L'Arcadie prussienneÀ la découverte d'un paradis pour les petites voitures de collection

Lasse Johannsen

 · 27.06.2026

Le château de l'île aux Paons. Le pirate « Stups » s'est réfugié à l'abri des arbres pour faire une petite pause.
Photo : Sönke Hucho
​En naviguant sur la Havel et le Jungfernsee, les amateurs de voitures de collection peuvent se sentir plus proches de leurs racines que presque nulle part ailleurs. Voyage dans l'Arcadie prussienne.

Sujets dans cet article

L'été, le soleil et l'air de Berlin. Et en abondance. Le dériveur de 15 « Tina » avance à bonne allure, rien qu'avec sa grand-voile arisée. Le vent souffle en rafales, sans compter les trouées dans la forêt qui borde la rive. Il faut rester vigilant à la barre et à l’écoute du dériveur. Le régleur, quant à lui, n’ayant rien à faire, peut laisser son regard vagabonder.

Il y a beaucoup à voir aux alentours de la Havel, sur laquelle le « Tina » navigue vers le sud en escadre avec le pirate « Stups », après avoir quitté son lac d'origine, le Stößensee. À tribord, par exemple, la Lanke piquante avec le hangar à bateaux centenaire de l'Association universitaire de voile. Peu après, à bâbord, l'île de Schwanenwerder, derrière laquelle on aperçoit le Wannsee . La proue du « Tina » pointe cependant vers le sud-ouest et le petit voilier passe devant l'île aux Paons et son château romantique. Devant eux, l'église du Sauveur de Sacrow et, à l'horizon, des paysages dignes d'un conte de fées.


Voici également quelque chose d'intéressant :


Nous naviguons au cœur du site classé au patrimoine mondial de l’Unesco « Châteaux et parcs de Potsdam et de Berlin », mieux connu sous le nom d’« Arcadie prussienne ». Ici, sur les rives, les témoins muets du passé se succèdent et nous racontent l’histoire. Mais surtout, nous suivons les traces de la voile allemande. Car ce que l'on ignore aujourd'hui, c'est que c'est ici, il y a plus de 200 ans, que cette discipline a vu le jour. Et ses racines sont non seulement perceptibles, mais aussi encore visibles aujourd'hui.

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Comment la navigation de plaisance s'est implantée sur la Havel

La navigation de plaisance a fait son apparition en Allemagne en 1814, sous la forme d'un cadeau. Pour célébrer la victoire sur Napoléon, la maison royale prussienne reçut en cadeau un voilier de la part du roi britannique George IV. Long d’environ dix mètres et doté de trois mâts, il fut utilisé si intensément pour des sorties sur les lacs de la Havel qu’en 1832, devenu vétuste, il fut remplacé par le «Royal Louise». Cette réplique de la frégate « Thetis », datant des guerres d'indépendance, à l'échelle 1:3, était à nouveau un cadeau du roi britannique, qui s'appelait désormais Guillaume IV.

Fort de l'expérience acquise avec le premier bateau de plaisance, on construisit pour son successeur, sur la rive sud de l'île aux Paons, un hangar à bateaux pour l'hiver, qui existe encore aujourd'hui. La maison royale prussienne, sous le règne de Frédéric-Guillaume II, avait fait aménager toute l’île pour y passer ses étés, et c’est là que la frégate trouva d’abord son mouillage.

En 1842, Frédéric-Guillaume IV acquit un terrain au bord du Jungfernsee et y fit construire un petit port destiné aux bateaux de plaisance royaux. Le bâtiment existant servait de logement aux marins détachés, indispensables au fonctionnement de la frégate. C'est ce qui a donné naissance à l'appellation « Matrosenstation » (station des marins).

L'empereur Guillaume II fit réaménager l'ensemble au début des années 1890 sur le modèle norvégien. Lorsque le complexe, partiellement détruit pendant la Seconde Guerre mondiale, fut reconstruit à partir de 2010, c'est cette dernière version de la station de marins dite « Kongsnæs » qui servit de modèle.

Et c'est ainsi que ceux qui, comme l'équipage du croiseur à voile « Tina », passent par là en été, peuvent encore aujourd'hui admirer cette scène historique. Avec un peu de chance, les voiles carrées de cette frégate miniature, avec ses sabords et ses canons, traverseront alors également ce tableau. En effet, entre 1996 et 2000, le « Royal Louise » a lui aussi été reconstruit à l’identique. Il a aujourd’hui son mouillage d’été au sein de l’association Seglerhaus am Wannsee.

