient trop d’aspects techniques ou d’autres absurdités.

Mais après cette introduction programmatique, passons à la lettre, dont le cachet de la poste indique « Kallundborg, Seeland », et dont l'auteure est sans doute connue de tous nos lecteurs, au moins de nom :

Cher YACHT ! Que se passe-t-il lorsqu’il y a deux femmes à bord d’un voilier, qui sont respectivement dessinatrice de mode et journaliste dans la vie civile – et qu’il n’y a personne avec qui flirter ? (Les marins ne font pas ça de toute façon ! La rédaction.) – Et quand tout est calme et qu’il pleut des cordes, si bien qu’on a pris soin de se restaurer et de se désaltérer tranquillement – et quand on a beaucoup de temps libre et qu’on s’ennuie ? Eh bien, que se passe-t-il alors ?

On retombe tout simplement dans les vieilles habitudes : la journaliste se met à écrire, tandis que la dessinatrice de mode, d’une main habile, fait naître sur son carnet de croquis une gracieuse petite poupée après l’autre. Puis les idées continuent de fuser. Il faut exploiter ce qui vient d’être créé. Déjà, le premier numéro d’un nouveau magazine est prêt dans l’esprit, répondant à un besoin profondément ressenti : « La navigatrice chic – Magazine de mode féminine sophistiquée à bord. »

Nous n'avons toutefois pas encore trouvé d'éditeur. En revanche, nous avons l'honneur d'envoyer ci-joint un exemplaire d'essai au magazine YACHT, que nous admirons beaucoup, certains que vos charmantes lectrices et nos chères consœurs navigatrices seront reconnaissantes de recevoir toutes sortes de bons conseils pour leur prochain voyage en mer.

Il ne s'agit pas de leur faire acheter tout un tas de nouvelles affaires, mais – nous tenons également à nous attirer les faveurs des messieurs – simplement de déterminer : de quoi a-t-on absolument besoin en mer ? Que peut-on utiliser parmi ce dont on dispose déjà, que peut-on adapter, que faut-il acheter ou emprunter à une connaissance qui navigue, ne serait-ce que pour un voyage peut-être court ?

Un long manteau imperméable en tissu imprégné d’huile reste indispensable ; on en trouve une version plus légère sous le nom d’« Ägerin ». Ceux qui pratiquent d’autres sports, comme la voiture ou la moto, possèdent peut-être encore un manteau en caoutchouc noir brillant, doté d’une protection contre le vent au niveau des manches, à boutonner par-dessus à l’avant, et dont les emmanchures sont suffisamment larges pour pouvoir enfiler plusieurs couches en dessous. Il vaut donc mieux choisir ce manteau dans une taille plus grande. À cela s’ajoute le suroît avec protection de la nuque. Ceux qui se ferment sous le menton, afin que l’eau ne coule pas dans le cou, sont particulièrement recommandés. Si vous ne le trouvez pas en stock, vous pouvez le faire confectionner. Une fois la saison de voile terminée, les vêtements imperméables ne doivent pas être rangés dans une armoire ou une valise, mais doivent être suspendus librement et à l’air libre sur des cintres ; sinon, au printemps, ils seront collants et cassants.

En plus du manteau imperméable, un manteau épais, long et chaud, qui se ferme également jusqu'en haut. N'importe quel vieux manteau d'hiver ou d'automne fera l'affaire.

Une robe chaude en laine – pas une robe en tricot, car celle-ci laisse passer le vent – sera très pratique au printemps et en automne. Par-dessus, un pull en maille, comme ceux que la mode propose aujourd’hui sous toutes les formes pour le sport. Des gilets colorés complètent chaque tenue et sont pratiques lorsqu’on peut porter par-dessous de vieux chemisiers courts.

Pour les journées chaudes, des vêtements clairs, teints à l'indanthrène, mais non plissés, car le plissé ne doit pas être mouillé. Une robe en crêpe fin blanc qui ne se froisse pas est très jolie et pratique également à terre. Il faut s’attendre à devoir ranger sa garde-robe à bord dans un espace souvent très restreint, sans pour autant renoncer au privilège de la femme : être toujours élégante et joliment habillée. C’est pourquoi il est recommandé de choisir des vêtements que l’on peut porter non seulement à bord, mais aussi lors des sorties à terre, par exemple les jolis manteaux en jersey, si populaires cet été, et le coupe-vent, toujours utile. Un pyjama, un maillot de bain, un peignoir et des sous-vêtements chauds complètent l'équipement.

Encore un mot sur les chaussures, si importantes. Les bas en soie ultra-fins ne conviennent pas aux matins et aux soirées froids ; les chaussettes en laine d'avoine font très bien l'affaire. Les chaussures à semelles en caoutchouc font partie des achats indispensables – à raison de deux paires par personne, afin de ne pas avoir à enfiler le matin des chaussures encore humides après la traversée agitée de la veille. À la place des simples chaussures à lacets, on trouve désormais, à des prix très abordables, de jolis escarpins et des chaussures à bride dotées de talons bas en caoutchouc.

Nous préférons ne pas nous risquer à donner des consignes sur la forme et le nombre de couvre-chefs, car chaque femme sait mieux que quiconque ce qui lui va et ce qui lui convient. Notons simplement ceci : si la coupe au carré n’était pas déjà si populaire, il faudrait l’inventer spécialement pour les navigatrices. Courte et lisse, c’est presque la seule façon de toujours avoir l’air soigné, et en plus, on n’est pas gênée quand on se fait passer un savon. Et maintenant, nous souhaitons à toutes les navigatrices un bon voyage pour leur périple à venir.

Käthe Bruns et Hilde Kutzner.


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