Telle une comète lumineuse, François Gabart s'est hissé en tête des meilleurs solitaires lors de sa première édition du Vendée Globe. Le "Golden Boy" est désormais assailli de toutes parts. Près de 350 000 personnes ont acclamé le plus jeune vainqueur du Vendée de l'histoire, âgé de 29 ans, et nouveau détenteur du record, dans le port d'arrivée des Sables d'Olonne lorsqu'il a pris la parade dimanche matin. La star silencieuse a profité de l'agitation, de la première étreinte de son épouse suédoise Henriette, n'a cessé de féliciter son équipe, a surtout indiqué que sa bonne préparation au marathon des mers était à l'origine de son succès et n'a pas oublié l'homme qui a été son égal pendant près de 80 jours : Armel Le Cléac'h a franchi la ligne d'arrivée trois heures, 17 minutes et 12 secondes seulement après François Gabart, après 78 jours, 5 heures et 33 minutes de mer.
Gabart a immédiatement envoyé ses félicitations au vaincu, qui a terminé deuxième du Vendée Globe pour la deuxième année consécutive : "Merci, Armel Le Cléac'h ! Ce que nous avons vécu ensemble était extraordinaire ! Pour deux marins comme nous, c'était un privilège de pouvoir vivre un tel duel en tant qu'acteurs directs. Armel est l'une des raisons pour lesquelles ce Vendée Globe a été si spécial. Et oui, merci Armel de ne pas m'avoir rattrapé" ! Gabart a d'abord laissé planer le doute quant à sa décision de participer à nouveau au Vendée Globe : "Je dois d'abord dormir quelques nuits et y réfléchir intensément. Il faut en avoir une envie très profonde. Pour l'instant, je ne l'ai pas. Mais cela pourrait revenir dans quelques jours ou quelques semaines. Si je le refais, ce sera uniquement parce que je le veux vraiment. Sinon, c'est dangereux et malsain".
Armel Le Cléac'h a déclaré après avoir franchi la ligne d'arrivée dimanche soir : "Je suis satisfait de ma course à 99%". Le pour cent restant a coûté au sympathique Français ses chances de victoire au large de l'Uruguay. Là-bas, il avait décidé de virer au nord-ouest pour être le premier à atteindre les vents de nord-ouest prévus. Mais ceux-ci ne sont pas arrivés. Au lieu de cela, Le Cléac'h, qui avait mené la course pendant plus d'un tiers du parcours, s'est retrouvé dans le piège du calme plat et a dû laisser son adversaire Gabart s'éloigner. Il n'a pas pu combler le retard de 200 miles nautiques qui en résultait dans le sprint final. Les éloges ont néanmoins fusé de toutes parts. Jean Le Cam a déclaré : "Il n'y a pas de grand vainqueur sans un grand second".
Gabart lui-même est resté modeste face à ce triomphe : "Quand j'ai commencé à préparer le Vendée, Macif et moi voulions faire de notre mieux. Nous n'avons pas pensé à la victoire. Nous n'étions pas si ambitieux. Nous voulions livrer une grande course. C'était tout. Mais quand j'ai passé Armel dans l'océan Indien, j'ai su que Jean-Pierre était derrière moi et que Vincent avait été éliminé. C'est là que j'ai commencé à croire que cette victoire était possible".
Le nouveau roi de la voile en solitaire est désormais célébré comme il se doit par la presse internationale. La "Neue Zürcher Zeitung" qualifie Gabart de "nouveau seigneur des mers", le journal français "L'Équipe" évoque "L'accession au trône de François Ier", le quotidien britannique "The Independent" se délecte : "Gabart écrase le record du Vendée". "Le Figaro" constate : "François Gabart, l'enfant prodige du Vendée Globe". Et le journal breton "Ouest France" s'enthousiasme : "Gabart - le chaud lapin est un marin pressé".
La liste des félicitations n'a pas cessé de s'allonger après l'arrivée. Le Britannique Mike Golding de See a également envoyé un courriel de félicitations personnel. Il y écrivait : "François, que pouvons-nous dire d'autre que nos sincères félicitations ? Mais cela semble totalement inapproprié pour ce que tu as accompli aujourd'hui. Ta course incroyable, et - il faut le dire - celle de tout le groupe de tête, nous a offert, à nous chasseurs de l'arrière en 2012/2013, quelque chose de fantastique (même si cela a été frustrant par moments). C'est un rêve dont il faut profiter. Il semble que Mer Agitée t'ait transmis l'ADN de haute performance de ton mentor Mitch (Michel Desjoyeaux, ndlr). Pourtant, tu as su garder ton propre caractère et ton propre style. Quelle formule ! Profite de ce moment aux Sables d'Olonne. Je suis sûr que ce n'est que le début pour quelqu'un d'aussi jeune et d'aussi talentueux que toi".
Alors que des centaines de journalistes et d'équipes de télévision s'entretenaient avec les vainqueurs le lendemain de leur triomphe, Alex Thomson faisait dériver son "Hugo Boss" en direction du port d'arrivée. Le Britannique avait encore environ 900 miles nautiques à parcourir lundi midi. Le rêve d'une place sur le podium est à portée de main. Parallèlement, Thomson a annoncé qu'il ne quitterait pas des yeux son concurrent Jean-Pierre Dick, qui "boite" sans quille à travers l'Atlantique, et qu'il le soutiendrait en cas de besoin.

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