Vendée GlobeUne victoire pour les livres d'histoire

Andreas Fritsch

 · 26.01.2013

Vendée Globe : une victoire pour les livres d'histoirePhoto : O. Blanchet/DPPI
"Macif" en route vers la ligne d'arrivée
François Gabart remporte le Vendée Globe en 78 jours et devient le premier homme à passer sous la barre magique des 80 jours en monocoque.

C'est sous les acclamations de plus de 100.000 spectateurs aux Sables d'Olonne que François Gabart, à bord de "Macif", est devenu le plus jeune vainqueur vendéen de sa course autour du monde, ce dimanche après-midi, peu après 15 heures. Il a franchi la ligne d'arrivée avec seulement cinq heures d'avance sur son poursuivant Armel Le Cléac'h ("Banque Populaire"), après 78 jours, 2 heures et 16 minutes de course. Quelques minutes plus tard, en mer, la femme de Gabart est montée à bord et tous deux se sont tenus dans les bras pendant de longues minutes. Moins de six mois avant le départ, le Français était devenu père d'un fils. Plus tard, à l'entrée du canal des Sables d'Olonne, le sympathique vainqueur a longtemps lutté contre les larmes avant de se laisser aller à la joie. Un peu plus tard, son mentor Michel Desjoyeaux est monté à bord pour féliciter son protégé, avant que Gabart n'allume le feu obligatoire des torches de signalisation.

  Gabart lors de l'interview après avoir franchi la ligne d'arrivéePhoto : Vendee Globe Gabart lors de l'interview après avoir franchi la ligne d'arrivée  Entrée aux SablesPhoto : Vende Globe Entrée aux Sables

La victoire du Français, âgé de 29 ans seulement, est également une performance historique. C'est la première fois qu'un skipper de monocoque parvient à rester sous la barre magique des 80 jours, qui hante l'esprit de nombreux navigateurs depuis le classique "Le tour du monde en 80 jours" de Jules Verne. Au début des années 90, lorsque le Trophée Jules Verne a été créé, il y a déjà eu une ruée vers la meilleure marque. Une récompense avait été offerte au premier équipage qui parviendrait à faire le tour du monde en moins de 80 jours. A l'époque, personne ne pensait pouvoir battre un jour ce record avec un monocoque, c'est donc le début de l'ère des kats et tris géants. Il a fallu quatre ans pour que le premier équipage réussisse à percer : Bruno Peyron et ses compagnons de route sur le catamaran de 85 pieds "Commodore Explorer" ont été les premiers à franchir la barre magique en 1994. Entre-temps, les monster tris comme "Groupama 3" et "Banque Populaire V" ont abaissé la valeur au-delà de la limite des 100 pieds à près de 45 jours (voir graphique ci-dessous).

Articles les plus lus

1

2

3

4

5

Macif à l'arrivée
Photo : V.Curuchet/Vendee

Macif" est donc le premier monocoque de l'histoire de la voile à rester en dessous de 80 jours. Gabart et Armel Le Cléac'h ont réussi à passer sous cette barre comme personne ne l'aurait imaginé. Lors du dernier Vendée Globe, Michel Desjoyeaux était certes déjà passé tout près avec environ 84 jours et 3 heures, mais le fait que le vainqueur de cette fois-ci lui prenne presque une semaine est tout à fait remarquable.

Un duel acharné autour du globe

Évolution du temps du Trophée Jules Verne pour les grands maxi-multicoques. La valeur a presque diminué de moitié.
Photo : YACHT

La lutte sans merci pour la tête de course, que les deux Français se sont livrée presque du premier au dernier mille autour du globe, a été le moteur de leur meilleure performance. Peu après le départ, Gabart a pris la tête de la course, mais n'a pas pu la conserver sur de longues distances, comme lorsque Le Cléac'h a pris la tête après les Canaries et l'a défendue avec acharnement jusqu'à l'entrée dans l'Océan Austral. Jean-Pierre Dick, Vincent Riou et Bernard Stamm ont certes pu tenir le coup pendant longtemps, mais la course a ensuite montré son côté impitoyable : Riou a abandonné en raison d'une collision avec des débris flottants, Stamm en raison de défaillances techniques, et Jean-Pierre Dick a perdu le contact avec le même système météo que ses adversaires peu avant l'Australie suite à un problème avec une voile. Il en a résulté un énorme retard qui s'est rapidement approché des 1000 milles nautiques.

