Le gouvernement central espagnol a désormais déposé une plainte contre le décret qui limite ou interdit totalement la location touristique de bateaux privés à Majorque et dans les îles voisines - souvent appelée "Airbnb nautique". Madrid y voit une ingérence dans les compétences de l'État, tandis que le gouvernement des Baléares insiste sur ses propres règles. Depuis le 1er janvier 2026, une loi étatique doit permettre aux propriétaires de bateaux de toute l'Espagne de louer leurs bateaux de plaisance à des fins touristiques jusqu'à trois mois par an. La mesure avait été annoncée en juillet et est entré en vigueur à la fin de l'année. Le conflit touche particulièrement Majorque, où les bateaux de plaisance, le tourisme charter et la rareté des places d'amarrage sont déjà source de tensions et où les critiques contre la surexploitation touristique des eaux côtières se multiplient.
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Tant qu'aucun tribunal n'a émis d'injonction, le gouvernement régional des Baléares continue d'insister sur son propre décret visant à réglementer le secteur de l'affrètement. Celui-ci exige entre autres une "déclaration responsable" auprès des autorités ainsi que des lieux définis pour l'embarquement et le débarquement des clients des charters. En outre, le gouvernement régional met en garde les loueurs privés : Celui qui loue son bateau à des vacanciers sans autorisation ni licence correspondante risque de perdre sa place d'amarrage dans les ports publics. Toutefois, c'est précisément ce qui est juridiquement contesté. De nombreuses marinas et clubs nautiques de Majorque ne dépendent pas de l'autorité régionale, mais de l'autorité portuaire nationale ou de concessionnaires privés. De plus, les autorisations d'affrètement sont délivrées par le gouvernement central. Madrid fait donc valoir que les Baléares outrepassent leurs compétences.
Le responsable de la navigation de plaisance aux Baléares, Toni Mercant, accuse le gouvernement central de favoriser les intérêts commerciaux privés. Concrètement, il cite la plate-forme listaseptima.comLe leader espagnol du "Airbnb nautique". Ce modèle transpose la location d'appartements de vacances à la mer et ouvre la porte à la spéculation sur l'espace public. Selon Mercant, il n'y a pas besoin de bateaux de location supplémentaires aux Baléares. Les aspects de sécurité et d'environnement jouent également un rôle central. Le gouvernement régional craint une augmentation du trafic en mer, des risques d'accident plus élevés et une pression accrue sur les zones côtières et de mouillage sensibles autour de l'archipel.
Le gouvernement national est soutenu par le secteur professionnel de la location de bateaux. Le président de l'association Pedro Gil met en garde contre les mouvements de masse quotidiens sur l'eau : de nombreux bateaux partent le matin et reviennent le soir en même temps. Cela entraîne le chaos dans les ports, au mouillage et dans les stations-service. L'association déplore en outre la concurrence déloyale de prestataires inexpérimentés. Gil demande un certificat professionnel obligatoire pour tous les loueurs et met en garde contre la hausse des prix des places d'amarrage et la baisse simultanée des tarifs de location. À long terme, cela nuit à l'ensemble du secteur.
Outre la plainte du gouvernement central, il existe également une plainte séparée de listaseptima.com contre le décret des Baléares. Un tribunal n'a pas encore émis d'injonction. Le gouvernement des Baléares a annoncé qu'il défendrait sa position - jusqu'à ce qu'un juge en décide autrement.
Parallèlement à la réglementation de la location, l'administration maritime nationale avait renforcé les obligations en matière de permis de conduire pour les petits bateaux. Auparavant, les petits bateaux pneumatiques d'une puissance maximale de 15 CV pouvaient également être loués aux vacanciers à Majorque sans aucun certificat de compétence. C'est terminé depuis octobre dernier. Cette mesure concerne surtout la location de petits bateaux à moteur aux touristes qui souhaitent les utiliser pour explorer les criques et les plages.
Pour une identification claire, les bateaux doivent porter les lettres "CT" de manière visible sur les deux côtés de la proue pendant l'utilisation commerciale. Cette réglementation vise à faciliter le contrôle de la Guardia Civil, qui vérifie au moins une fois par an qu'un contrat d'affrètement valable a été conclu lors de chaque sortie en mer.
La pénurie de places d'amarrage aux Baléares est l'un des points centraux du litige. Ports IB, la société publique de gestion des ports autonomes des Baléares, a déjà entamé des démarches concrètes. La société elle-même est responsable d'une cinquantaine de postes d'amarrage publics et gère elle-même une partie des ports des Baléares. Mais la majorité est en mains privées : des concessionnaires exploitent des marinas, les places de port sont rares, chères et très convoitées. Les mouillages sont donc fréquents, même là où ils ne sont pas autorisés.
Ports IB vient d'adopter une décision interdisant l'utilisation commerciale des postes d'amarrage pour les particuliers. En outre, les opérateurs portuaires ont été priés de présenter un rapport détaillé sur l'utilisation de leurs installations dans un délai de dix jours. La première ministre des Baléares, Marga Prohens, souligne la congestion déjà existante des zones côtières et le manque cruel de places d'amarrage. Compte tenu des plus de 7.000 demandes existantes pour des places dans les ports, il n'est pas possible, selon elle, d'utiliser deux fois les ressources limitées.