Fabian Boerger
· 02.09.2026
Faire le tour du cap Horn : pour de nombreux navigateurs et navigatrices, c'est le rêve d'une vie. Ceux qui ne souhaitent pas entreprendre ce long voyage vers la Patagonie à bord de leur propre bateau peuvent opter pour une croisière en charter. Mais il semble que toutes les offres ne soient pas proposées en toute légalité. Les autorités chiliennes ont renforcé leurs contrôles et ont de nouveau intercepté deux yachts étrangers en l'espace de quelques semaines.
Début août 2026, la marine chilienne, les douanes et la police judiciaire ont contrôlé un yacht battant pavillon britannique dans le canal de Señoret, près de Puerto Natales. Selon les autorités, le bateau avait été importé à titre temporaire pour un « usage non commercial ». Il aurait néanmoins été utilisé pour des sorties en charter payantes au Chili.
Selon les informations disponibles, il y avait à bord marine chilienne cinq personnes originaires du Royaume-Uni, d'Italie et du Chili. Un ressortissant britannique et un ressortissant italien auraient en outre entré sur le territoire avec un titre de séjour touristique et travaillé contre rémunération. La police judiciaire chilienne a donc signalé d'éventuelles infractions à la législation sur l'immigration.
Selon les médias, un avocat du propriétaire du yacht a rejeté l'accusation d'utilisation à des fins commerciales. Le bateau serait utilisé exclusivement à des fins privées depuis cinq ans, a-t-il déclaré au journal régional « La Prensa Austral ».
Cette affaire britannique est survenue quelques semaines seulement après une inspection du yacht français « Athanase ». Ce navire avait lui aussi été contrôlé en juillet dans le canal Señoret, près de Puerto Natales, avant d'être immobilisé.
Selon les informations fournies par l'autorité maritime chilienne L'« Athanase » aurait également été utilisé pour des croisières illégales, contrairement à son autorisation privée temporaire. Deux membres d'équipage français ont en outre fait l'objet d'un signalement pour avoir travaillé sans l'autorisation requise.
Ces accusations ne portent pas simplement sur la présence de yachts étrangers au Chili. Ce qui est déterminant, c’est de savoir si un bateau importé à titre privé est effectivement utilisé à des fins privées ou s’il est exploité contre rémunération pour des voyages touristiques.
Le directeur régional des douanes, Reinhold Andronoff, a déclaré : au journal régional *La Prensa Austral*, indiquant qu'en l'espace d'environ un an et demi, huit bateaux de plaisance étrangers avaient fait l'objet de procédures similaires.
Dès 2025, les autorités chiliennes avaient déjà saisi plusieurs yachts de location étrangers. Le magazine YACHT en a fait état. Selon les autorités, ces contrôles renforcés visent les bateaux qui entrent sur le territoire sous un permis privé, mais qui seraient ensuite utilisés pour proposer des voyages payants.
Les autorités justifient leur démarche par la protection des prestataires touristiques dûment agréés. Elles soulignent également les risques potentiels pour la sécurité des clients payants lorsque des yachts sont utilisés sans les contrôles et les autorisations prévus pour les trajets à titre professionnel.
Osvaldo Escobar Torres, skipper chilien spécialisé dans la location de voiliers, connaît bien la région et les exigences des autorités. Il propose des croisières en Patagonie, autour du cap Horn et en Antarctique. Selon ses propres dires, ce sont surtout des navigateurs allemands qui montent à bord de son bateau. En tant qu’opérateur chilien, il peut plus facilement se conformer aux exigences des autorités.
Torres constate lui aussi depuis environ un an et demi un renforcement des contrôles. « Ce n’est pas une nouvelle loi. On veille simplement davantage à ce qu’elle soit appliquée », explique Torres dans un entretien accordé à YACHT. Il estime que, de ce fait, moins de prestataires étrangers pourraient venir dans la région avec leurs voiliers à l’avenir. Selon lui, certains devraient se tourner vers d’autres régions.
En principe, les yachts étrangers sont autorisés à faire escale au Chili à titre temporaire, à condition qu'ils soient en voyage touristique. Toutefois, selon les autorités, cette modalité d'entrée ne s'applique pas lorsque des croisières en charter sont proposées à titre commercial. Quiconque propose des couchettes individuelles, des croisières complètes ou d’autres prestations touristiques contre rémunération sort ainsi du cadre du tourisme. Cela vaut notamment lorsque, par exemple, de la publicité est faite en ligne, que des prix fixes sont exigés ou que les membres d’équipage perçoivent un salaire.
Il est donc important que les skippers et les organisateurs se renseignent, avant même leur entrée sur le territoire, sur les dispositions légales relatives aux autorisations d'importation, d'exploitation et de travail. Un simple dédouanement privé du yacht ne suffit pas pour les navigations à titre professionnel.
Les conséquences financières peuvent être considérables. Ainsi, la plupart des procédures menées jusqu’à présent se sont soldées par des amendes. Celles-ci s’élevaient en moyenne entre 100 et 150 millions de pesos chiliens. Le montant exact dépend notamment de la valeur du yacht concerné. Si une amende définitive n'est pas payée, le bateau peut, selon les indications du directeur des douanes, faire l'objet d'une vente aux enchères.
Pour les plaisanciers, une distinction importante subsiste : un voyage privé en Patagonie n'est pas juridiquement assimilable à une croisière en charter payante. Cela vaut même si le même yacht est adapté aux deux types de voyage.

Rédacteur News & Panorama