29 skippers sont cette fois-ci au départ, ce qui représente l'un des plus grands nombres de participants après l'année record 2008/2009 et ses 30 coureurs. Mais cette fois-ci, la densité des performances n'est pas aussi élevée qu'à l'époque, et il y a moins de bateaux capables de gagner. Cela est dû au saut de génération vers les foilers, qui devrait avantager sur le papier les sept bateaux qui en sont équipés.
Mais ce n'est pas aussi simple que cela. Le foiling "No way back" du Néerlandais Pieter Heerema est certes tout neuf, mais le skipper de 65 ans n'a aucune chance de monter sur le podium. Certes, son Open 60 est un bateau de haut niveau, conçu par le tandem Verdier/VPLP Design et construit chez Persico, mais il ne faut pas trop en attendre, faute d'optimisation et d'entraînement à long terme, et vu l'âge du skipper.
L'âge est de toute façon un mot clé de cette édition de la Vendée. Jamais auparavant autant de "dos argentés" n'avaient pris part à la course. Avec Rich Wilson ("Great American IV"), Nandor Fa ("Spirit of Hungary"), Pieter Heerema ("No Way Back"), Enda O'Coineen ("Killcullen Voyager"), ce ne sont pas moins de quatre skippers, dont certains ont largement dépassé la soixantaine, qui sont au départ. Au vu des épreuves physiques et de leurs bateaux parfois très anciens, ils sont sans doute plutôt classés dans la rubrique "Participer, c'est tout" ! Mais la Vendée a toujours été un terrain de jeu pour les aventuriers qui veulent réaliser le rêve de leur vie.
Les chances de monter sur le podium sont tout aussi minces pour certains jeunes concurrents, pour qui la participation avec de vieux bateaux ou un budget trop faible est une chance de briller par une bonne performance. C'est le cas du Suisse Alan Roura, 23 ans ("La Fabrique"), de l'Espagnol Didier Costa, 35 ans, sur l'ancien "Kingfisher" d'Ellen MacArthur, aujourd'hui "One Planet one Ocean", ou des Français Romain Atanasio, 39 ans, ou Sébastien Destremau.
Le solide milieu de terrain est mené par de vieux briscards :Yann Eliès avec "Queguiner-Leucémie", qui navigue avec le vieux "Safran" dans un des Top Open 60 sans foils. OuKito de Pavantqui devrait également être rapide avec "Bastide Otio", l'ancien "Hugo Boss" qui a terminé troisième lors de la dernière course. Le troisième estJean Le CamAvec quatre participations, il fait partie de l'histoire de la Vendée et navigue en Open 60 avec "Finisterre Mer Vent", que Jörg Riechers a parfois fait évoluer sous le nom de "Mare". Le nouveau venu dans le peloton de tête est le jeunePaul Melhat ("SMA"), qui conduit le bateau vainqueur de la dernière édition vendéenne de François Gabart. L'homme de 34 ans est encadré par l'équipe de Michel Desjoyeaux, qui a toujours su créer la surprise.
Qui sont les grands favoris ?
Les candidats les plus sérieux à la victoire sont notammentArmel le Cléac'hsur "Banque Populaire", qui a déjà terminé deux fois deuxième et qui, lors de la dernière édition, a franchi la ligne d'arrivée quelques heures seulement après le vainqueur François Gabart. Il vient d'une des deux méga-équipes au budget le plus élevé, qui s'offrent des Open 60, des Maxi-Tris et d'autres classes, et qui possèdent de grands départements de design in-house. Il est considéré comme agressif, mais aussi suffisamment prudent pour ne pas surcharger le bateau. Le Français a faim de victoire, le seul problème pourrait être la forte pression des attentes.
Son plus grand adversaire sur le papier est sans douteSébastien Jossequi navigue sur "Edmond de Rothschild" dans le deuxième top team "Gitana" du Baron Rothschild. Expérimenté, polyvalent (deux Vendée Globes, Volvo Race, Maxi-Tris...) et d'une rapidité contestée. Ces deux-là pourraient bien se livrer à une bataille acharnée. Ces deux bateaux sont considérés comme les plus avancés.