C'est à bord de ce navire que naquit autrefois la passion pour la voile chez Heinrich et Wilhelm, deux descendants de la maison de Hohenzollern. Tous deux devinrent des fervents défenseurs de ce sport naissant sous l'Empire allemand, raison pour laquelle le « Royal Louise » est encore aujourd'hui associé aux débuts de la voile en Allemagne.

Pause à l'église du Sauveur de Sacrow

Mais avant de mettre le cap sur le Jungfernsee, l’église Heilandskirche de Sacrow invite à faire une pause. L’épée brandie, « Tina » et le pirate « Stups », qui navigue à ses côtés, débarquent sur la plage juste à côté de l’église.

Cet endroit aussi respire l'histoire. À l'origine, c'était un port de pêcheurs de la Havel. Frédéric-Guillaume IV fit construire cette église après avoir acquis le domaine de Sacrow en 1840. L'architecte de la cour, Ludwig Persius, conçut cette église qui s'avance dans l'eau comme un navire amarré au bord de l'eau.

Pendant la période de la division de l'Allemagne, le mur de Berlin traversait directement le terrain de l'église. Le bâtiment, laissé à l'abandon dans le no man's land entre le mur et la Havel, tombait en ruine. Mais cela n'était visible que depuis la rive ouest de Berlin. C'est ainsi que l'initiative visant à sauver l'église du Sauveur de Sacrow, quelques années avant la chute du mur, a également été lancée par le maire de Berlin de l'époque, Richard von Weizsäcker.

Ce lieu paisible dégage une magie sacrée. L'intérieur de l'église du Sauveur a fait l'objet d'une restauration minutieuse. Depuis la colonnade qui l'entoure, le regard embrasse la Havel et l'on a véritablement l'impression que l'église s'apprête à lever l'ancre pour mettre le cap sur l'Arcadie.

Depuis le Jungfernsee, les perspectives s'ouvrent

Ainsi revigorés après un petit en-cas dans le cockpit, nous hissons à nouveau les voiles. Le vent s'est calmé, la chaleur de midi s'est atténuée.

Nous continuons lentement notre route vers le sud, en direction du Jungfernsee. Devant nous, on aperçoit le pont de Glienicke, qui enjambe la Havel entre Berlin et Potsdam, la capitale du Brandebourg, et qui fut, à l'époque de la division de l'Allemagne, le théâtre d'opérations d'échange d'agents.

Derrière le pont se dresse le château de Babelsberg, conçu par Karl Friedrich Schinkel dans le style néo-gothique anglais, au cœur d'un parc aménagé par l'architecte paysagiste Hermann, prince de Pückler-Muskau. Il a été construit entre 1833 et 1855 pour le futur empereur Guillaume Ier, qui l'a utilisé comme résidence d'été avec son épouse pendant plus de 50 ans.

Avant même cela, le regard est attiré par le casino et le château de Glienicke, eux aussi nichés au cœur d’un vaste jardin d’agrément conçu par Peter Joseph Lenné, qui s’étend à bâbord jusqu’aux rives de l’île de Wannsee. Ces bâtiments ont été conçus par Karl Friedrich Schinkel pour le prince Carl de Prusse, alors âgé de 21 ans. Ce dernier s’était inspiré d’un voyage en Italie, ce qui a donné naissance à une résidence d’été au charme méditerranéen.

Sans restriction de passage, on pourrait traverser le pont, et depuis le lac de Glienicke, on pourrait encore apercevoir un pavillon de chasse depuis l'eau. Mais le mât de « Tina » est trop haut, et cela ne vaut pas la peine de l'abaisser pour ce petit détour.

Ici, sur le Jungfernsee, on a l'occasion unique de s'immerger littéralement dans le patrimoine mondial des châteaux et des parcs, comme seul l'eau permet de le faire. En effet, au milieu du lac, on atteint un point d’où la vue panoramique embrasse précisément, dans leurs axes visuels, quatre châteaux et leurs parcs respectifs. À l’époque de leur construction, les seigneurs se promenaient exprès en gondole sur la Havel pour profiter de cette vue. Un paysage artificiel composé d’une succession de petites arcadies inspirées du modèle du Charlottenhof.

