Cela a dû être les deux jours les plus difficiles de sa vie. Yann Eliès est resté plus de 48 heures dans son bateau avec une fracture du fémur avant d'être secouru. Un premier examen des médecins à bord de la frégate partie de Perth a permis de faire le point sur son état.
"Il a une fracture du fémur, c'est maintenant une certitude. Probablement aussi quelques côtes cassées et d'autres blessures, mais l'équipe médicale n'a pas encore terminé son examen", a annoncé le capitaine de la frégate "Arunta" par radio.
Eliès s'était blessé alors qu'il se trouvait sur le pont avant pour une manœuvre et que l'avant du bateau s'était enfoncé dans une vague à pleine vitesse. Le choc brutal qui en a résulté l'a fait passer par-dessus le pont et l'a fait heurter durement les superstructures.
En tout cas, c'est la fin d'un calvaire difficilement imaginable pour le Français : il est resté deux jours dans son bateau, incapable d'atteindre les antidouleurs contenus dans sa trousse médicale d'urgence, ni de s'alimenter ou de boire. Sur les conseils du médecin de la course en Vendée, Eliès a bougé le moins possible pour ne pas risquer de blessures internes qui auraient pu mettre sa vie en danger.
Les tentatives de son compatriote Marc Guillemot ("Safran"), arrivé dès hier auprès de l'infortuné, de lui jeter de l'eau et des antidouleurs dans le cockpit ont échoué. Le skipper français ne pouvait pas prendre le risque d'aller sur le côté ou même de traverser, l'état de la mer ne le permettait pas, et les bateaux n'emportent évidemment pas de canot pneumatique ou autre lors d'une course sans escale.
Guillemot est resté tout le temps à proximité de son compatriote, afin de pouvoir intervenir si la situation venait à s'aggraver. Mais il a parlé à Eliès par radio pour le rassurer. Aucun autre participant à la Vendée n'est plus qualifié pour cela : Guillemot a lui-même été bloqué pendant deux jours sur un maxi-catamaran ("Jet Services") chaviré à la fin des années 80, avec des jambes cassées.
Il n'y a pas encore de nouvelles d'Eliès lui-même, mais il a déjà parlé à sa famille en France.

Rédacteur Voyage