Jochen Rieker
· 06.11.2020
Lors de la dernière Volvo Ocean Race, il a participé au comité de course avec Conrad Coleman en expliquant la tactique des concurrents, ce qui l'a fait connaître à des millions de navigateurs du monde entier. Depuis deux ans, le Britannique fait partie de l'équipe Malizia de Boris Herrmann en tant que co-skipper.
Will Harris, qui a également fait parler de lui l'année dernière dans la classe Figaro, est considéré comme un navigateur expérimenté et un talent polyvalent. Pour YACHT online, ce professionnel de la mer analysera désormais régulièrement chaque week-end le déroulement de la Vendée et commentera la météo ainsi que l'évolution probable du cours des prochains jours. Il complète ainsi la couverture de l'actualité quotidienne de la rédaction, qui débute dimanche.
Voici ses pronostics pour la phase initiale, qui promet d'être tout à fait exigeante :
Nous sommes à moins de 48 heures du départ du Vendée Globe, le 8 novembre à 13h02. Ce fut un défi pour les équipes et les organisateurs de la course d'arriver à cette étape. Et même si les spectateurs ne sont pas autorisés, nous avons la chance que la course puisse avoir lieu. Nous sommes enfin arrivés au stade où nous pouvons voir la météo et la stratégie pour la première partie.
Ce sera certainement une course fascinante. La diversité de la flotte est sans précédent en termes de performances. Environ un tiers des Imoca est composé de foilers flambant neufs. Le reste est un mélange de constructions des 20 dernières années.
Lors de la dernière édition du Vendée 2016, nous avons assisté à un écart de performance entre les bateaux qui s'est finalement traduit par des écarts de près de 8000 milles entre le vainqueur de l'époque, Armel Le Cléac'h, et le dernier à l'arrivée - plus qu'un océan. Je suis sûr que nous verrons quelque chose de similaire dans cette édition.
L'évolution des foils et du design des bateaux au cours des quatre dernières années a permis de gagner encore 20 à 30 % de vitesse par rapport au dernier vainqueur "Banque Populaire" (cette fois de nouveau présent sous le nom de "Bureau Vallée"). Dans les cas extrêmes, le gain atteint même les 50 %. Le record de 74 jours devrait donc être largement battu.
Qu'est-ce qui nous attend maintenant pour la première semaine de course ?
D'un point de vue stratégique, la situation météorologique sera loin d'être simple. L'Atlantique Nord se trouve dans une phase assez active, avec plusieurs systèmes météo qui arrivent rapidement de l'ouest pendant les deux ou trois premiers jours de la course.
Le vent de dimanche sera déterminé par un système de basse pression (L1) dont le noyau se situe à environ 400 miles nautiques à l'ouest de la Bretagne. Ce système s'est déplacé du Portugal vers le nord et poursuivra sa route vers l'Irlande dimanche soir et lundi matin. Au moment du départ, nous attendons 15 à 18 nœuds de vent de sud-sud-est et une mer relativement plate - des conditions parfaites pour un départ spectaculaire du Vendée Globe.
Dès que la flotte naviguera plus loin des côtes, probablement sur une trajectoire ouest à ouest-nord-ouest, le vent se renforcera en direction du centre de la dépression ; nous attendons déjà jusqu'à 35 nœuds pour la première nuit.
La première décision à prendre sera de savoir à quelle vitesse et à quelle distance les skippers navigueront vers l'ouest. Choisiront-ils une route plus directe, donc plutôt sud, ou essaieront-ils de suivre une route plus rapide, plus au nord, pour atteindre plutôt le nouveau vent d'ouest de l'autre côté de la dépression. Les bateaux équipés de nouveaux foils, extrêmement rapides sur les allures de reaching, permettent d'expérimenter de nouvelles variantes tactiques comme celle-ci.
Une fois sur le côté ouest de la dépression, le vent soufflera du quadrant ouest, ce qui permettra à la flotte de virer vers le sud. Mais attention : un pont de haute pression (R1) se déplace rapidement depuis l'ouest et les skippers doivent veiller à ne pas naviguer trop près de la côte portugaise. La pression atmosphérique élevée (H1) qui en résulte n'offre pratiquement pas de vent et bloque la route plus directe vers l'équateur. Il semble que cette situation va perdurer, ce qui ne laisse donc que l'option de continuer à naviguer vers l'ouest pour éviter la zone de vent faible.
Une deuxième dépression peut ensuite entraîner des conditions fraîches à tempétueuses et une mer forte, car un front froid très puissant (CF1) se déplace rapidement vers l'est. Le vent se renforcera rapidement lorsque la flotte s'approchera de ce front ; on peut alors s'attendre à des rafales de 40 nœuds. Il en résultera une mer agitée et abrupte qui pourra atteindre quatre à cinq mètres.
Pour les foilers modernes, cela peut représenter un défi, car l'état de la mer entraîne des mouvements extrêmement désagréables, voire brutaux, et potentiellement des casses. Certains skippers peuvent donc décider de rester un peu plus au sud afin d'éviter les pires conditions. Mais dans tous les cas, la flotte devra traverser le front froid pour atteindre le vent d'ouest favorable de l'autre côté, qui lui permettra de faire route vers le sud.
Dès que ce front froid est passé mardi après-midi, on ne sait plus très bien quelle est la meilleure voie à suivre. Une dépression bloque le flux habituel d'est des alizés, ce qui laisse un désordre dans la répartition des pressions.
Les modèles météorologiques ne s'accordent actuellement pas sur la trajectoire de la dépression. Celle-ci détermine à son tour si les skippers doivent continuer à naviguer vers l'ouest ou plutôt vers le sud. Dans les routages d'ensemble, qui calculent toutes les évolutions et les trajectoires possibles, on constate un écart est-ouest pouvant atteindre 1000 milles nautiques.
La seule chose qui est claire, c'est que l'option à l'est, près des îles Canaries, ne semble pas raisonnable, mais elle ne peut pas non plus être complètement exclue. Il est possible qu'un couloir de vent s'ouvre le long de la côte africaine et qu'une partie de la flotte s'y rende si le reste de l'Atlantique semble trop imprévisible.
Pour les skippers, il s'agit donc d'une décision délicate et importante. Ils ne la prendront probablement qu'un ou deux jours après le départ. Et il est possible qu'à cette occasion, quelques premières grosses lacunes apparaissent déjà dans la flotte.
En revanche, la tactique pour la phase initiale immédiate est claire : il s'agit de naviguer de manière conservatrice et de préserver le bateau de dommages précoces dans les premières dépressions intenses de l'Atlantique Nord.

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