Tatjana Pokorny
· 20.02.2017
Son visage s'est rétréci, mais Conrad Colman n'est pas prêt à abandonner son combat vendéen. Sous gréement de fortune, le Néo-Zélandais a encore 300 milles à parcourir avant l'arrivée. Il n'avance qu'à une vitesse atrocement lente, à trois ou quatre nœuds de bateau, et a reculé de la 10e à la 14e place depuis le démâtage du 10 février. Les chasseurs l'ont dépassé les uns après les autres. Mais Colman se bat. Il veut absolument franchir la ligne d'arrivée pour sa première Vendée.
Ses conditions pour les 300 derniers miles nautiques ne sont guère enviables. Les réserves de nourriture sont presque épuisées. Colman avait déjà planifié généreusement pour 100 jours. Mais il en est à son 105e jour. Le kiwi ne se nourrit plus que des dernières soupes en sachet, ne peut plus ingérer qu'à peine 700 calories par jour après le rationnement sévère. C'est très, très peu dans l'hiver européen vers lequel il navigue mille après mille, et au regard des épreuves physiques de son calvaire.
De plus, à bord de son "Foresight Natural Energy", Colman ne peut guère produire d'électricité avec l'hydrogénérateur en raison de la faible vitesse du bateau. Ce qui se répercute à son tour sur les systèmes de bord et aussi sur le Watermaker dont il a un besoin urgent. L'homme s'engage avec ses dernières réserves d'énergie.
Le mât s'est brisé à 730 milles de la ligne d'arrivée dans des vents forts de 30 à 35 nœuds. Il a fallu plusieurs jours à Colman pour installer le gréement de fortune dans des conditions plus calmes. Le navigateur en solitaire, qui vit en France, espère maintenant pouvoir atteindre la ligne d'arrivée ce week-end. Le classement n'est de loin pas important. L'essentiel est d'arriver. Ne pas abandonner !
Colman espère que le soleil brillera à nouveau pour lui, afin qu'il puisse générer de l'électricité supplémentaire grâce aux panneaux solaires. Lors d'un premier entretien avec le quartier général de la course, le skipper venait seulement de donner un aperçu profond de sa vie mentale après le démâtage : "Quand tout est tombé, je ne pouvais tout simplement pas y croire. J'avais l'impression d'avoir échoué. C'était déchirant. Il y a alors des émotions comme 'ma course est terminée'. Le stress du mât cassé. Les voiles qui viennent de passer par-dessus bord, elles coûtent plus cher que ma maison. Et j'ai déjà hypothéqué ma maison. Ça fait vraiment peur. Emotionnellement, financièrement, je me sentais acculé à chaque pensée".
En même temps, Colman savait qu'il n'abandonnerait pas. Il était allé trop loin, trop près de chez lui, et avait consacré trop de sa vie à ce défi. "Il s'agit d'aller jusqu'au bout. J'ai appelé ma femme et le comité de course, je leur ai dit que je n'aurais pas besoin d'aide. Je n'allais pas abandonner. Je voulais attendre et voir ce qui allait se passer".
Les travaux de nettoyage sur le pont se sont d'abord avérés brutalement difficiles dans une houle de quatre ou cinq mètres. Mais ils ont permis à Colman de retrouver une sorte de routine qui lui a redonné de l'énergie. "De plus, les gens de l'extérieur m'ont donné beaucoup d'énergie avec des e-mails et des mots d'encouragement", raconte Colman. Il ne se laissera plus priver de l'achèvement de sa mission. Et il peut certainement s'attendre à ce que, de l'autre côté de la ligne d'arrivée à Ouessant, sa famille et ses amis aient surtout une chose à emporter : A boire et à manger. Et on peut s'attendre à ce que les Français, qui vénèrent leurs héros, réservent au Français d'adoption Colman un accueil plein d'émotion aux Sables d'Olonne.

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