Quelques heures après l'abandon de Kito de Pavant, c'est au tour de Sébastien Josse et de son "Edmond de Rothschild" d'être définitivement touchés. Alors qu'il boitait depuis deux jours dans les eaux tumultueuses de l'océan Indien avec un foil bâbord sérieusement endommagé, il a annoncé son abandon. Dans un premier temps, il avait annoncé qu'il tenterait une réparation. Mais visiblement, cela ne semble pas possible.
Après l'abandon, Josse a raconté une nouvelle fois comment le dommage s'était produit :
Je n'ai pas vraiment navigué dur sur le bateau au moment de l'accident, mais les conditions étaient rudes. Le vent soufflait à 35 nœuds et la mer était montée à quatre bons mètres. J'ai alors descendu une vague à 30 nœuds ; l'étrave s'est enfoncée dans la vague suivante et a freiné à 10 nœuds. Cela n'a duré que quelques secondes. Lorsque le bateau a de nouveau accéléré, j'ai réalisé que quelque chose n'allait pas. Le foil bâbord était dans l'eau, même si je l'avais rattrapé à cause de la houle. J'ai donc ouvert le couvercle du puits de dérive et j'ai découvert que l'extrémité intérieure du foil, à laquelle sont fixés les cordages pour la remontée et la sortie, était cassée et ne tenait plus que par deux vis. Il y a donc un risque que la dérive glisse, se coince sous la pression et fasse levier sur le puits de dérive, ce qui entraînerait une forte infiltration d'eau. J'ai donc empanné rapidement pour relâcher la pression sur le foil. Malheureusement, cela ne collait pas bien avec la météo : Pour ménager la dérive, j'aurais dû continuer à naviguer au nord-est, mais c'est précisément là que la tempête était la plus forte. J'ai donc dû virer au sud-ouest et charger le foil. C'était compliqué...
Pendant que le Français naviguait très prudemment dans la tempête avec son "Edmond de Rothschild" sous troisième ris, l'équipe essayait fébrilement d'élaborer une possibilité de réparation. Les propositions lui ont été transmises. "Quand tu fais le Vendée, tu sais qu'il y a des réparations à faire tous les jours. Mais nous parlons ici de petits 'pansements', je ne suis pour ainsi dire qu'une infirmière, pas un chirurgien !"
L'équipe, composée du skipper et des propriétaires de l'équipe, a donc décidé que toutes les options étaient trop compliquées pour être mises en œuvre seule en pleine mer et que le bateau devait être prêt à parcourir les quelque 15 000 milles qui le séparaient de son domicile. C'est pourquoi ils ont décidé d'abandonner. Josse se dirige désormais vers la côte ouest de l'Australie.
Blessure à la rame pour Eric Bellion
Presque au même moment, Eric Bellion a signalé une avarie de safran de son Open 60 "Comme un seul homme". Son voilier a été brutalement projeté sur le côté dans une rafale de plus de 50 nœuds et la tige du safran a été tellement tordue que le safran n'est plus correctement relié à celui-ci. Le quadragénaire a toutefois un safran de rechange à bord et a viré au nord-est pour tenter un échange dans des eaux plus calmes. Reste à savoir si cela sera possible malgré les dommages subis par la tige. Bellion naviguait à la 17e place lorsque l'accident s'est produit.
De l'eau dans le bateau
Et la chaîne des mauvaises nouvelles ne s'arrête pas là : Thomas Ruyant a signalé une forte infiltration d'eau après qu'une vanne d'admission de son système de lest d'eau s'est rompue et que l'eau s'est engouffrée sans retenue dans son "Le Souffle du Nord pour le Projet Imagine". Il a immédiatement empanné pour sortir le trou de la coque de l'eau et l'a sommairement colmaté avec tout ce qui était à portée de main. Entre-temps, il est parvenu à maîtriser l'infiltration d'eau et à pomper la majeure partie de l'eau hors du bateau. Son équipe travaille avec lui à une solution, les pièces de rechange nécessaires devraient être à bord.
Pour le rookie vendéen de 35 ans, les dégâts sont amers, lui qui naviguait jusqu'à présent en 8e position et faisait une excellente course. Il navigue sur le vieux "Groupe Bel" de Kito de Pavant, un modèle VPLP 2008 qu'il a maintenu avec beaucoup de succès dans la limite supérieure de ses possibilités. Le vainqueur de la Mini Transat et de la Route du Rhum en Class 40 est considéré comme un énorme talent et a confirmé cette impression de manière impressionnante jusqu'à présent.
Maintenant, la pointe a le vent en poupe
En tête du peloton, Armel Le Cléac'h ("Banque Populaire VIII") et Alex Thomson ("Hugo Boss") se disputent toujours la tête. Dernièrement, le Français a été plus rapide et a pu mettre 137 milles nautiques entre lui et son poursuivant, mais la situation pourrait à nouveau s'inverser : Depuis peu, les deux naviguent à nouveau sur bâbord avant. De ce côté, "Hugo Boss" a encore un foil intact et les vitesses de Thomson augmentent à nouveau, se situant légèrement au-dessus de la vitesse de le Cléac'h. Il sera intéressant de voir s'il se rapproche à nouveau ou si cela suffit même pour reprendre l'avantage. Mais les deux skippers doivent être prudents : Dès demain au plus tard, une puissante dépression s'approchera d'eux, se renforcera sur la Tasmanie et devrait apporter 30 à 40 nœuds de vent, voire plus dans les rafales.
Paul Meilhat, troisième à environ 1200 milles, est le seul non-foiler de l'avant du peloton à réaliser une très belle performance. Son bateau est le vieux "Macif", le bateau vainqueur de la dernière Vendée de François Gabart. Le foiler "Maitre Coq", qui a été rééquipé, est à nouveau sur ses talons. Jérémie Beyou a visiblement réussi à résoudre les problèmes de sa grand-voile il y a quelques jours et rattrape son retard. Tous deux naviguent depuis plusieurs jours dans des vents tempétueux et le temps risque d'être assez rude dans les prochains temps.

Rédacteur Voyage