Il souhaite égalementJean-Pierre Dick "Michel-Virbac" aura son mot à dire. Ce Français, vétérinaire de formation, qui pourrait plus ou moins financer son équipe de sa poche, possède l'un des meilleurs bateaux de VPLP, mais n'a pas encore pu briller lors des courses de préparation et a connu des problèmes techniques. Il a remporté deux fois la Barcelona World Race et plusieurs fois des courses de transat en double. Mais il n'a pas encore remporté de grands succès en solitaire, il a récemment été éliminé de la Vendée à cause d'une fracture. On attend avec impatience de voir s'il est capable de créer la surprise.
Et puis il y a le seul non-Français qui veut et peut se battre pour la victoire : le Britannique.Alex Thomson avec son "Hugo Boss" noir de jais. Quatrième participation, troisième place la dernière fois, il doit enfin réussir à ramener le trophée de France. Comme toujours, son bateau est radical, avec les foils les plus longs, sans doute le plus extrême en termes de construction légère. Auparavant, il avait la réputation de pousser trop fort et de surmener le matériel. Mais il a mûri ces dernières années, il est devenu plus patient, il s'est davantage concentré sur la technique et s'est clairement amélioré en matière de tactique et de météo, autrefois son point faible. Son bateau a failli être perdu en 2015 après un chavirage avec démâtage, mais tout devrait être clair pour le départ. Seul bémol : peu avant le départ, les foils Génération 2 de son bateau se sont cassés, il est au départ avec les anciens profils. Reste à savoir s'il pourra être dangereux pour les deux skippers de pointe. Mais il est toujours prêt à surprendre.
Elle pourrait aussiMorgan Lagraviéreêtre. Le Français navigue sur "Safran", un bateau de haut niveau, qui est en outre encadré par la légende de l'Open 60 et le très bon manager de l'équipe, Roland Jourdain, comme chacun sait. Le jeune homme de 29 ans est considéré comme très talentueux, mais n'a pas encore une grande expérience du tour du monde en solitaire - mais cela n'a pas empêché François Gabart de gagner la dernière fois. Mais c'est certainement un skipper à suivre de près.
Difficile à calculerJérémie BeyouIl est le seul ancien Open 60 à avoir été équipé de foils sur son "Maitre Coq". Il est considéré comme rapide, ambitieux et désormais suffisamment expérimenté. Lors de la Transat il y a quelques mois, son bateau était extrêmement rapide et a probablement surpris toutes les équipes avec de nouveaux bateaux. Les foils ont été conçus par le spécialiste des foils AC des Néo-Zélandais.
Last but not least, l'ancien champion et unique vainqueur du Vendée Globe au départ :Vincent Riou avec son "PRB". Il est de loin considéré comme l'Open 60 non foil le plus rapide de la flotte. Riou est l'un des meilleurs skippers polyvalents de la flotte, et le bateau est désormais plus sophistiqué et techniquement parfait que tout autre. Il a récemment déclaré que son "PRB" était le moins fatigant à naviguer de toute la flotte, faisant ainsi allusion à la fatigue rapportée par les foilers : mouvements extrêmes dans une mer agitée, bruit parfois assourdissant des foils. Il a décidé de ne pas les utiliser, car son bateau semblait encore plus rapide que les foilers en 2015. Mais en 2016, l'équipe a rattrapé son retard à pas de géant avec les foils, laissant le racer orange derrière elle. Alex Thomson a chiffré pour YACHT son avantage sur "PRB" dans de bonnes conditions de foil à 50 milles par jour. Il faudra donc voir s'il est à la hauteur en termes de vitesse de bateau.
En tout cas, les fans peuvent se réjouir d'une course de haut niveau dimanche midi, le temps semble stable et devrait apporter des conditions idéales avec environ 15 à 20 nœuds de nord-ouest - en particulier pour les foilers.
Dès le coup d'envoi le 6 novembre, YACHT suivra la course en ligne dans la rubrique Vendée Globe. Plus d'infos sur la course dans le dernier YACHT, numéro 23/2016.

Rédacteur Voyage