Trois jours déjà que Jean-Pierre Dick réussit une sorte de quadrature du cercle : il fait traverser l'Atlantique à son "Virbac Paprec 3" sans bombe de quille. Il avait perdu cette bombe de plusieurs tonnes, si importante pour la configuration du bateau, à 550 milles au nord-ouest des îles du Cap-Vert. "Mon rêve de troisième place", a annoncé Dick peu de temps après, "a sombré tout à coup".
Depuis, cet homme de 47 ans, que son ami Loïck Peyron appelle le "gentleman skipper", navigue comme sur un volcan qui peut entrer en éruption à tout moment. Les seuls éléments qui permettent à Dick et à son "Virbac Paprec 3" de garder le cap sont la quille restante, le gouvernail, les voiles et surtout le lest d'eau mobile. "Ce n'est pas facile", dit Dick, "je me trouve dans une zone de haute pression avec seulement douze ou treize nœuds de vent. Ce n'est pas une tâche facile pour un bateau sans quille. Je ne peux pas mettre de grandes voiles, mais les ballasts sont pleins et assurent une certaine stabilité. J'ai parlé avec Bilou et Marc Guillemot, qui ont tous deux vécu des situations similaires. Bien sûr, je pourrais naviguer plus vite avec une quille. Je ne pense plus tellement à ma troisième place. Je verrai si je peux terminer la course si les conditions le permettent, mais je ne peux pas prendre trop de risques pour moi ou pour le bateau. Je devrais atteindre les Açores vers le 27 janvier. Là-bas, je pourrais rencontrer des vents d'ouest d'environ 25 nœuds. Cela m'aidera à voir comment le bateau se déplace lorsque la houle et le vent se renforcent. Je prendrai ensuite ma décision en fonction des éléments et en échangeant avec quelques autres personnes".
Thomson sur le podium ?
L'avance de Dick sur le Britannique Alex Thomson, quatrième, avait fondu à environ 35 milles nautiques vendredi matin. Ce n'est qu'une question de temps avant que Thomson ne passe devant le Français. Pour Dick, qui avait déjà été malchanceux lors du dernier Vendée Globe, atteindre la ligne d'arrivée serait maintenant le plus grand succès possible, quelle que soit la place.
François Gabart et Armel Le Cléac'h ont d'autres projets. Le duel entre les deux skippers de tête se poursuit. Deux jours avant le passage attendu de la ligne d'arrivée, Gabart défend une avance plutôt confortable d'environ 100 milles nautiques. Mais il reste encore près de 900 milles à parcourir sans encombre jusqu'à la ligne d'arrivée, dans un trafic maritime de plus en plus dense.
Le Village de la course ouvre aujourd'hui
Pendant ce temps, la petite ville portuaire française des Sables d'Olonne, qui ne compte que 14 000 habitants environ, se prépare à l'état d'urgence. Jusqu'à un demi-million de visiteurs sont attendus dans les prochains jours au Village de la Course, qui ouvre ses portes aux visiteurs dès aujourd'hui à 10 heures. La cérémonie d'ouverture officielle aura lieu l'après-midi à 15 heures. Selon les prévisions actuelles, les premiers héros sont attendus dimanche matin. Sur les 20 skippers solos qui ont pris le départ à l'origine, douze sont encore en course.