Ensuite, il n'y avait plus qu'àle Un duel de haut niveau. Et quel match ! François Gabart et Armel Le Cléac'h ne se sont pas fait de cadeaux pendant environ 27 000 milles nautiques. Ils ont traversé la distance entre l'Afrique du Sud et l'Australie à une vitesse record. Les deux hommes se connaissent bien grâce au cirque Figaro et se sont même beaucoup entraînés ensemble. Le Cléac'h a parfois tenté de forcer une décision préalable en prenant des décisions tactiques risquées, par exemple en contournant des zones de haute pression dans l'océan Indien, en naviguant loin, très loin de ses adversaires. Mais Gabart s'est toujours rapproché et a finalement repris l'avantage dans l'océan Indien. Presque toujours, il semblait pouvoir gagner le petit tic décisif en matière de vitesse de bateau. Dans une interview, son mentor Michel Desjoyeaux a attribué cela entre autres à un reacher très plat ("Blast Reacher") que le skipper de "Macif" a développé pour des conditions de vent autour de 35 nœuds.

Le Cléac'h se battait, essayait de mieux prendre chaque gros virage, mais François Gabart répliquait toujours de manière souveraine et reprenait l'avantage. Jusqu'au Cap Horn, la lutte semblait encore si équilibrée qu'une victoire de Le Cléac'h semblait tout aussi possible. Mais en contournant un anticyclone peu après le Cap Horn, il a viré à l'ouest pour s'éloigner de son adversaire, Gabart a choisi une variante à l'est. A partir de là, le skipper de "Macif" a continué à naviguer lentement mais sûrement, augmentant pour la première fois son avance à plus de 100 milles nautiques après l'équateur. Peut-être que son bateau est tout simplement le plus rapide, surtout dans le vent, peut-être que c'est une voile moins optimale ou défectueuse chez Le Cléac'hs - nous le saurons probablement dans quelques jours, lorsque les deux skippers dévoileront leurs cartes pour la première fois lors des conférences de presse. Peu avant l'arrivée, des rumeurs ont également fait état de problèmes avec les ballasts de "Banque Populaire" de Le Cléac'hs. Mais ce qui est certain, c'est que les deux hommes se sont poussés à un niveau extrêmement élevé tout en maîtrisant parfaitement leur matériel, ce qui leur a évité les petites défaillances décisives qui ont finalement écarté Jean-Pierre Dick ou Bernard Stamm de la course à la victoire.

Une autre raison de l'énorme vitesse du vainqueur de la Vendée de cette année est, selon son concurrent éliminé Vincent Riou ("PRB"), l'énorme amélioration des pilotes automatiques, comme il l'a expliqué à la télévision lors de l'arrivée. Il est désormais possible de laisser les bateaux se débrouiller seuls à une vitesse de 20 à 25 nœuds, ce qui permet au skipper de mieux se régénérer ou d'analyser la tactique.

