Christian Tiedt
· 16.09.2026
L'ouest du Jutland est bordé d'une plage infinie, délimitée par des dunes d'un côté et la mer du Nord de l'autre. Par une journée ensoleillée d'été, le tableau est paisible. Mais les apparences sont trompeuses : la mer est peu profonde et les sables qui ne cessent de se déplacer devant elle sont traîtres. Lorsque le temps change brusquement, cette longue côte exposée au vent peut rapidement devenir un piège mortel pour les navires imprudents.
C'était le 24 décembre 1811. Ce jour-là, une tempête balaye la mer du Nord et s'abat de plein fouet sur une poignée de navires britanniques, séparés d'un convoi bien plus important. La guerre menée par Napoléon en Europe rend cette mesure de protection nécessaire : 150 voiliers marchands, sous la protection de la Royal Navy, lourdement chargés, font route du sud de la Suède vers l'Angleterre.
Mais face à la fureur de la nature, même les plus grands navires de guerre ne comptent que sur la chance. Et deux d’entre eux ont épuisé la leur en cette veille de Noël : le HMS « Defense », un deux-ponts armé de 74 canons, et le HMS « St. George », encore plus imposant, nommé en vain d’après le saint patron de l’Angleterre, avec 98 canons répartis sur trois ponts.
Le trois-mâts est déjà en difficulté, naviguant uniquement à l'aide du gouvernail de secours. Pourtant, l'amiral et le commandant se croient en sécurité. Cette erreur d’appréciation ne causera pas seulement leur perte. Le navire de ligne est poussé de plus en plus près de la côte, totalement hors de contrôle, après qu’une manœuvre d’ancrage infructueuse a vu le gouvernail de secours détruit par la chaîne d’ancre et le foc de tempête arraché par le vent.
Vers six heures du matin, le « St. George » s'échoue finalement un peu au sud de Thorsminde, à portée de vue de la plage. Mais le ressac meurtrier empêche toute évacuation. Les canots de sauvetage se renversent dès qu’ils touchent l’eau. Une vague gigantesque emporte plusieurs centaines d’hommes du pont vers la mer ; ils se noient ou meurent de froid dans les eaux glacées.
Une douzaine de marins, répartis sur deux radeaux, parviennent à rejoindre la plage. Ce sont les seuls survivants du « St. George ». Le HMS « Defense », qui naviguait trop près du plus gros navire, est également perdu. Quatre hommes y survivent. Près de 1 400 personnes trouvent la mort, des marins, mais aussi quelques civils embarqués, dont des femmes et des enfants.
Les noms des victimes de la noyade recouvrent aujourd'hui l'un des murs du Musée des épaves de St. George à Thorsminde, au nord de l'entrée du port et du fjord de Nissum. Agrandi à plusieurs reprises depuis, il rend compte de la catastrophe depuis 1992. L'accent est mis sur le « St. George », dont l'épave a permis de récupérer un grand nombre d'objets.
Bon nombre d'entre elles sont présentées au musée dans une mise en scène évocatrice. Elles illustrent la vie quotidienne et le travail des marins à bord, ainsi que le fonctionnement d'un navire de ligne de l'époque des guerres napoléoniennes et, enfin, le naufrage dramatique lui-même. Outre les canons, les pièces les plus imposantes de l'exposition sont l'ancre et l'imposant gouvernail de 11,5 mètres de haut.
C'est la perte du gouvernail, survenue auparavant en mer Baltique, qui avait créé les conditions propices à la catastrophe qui allait se produire plus tard en mer du Nord. Il a été retrouvé par hasard lors de la construction d'un parc éolien offshore au sud de Gedser, en 2003. Après une expertise archéologique, il a été transféré au musée des épaves de St. George, où il se dresse aujourd’hui, tel un mémorial noir, en souvenir de la tragédie de la veille de Noël 1811.
Des places d'amarrage pour les visiteurs sont disponibles dans le port de Thorsminde, dans la partie sud de Vesthavn, à l'ouest de l'écluse et du pont. Des services sont proposés. L'entrée est balisée. Le musée se trouve à environ 750 mètres.

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