Dans une interview accordée au journal français "Le Télégramme", le double vainqueur du Vendée Globe Michel Desjoyeaux s'est exprimé sur la lutte actuelle entre les deux leaders. Tous deux ont eu leurs moments forts et leurs moments faibles, explique le Français. Thomson a réalisé une belle performance au passage du Cap Vert et a également pris des décisions très fortes plus tard dans l'Océan Austral, au bord de la banquise. En revanche, il a manqué une bonne occasion au large de l'Argentine : "Sur mes modèles météo sur ordinateur, il serait maintenant en tête s'il avait pris la bonne décision là-bas !"
Bien que Desjoyeaux estime qu'Armel Le Cléac'h a globalement réalisé la meilleure performance, notamment dans le Pacifique, il pense qu'il est possible qu'Alex Thomson dépasse le leader jusqu'à l'arrivée. "Armel s'attend à un Atlantique Nord très compliqué. Lorsque j'ai passé les données dans l'ordinateur, les trois bateaux de tête ont franchi la ligne d'arrivée en l'espace de douze heures !" Selon lui, un retour est tout à fait possible, d'autant plus que la quasi-totalité du parcours se fera sur bâbord avant, qui a encore un foil intact sur Thomson. Et il a prouvé que son Open 60 est rapide. A la question de savoir sur qui il miserait pour gagner, Desjoyeaux a répondu : "Je suis un joueur, je miserais sur Thomson !"
Pour l'instant, le Britannique est revenu à 77 milles du leader, mais Le Cléac'h va aussi s'échapper du pot au noir plus tôt aujourd'hui et reprendre des milles. Ce matin déjà, à 9 heures, le balancier était revenu en faveur de "Banque Populaire VIII", plus rapide de trois bons nœuds à 10 nœuds. D'ici demain, l'écart devrait probablement se creuser à nouveau à 150 milles ou plus. Mais tous deux se dirigent vers une situation météorologique très instable. Il y a une grande dépression autour du Cap-Vert qui se résorbe lentement et laisse derrière elle des conditions de vent très "trouées" qui ne devraient se stabiliser que dans les prochains jours - de bonnes "chances" que l'un des deux skippers se verrouille et se gare quelque part pour une demi-journée. Le suspense reste donc entier jusqu'à l'arrivée.
Le troisième rieur du week-end est Jérémie Beyou qui, avec son "Maitre Coq", a réussi à reprendre près de 200 milles aux deux leaders et à se rapprocher à 585 milles. Mais il se dirige maintenant vers le Pot au Noir, et l'écart devrait à nouveau se creuser un peu - le fameux "effet élastique" des calmes. Mais globalement, les modèles météo lui prédisent une bande de vent faible bien plus étroite que les quelque 300 à 350 milles que Thomson et Le Cléac'h ont dû traverser.
Huitième skipper, Nandor Fa, 63 ans, a passé hier le Cap Horn avec son "Spirit of Hungary", 16 jours après le leader. Il s'agissait en tout du cinquième tour pour le Hongrois, qui réalise jusqu'à présent une excellente course. Il a conçu lui-même son Open 60 et l'a construit avec beaucoup de travail personnel en Hongrie.

Rédacteur Voyage