Le sunnyboy contre le combattant breton

Gabart, 29 ans, a fait preuve d'une décontraction et d'une gaieté étonnantes tout au long de la course. Si l'on a d'abord pensé qu'elle était un peu artificielle pour démotiver l'adversaire, il est devenu de plus en plus clair vers la fin que ce garçon prenait tout simplement un plaisir incroyable à courir autour du monde. Alors que ses adversaires se plaignaient du stress, semblaient fatigués et épuisés lors des vidéoconférences, publiaient des photos sur lesquelles ils ressemblaient à de pâles zombies, François Gabart avait toujours l'air frais. On n'a pas oublié quand, après son record de 24 heures (534,48 miles nautiques), il a dit aux interviewers des médias de la course, stupéfaits, qu'il avait vraiment bien dormi parce que le pilote de la voiture avait fait le plus gros du travail. Il a dit et répété qu'il appréciait le combat avec Le Cléac'h, qu'il le considérait comme un plaisir et non comme un stress. Le temps passé en mer est ce qu'il y a de plus beau pour lui qui, à l'âge de sept ans, avait déjà navigué avec ses parents sur son propre bateau pendant un an, traversant les Canaries jusqu'aux Caraïbes et revenant ensuite en Europe. Dans certains films et vidéos, son adversaire Le Cléac'h semblait au contraire extrêmement tendu, semblant presque forcer la victoire, ce qui lui a valu la comparaison peu flatteuse de "Darth Vader versus the Sunnyboy" dans les médias britanniques.

Le bateau le plus rapide du peloton

L'un des nombreux indices qui laissent penser que François Gabart n'est pas simplement le sunnyboy qui apparaît si décontracté sur les photos, c'est son bagage technique. Après tout, il a un diplôme d'ingénieur en poche et passe pour un technicien méticuleux, voire perfectionniste, qui n'a rien laissé au hasard lors de la préparation de son bateau. De plus, il navigue probablement sur le meilleur bateau de la flotte : le "Foncia", construit en 2011 et optimisé par le grand maître Michel Desjoyeaux en personne. Avec lui, il avait pris le départ de la Barcelona World Race sur ce bateau, mais un démâtage précoce les a mis hors course. Malgré cela, Gabart n'a signalé aucun problème technique majeur à bord. Peut-être un peu de tactique pour ne pas laisser l'adversaire soupçonner un avantage, mais certainement l'indice d'une préparation impeccable.

Sur le plan de la navigation, sa carrière a été courte mais fulgurante : de l'Opti à l'Europe (tous deux clôturés par des titres de champion), puis au Tornado, avant de poursuivre dans la classe Figaro, où il a terminé deuxième en 2010 derrière Armel Le Cléac'h. Enfin, le saut dans la discipline reine de la voile en solitaire, l'Open 60s. Gabart avait remporté le grand concours de skippers talentueux organisé par son sponsor Macif, une grande compagnie d'assurance. C'est ainsi qu'il a rejoint en 2008 l'équipe qui a ensuite repris le "Foncia" à Michel Desjoyeaux. Dès le début, il a connu le succès : une deuxième, une quatrième, puis une première place dans des courses transatlantiques. Seule la grande fugue, une course autour du monde, manquait à son CV - une des raisons pour lesquelles beaucoup voyaient Le Cléac'h en tête, lui qui en était à son deuxième Vendée Globe et avait terminé troisième la dernière fois. Au départ de la course en novembre, François Gabart était considéré comme un grand talent sur un super bateau, mais personne ne savait à quel point il pouvait en tirer profit. Maintenant, nous le savons : 100 pour cent.

Partager l'article :
Andreas Fritsch

Andreas Fritsch

Rédacteur Voyage

Andreas Fritsch est né en 1968 à Buxtehude et navigue depuis son enfance sur l'Elbe, puis sur la Baltique, d'abord en dériveur, puis sur ses propres quillards. Après des études de sciences politiques, de littérature allemande et d'histoire à Münster, il a commencé à travailler comme journaliste et a rejoint la rédaction de YACHT en 1997. Depuis 2001, il se concentre sur les thèmes du voyage et du charter, ce qui l'amène à naviguer dans presque toutes les zones de navigation du monde et à affréter régulièrement des bateaux, surtout en Méditerranée, où sa zone de prédilection est la Grèce. Il a écrit deux guides de navigation pour la Méditerranée (Guide de la mer Ionienne et Guide de la côte turque). Outre les voyages, il est fan de la scène Open 60 et Maxi Tri et écrit régulièrement sur ces sujets dans YACHT. Depuis quelques années, il navigue sur la mer Baltique avec un classique en fibre de verre de type Grinde.

Les plus lus dans la rubrique Régate