Les deux jeunes Français se sont affrontés sur des milliers de milles, avec une intensité sans précédent dans une course autour du monde. Les leaders ont changé des dizaines de fois, tantôt le "Banque Populaire" de Le Cléac'h, tantôt le "Macif" de Gabart. Pendant des jours, voire des semaines, seuls des dixièmes de nœuds les séparaient dans la vitesse du bateau. Et maintenant, la course entre dans sa dernière ligne droite : la remontée de l'Atlantique Sud jusqu'à l'équateur est très exigeante sur le plan tactique, avec divers pièges pernicieux. Il s'agit d'éviter le contre-courant qui s'installe au sud, juste sous la côte de l'Amérique du Sud, et de prendre correctement deux zones de haute pression au nord. Celui qui "rate" le passage entre les deux zones de pression perd des milles importants, pire encore, il peut même perdre le contact s'il sort du système météo de l'adversaire.
Pour l'instant, il semble que François Gabart choisisse de traverser plutôt vers l'est l'anticyclone qui se trouve devant eux et qui se déplace lentement vers l'est, tandis qu'Armel Le Cléac'h opte pour une variante vers l'ouest et prend pour l'instant plus d'altitude que son rival. Gabart se dirige ainsi plus longtemps vers le nord-est avec les vents plus forts de la dépression qui s'éloigne, mais il prend le risque de devoir parcourir plus de distance et peut-être de rester plus longtemps dans la haute pression. Près de 30 milles les séparent désormais dans la direction est-ouest.
Le Cléac'h reste ainsi fidèle à la ligne de conduite qu'il a souvent adoptée en course, à savoir privilégier la route directe vers l'arrivée, même si cela nécessite des phases nerveuses durant lesquelles la vitesse du bateau baisse drastiquement. Il l'a prouvé à plusieurs reprises lors de l'approche des Icegates dans l'océan Austral. En tout cas, c'est une situation très intéressante.
Un peu inaperçue, la course s'est à nouveau emballée derrière les deux leaders. Jean-Pierre Dick, qui avait perdu le contact avec le duo de tête peu avant l'Australie en raison d'un problème technique, s'est à nouveau rapproché. Il a profité d'un bon vent au cours des dernières 48 heures, alors que les deux leaders ralentissaient déjà nettement. Son retard, qui était parfois d'environ 1000 milles, s'est réduit à 367 et il semble qu'il puisse continuer à profiter de la situation météorologique pas si simple devant ses deux compatriotes. Sa route vers le nord semble actuellement un peu plus directe, ce qui lui permet probablement de continuer à gagner des milles.
Derrière lui, Alex Thomson et son "Hugo Boss" continuent de naviguer solidement à la quatrième place, avec environ 250 milles d'écart, mais sans vraiment avoir la possibilité de se rapprocher rapidement. Derrière lui, le grand écart se creuse jusqu'à ce que le peloton principal, mené par Jean Le Cam, suive. Le Suisse Bernard Stamm le traverse au pas de course, probablement avec une bonne dose de colère après sa disqualification par la direction de course pour "outside assistance". Il a demandé la révision de la procédure, entre-temps presque tous les skippers du peloton ont demandé plus ou moins clairement que le jury revienne sur sa décision. Bien sûr, il n'y a plus aucune chance pour lui de naviguer pour une place sur le podium, mais il serait très souhaitable pour le Suisse de terminer la course de manière régulière.

Rédacteur Voyage