Le terme « Arcadie » remonte à la Grèce antique et est considéré comme synonyme d’un paysage naturel paradisiaque, propice à une vie idyllique dans l’isolement. Frédéric-Guillaume IV souhaitait disposer d’un tel lieu d’harmonie pour les mois d’été, et c’est sous son égide que le château de Charlottenhof, œuvre de l’architecte Karl Friedrich Schinkel et du paysagiste Peter Joseph Lenné, est devenu le cœur de l’Arcadie prussienne telle que nous la connaissons aujourd’hui.

Pour s'y rendre, il faut descendre à terre. Depuis la base des marins, on peut rejoindre le château à pied en un peu plus d'une heure. Que le mât soit abaissé ou non, on peut également s'y rendre en bateau en passant par le Tiefen See et en traversant Potsdam. Le ponton du club de voile de Potsdam se trouve pour ainsi dire à deux pas.

Le silence du soir entre le paysage des châteaux et la forêt royale

À l'origine, Charlottenhof était un manoir baroque. Le terrain qui lui appartient jouxte, au sud-ouest, le parc du château de Sanssouci. À Noël 1825, le prince héritier, futur roi Frédéric-Guillaume IV, reçut cette demeure en cadeau. L'engagement de Schinkel et de Lenné dans la transformation de Charlottenhof est aujourd'hui considéré comme le point d'orgue de leur œuvre. Il en résulte une œuvre d'art totale alliant architecture et paysage. Le château a été conçu dans le style des villas romaines antiques, tandis que le parc s'inspire des jardins paysagers anglais. Depuis 1826, cet ensemble fait partie du parc de Sanssouci.

Le soir est tombé et il faut trouver un mouillage pour « Tina » sur les rives du Jungfernsee. Dans la lueur du soleil couchant, le voilier passe sans bruit devant la station des marins. À l’intérieur des terres, on aperçoit le Saint-Lac, au bord duquel se dresse le Palais de marbre.

En passant devant la pointe de Quapphorn, où se trouve l'Eremitage, un ermitage situé dans le Nouveau Jardin de Potsdam. Ce petit havre de paix a lui aussi disparu à la suite de la division de l'Allemagne, mais il a été reconstruit en 2007 à partir du mobilier qui avait été entreposé.

En passant par le Cecilienhof, on découvre le lieu où s'est tenue la conférence décisive de Potsdam durant l'été 1945. Construit pendant la Première Guerre mondiale, ce château fut le dernier édifice de ce type érigé par les Hohenzollern. L'empereur Guillaume II l'avait fait construire pour en faire la résidence de son fils aîné. C'est ici que résida, jusqu'en 1945, le dernier couple de princes héritiers allemands.

Finalement, ils atteignent l'extrémité du Jungfernsee et, sur une petite plage au pied de la rive nord-est du Königswald, les équipages trouvent l'endroit idéal pour passer la nuit. À part le chant des oiseaux et le crépitement du barbecue à bord, on n'entend rien ici.

Dans cette oasis située entre Berlin et Potsdam, les plaisanciers ont trouvé leur Arcadie : calme et isolement au cœur d’une nature idyllique. Tout comme les rois de Prusse autrefois. Et qui sait, peut-être se seraient-ils sentis plus à l’aise dans le cockpit, devant une canette de bière et une saucisse grillée, qu’au château.


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S'agit-il là de l'un des lieux de navigation les plus sous-estimés d'Allemagne, ou ce paysage tire-t-il surtout sa richesse de son histoire ? Dites-nous dans les commentaires si, sur la Havel, vous recherchez plutôt un lieu de navigation, le calme ou la vue historique depuis l'eau.

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Lasse Johannsen

Lasse Johannsen

Rédacteur en chef adjoint de YACHT

Né à Kiel, il a grandi au bord de l'eau et à bord, formé à la voile dans un club et en naviguant sur la mer du Nord et la Baltique. Après l'école, la marine et une formation juridique, il a travaillé de 2007 à 2009 comme stagiaire pour YACHT dans la rubrique Panorama, qu'il dirige aujourd'hui. Parallèlement, il est responsable de l'édition spéciale YACHT classic, a publié plusieurs livres aux éditions Delius-Klasing et est rédacteur en chef adjoint de YACHT. Johannsen est un navigateur passionné qui navigue sur sa propre quille et accompagne activement la scène allemande des bateaux classiques.

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