Hier soir, Alex Thomson, en tête, a empanné son "Hugo Boss" en direction du Portugal continental afin de trouver plus de vent et de contourner la zone de vents faibles qui s'approchait par l'ouest. Peu après, Jean-Pierre Dick ("St. Michel-Virbac") le suivait. Le troisième du trio de tête, Armel le Cléac'h ("Banque Populaire VIII"), a décidé de continuer à naviguer par le chemin le plus court et le plus direct et de rester avec le peloton. Il a ensuite pris brièvement la tête de la course. Près de 100 milles séparent désormais les trois bateaux anciennement en tête dans le sens est-ouest.
Lors de la mise à jour des positions ce matin à 8 heures, Jean-Pierre Dick et Thomson se sont retrouvés devant Le Cléac'h, avec seulement 0,5 mille d'écart. Actuellement, la route de l'est semble porter ses fruits : Alors que les deux leaders naviguent toujours à 14 nœuds de vitesse, le peloton à l'ouest ralentit déjà nettement et navigue parfois à une vitesse nettement inférieure à 10 nœuds. Les VMG diffèrent tout autant.
Thomson et Dick prennent ainsi un grand risque car, selon les météorologues de la direction de course, il est encore possible qu'un petit front apporte un peu plus de vent que prévu au peloton à l'ouest dans le courant de la journée. Mais jusqu'à présent, l'échappée vers l'est semble porter ses fruits.
Depuis le bord de l'Open 60, Yann Eliès a perçu positivement les événements en tête : "Le vent plus léger nous avantage avec les bateaux sans foil. Il ne devrait plus être aussi facile pour les leaders de nous distancer !" En réalité, l'écart s'est toutefois creusé entre-temps à un peu plus de 20 milles, contre environ 14 hier.
Le meilleur skipper sur un des bateaux les plus anciens reste Vincent Riou avec son "PRB" à la quatrième place. Mais le prix à payer est élevé, comme il l'a fait savoir hier : "J'ai dépensé beaucoup de mon énergie pour pouvoir rivaliser avec les foilers", a-t-il annoncé hier depuis le bord, un peu épuisé. Apparemment, il doit vraiment exploiter son bateau à 100 %, changer plus souvent de voile, régler en permanence pour rester dans le coup. Ce n'est pas une perspective réjouissante avec environ 65 pour cent d'espace sur le parcours, ce qui devrait avantager les foilers.
La journée d'hier a été douloureuse pour le Français Jérémie Beyou, qui tirait au vent avec son "Maitre Coq" lorsque son safran à vide s'est soudainement relevé. "Le bateau a viré brusquement au vent et je suis tombé la tête la première sur un winch et je me suis cassé une dent", a-t-il raconté. Il ne reste plus qu'à espérer que la blessure ne soit pas si grave qu'il doive abandonner. Avec son aîné Open 60 (l'ex-"Banque Populaire"), qui a rajouté des foils, il fait partie des concurrents les plus excitants du peloton, et il est connu pour être un rude combattant. Sa victoire lors de la dernière Transat, où il a battu les nouveaux foilers, lui a valu beaucoup de respect.
Au cours de la journée, les météorologues prévoient une diminution des vents de nord-ouest, environ 8 nœuds, qui devraient ensuite tourner au nord-est. Demain, le champ devrait alors passer les Canaries et s'enfoncer progressivement dans les alizés.

Rédacteur Voyage