L'évolution des voiliers à foils ne semble pas pouvoir être stoppée. Les navigateurs suisses d'Alinghi Nils Frei et Yves Detrey viennent de présenter un "engin volant" d'un genre nouveau, qui devrait révolutionner une fois de plus les systèmes d'aile conventionnels. Au cœur de cette technologie d'avant-garde se trouve une aile pivotante en forme de T, appelée Canting T-Foil. Cela a l'air aussi excitant que ça l'est.
Les premiers tests effectués sur le lac Léman sont très prometteurs. Le Suisse Nils Frei, co-initiateur du projet Syra-18, raconte : "Tout fonctionne comme prévu. Dès le premier coup, nous avons très légèrement fait tanguer le bateau et avons déjà largement dépassé les 25 nœuds de vitesse. Mais ce n'est que le début". Après avoir prouvé le bon fonctionnement du bateau, le duo innovant Frei/Detrey va maintenant s'atteler aux réglages fins ainsi qu'aux améliorations et ajustements dans les détails.
Le Syra-18-Foiler "vole" sur un T-Foil central, comme par exemple les poids mouches de la classe Moth en plein essor. Mais sur le Syra, l'aile peut être inclinée jusqu'à 45 degrés sur le côté, comme sur une quille inclinable moderne. Les Suisses souhaitent ainsi diriger une composante de portance du foil vers le vent et contrer ainsi la dérive latérale au vent. Les navigateurs de Moth poursuivent en fait le même objectif en tirant fortement leurs bateaux vers le vent au niveau de la croix. Comme le centre de gravité de la portance se déplace avec le pivotement de l'aile, le foil génère un moment de redressement supplémentaire sous le vent. Triple avantage donc pour le système Syra : plus de pression, plus de vitesse et moins de décalage de cap.
Le Syra-18-Foiler présente en outre une forme de coque entièrement nouvelle. À l'avant, l'appareil est construit comme un monocoque ultra-plat ; à l'arrière, en revanche, le dessous de la coque est extrêmement concave. Il reste ainsi deux coques partielles à l'arrière, comme sur un catamaran. Cela permet de monter à l'arrière deux gouvernails qui, également équipés d'ailes mobiles, font office d'"élévateurs". Ceux-ci peuvent être réglés de manière à ce qu'ils agissent en sens inverse. Cela signifie que l'élévateur au vent tire vers le bas, celui sous le vent pousse vers le haut. Cela améliore la stabilité de vol et augmente encore le moment de redressement.
Mais la forme de la coque offre encore d'autres avantages. Contrairement à un Moth, le Syra-Foiler peut être mis à l'eau comme un dériveur tout à fait normal et flotte toujours à la verticale, même s'il n'est pas en mouvement. Le foil central en T ainsi que les safrans peuvent être remontés pour la mise à l'eau et la sortie de l'eau.
Le Syra-18-Foiler est navigué par deux personnes avec un trapèze. Les stabilisateurs peuvent être facilement retirés, ce qui permet de gagner de la place dans le parc à bateaux et de transporter le bateau sur une remorque. Les composants du prototype, qui ne pèse que 135 kilos, ont été entièrement construits en fibre de carbone par différents fournisseurs. Nils Frei et Yves Detrey sont maintenant à la recherche d'un fabricant capable de produire en série l'aileron du Syra 18. Les premières négociations sont apparemment déjà en cours. Une fois la phase de test terminée, la production devrait bientôt commencer. Il n'y a toutefois pas encore de première indication de prix.

Rédacteur Test & Technique