"Les dernières 24 heures, il y avait beaucoup de vent, la mer était très mauvaise. Maintenant, le vent est un peu tombé et nous avons un peu moins de 20 nœuds. Ce n'était pas facile, mais je pense que j'ai bien géré tout ça. C'est la raison pour laquelle je suis troisième. Nous attendons aussi des vents forts pour le Cap Horn. Je vais les gérer à ma façon", résumait Damien Seguin en évoquant l'évolution de la situation entre le 51e et le 52e jour de mer, mercredi matin. "Sa" façon de faire semble être une clé bien adaptée aux derniers jours de l'épreuve dans le Pacifique Sud, qui se montre désormais sous son jour humide et plutôt brutal pour le groupe de tête, après les journées maussades de Noël.
Damien Seguin, qui participe à cette course autour du monde en solitaire avec une seule main, car il est né sans doigt à la main gauche, est depuis longtemps sur toutes les lèvres. Avec son "Groupe Apicil", le multiple champion paralympique et champion du monde tient remarquablement la dragée haute aux meilleurs de la course. Le design Finot-Conq de 2008 avec le numéro de voile FRA 1000, qui a joué le rôle principal dans le film "En Solitaire" sur le Vendée Globe et qui a été modifié pour la neuvième édition du Vendée Globe en cours sous la direction de son compatriote et concurrent chevronné Jean Le Cam, fait mieux que tenir la dragée haute aux jeunes foilers souvent trop impétueux dans les conditions rencontrées jusqu'à présent.
Actuellement, Seguin occupe la troisième place et attaque même le deuxième, Charlie Dalin, avec son projet Verdier "Apivia" de l'été 2019, tandis que Yannick Bestaven continue de mener la flotte en direction du Cap Horn avec sa construction Verdier VPLP de 2015. Selon les calculs actuels, Bestaven pourrait atteindre le Cap Horn dès samedi. Les trois premières générations d'Imoca, très différentes les unes des autres, montrent ce qu'il est possible de faire dans cette classe et dans cette course aux conditions souvent inhabituelles jusqu'à présent. De plus, trois skippers très différents démontrent de quel bois peuvent être faits les meilleurs acteurs du Vendée Globe.
Damien Seguin et Charlie Dalin, par exemple, ne pourraient pas être plus différents. Pourtant, Seguin, navigateur polyvalent et stratège avisé, et Dalin, concepteur de yachts, sont liés par un vieux rêve d'enfant. Tous deux ont grandi là où, dès leur plus jeune âge, ils ont été contaminés par la fascination pour la voile : Dalin, 35 ans, était écolier au Havre, sa ville natale, et flânait sur les pontons des bateaux de la Transat Jacques Vabre. Seguin, 41 ans, a grandi en Guadeloupe et s'est passionné pour les héros de la Route du Rhum. Seguin raconte : "Lorsque nous avons déménagé en Guadeloupe, nous avons regardé la finale de la Route du Rhum 1990. Je ne connaissais pas les détails, mais tout le monde en parlait. Ce fut une révélation. Je me souviens de ces bateaux gigantesques et de ces grands navigateurs à qui on demandait des autographes. Florence Arthaud, Mike Birch, Alain Gautier, Laurent Bourgnon étaient comme des rock stars. J'avais envie de faire comme eux et de suivre leur tableau arrière".
Avant le départ du 9e Vendée Globe, Charlie Dalin s'est lui aussi souvenu de cette période de découverte et d'éveil dans sa jeunesse lors d'une interview avec les organisateurs : "Chez moi, au Havre, je me retrouvais tous les deux ans à rêver parmi les bateaux de la Transat Jacques Vabre. J'allais admirer les machines de course et je suivais les courses à la radio et dans les journaux. Dans les magazines de voile aussi, bien sûr. C'est ainsi que j'ai découvert la mini-transat dans 'Voiles et Voiliers' (réd. : magazine de voile français). J'ai passé des heures à regarder les moindres détails sur les photos". Deux décennies plus tard, Dalin s'élance lui-même pour la première fois en solo autour du monde et, pour sa première, il le fait jusqu'à présent de manière très convaincante, tout comme Damien Seguin.
Seguin rit et dit : "Je suis là et je rêve de passer le Cap Horn dans le top cinq. Ce serait fou ! Mais c'est ce que je vais vraiment essayer de faire. Il me faut encore environ une semaine pour y arriver. Ce sera pour dimanche ou lundi. Mais cette dernière semaine jusqu'au Cap Horn sera difficile. Les modèles météo prévoient différentes choses. Nous verrons bien". Malgré l'euphorie, Seguin reste réaliste : "Les gens ont dit que les foilers allaient accélérer. Cela peut très bien arriver lors de la remontée de l'Atlantique. Nous verrons bien. En tout cas, ce ne sera pas fini au Cap Horn. Nous savons que la remontée de l'Atlantique a souvent été pleine de surprises. Mais pour l'instant, je me concentre sur ce cap mystique" !
Dans son dernier clip, Boris Herrmann montre à quel point les conditions actuelles sont exigeantes et à quel point les bateaux peuvent toujours être rapides, en évoquant le Vendée Globe. Le skipper de "Seaexplorer - Yacht Club de Monaco" est remonté à la septième place mercredi matin à la fin de la 52e journée en mer, avec 250 milles de retard sur le leader Bestaven. Le suspense reste entier sur la route du Cap Horn, car même à l'approche de la fin de l'année, moins de 100 milles nautiques séparaient les bateaux classés de la troisième à la huitième place. Un jour avant la Saint-Sylvestre, Clarisse Crémer a fêté son 31e anniversaire le 30 décembre avec un gâteau, une bougie et un sourire éclatant. Douzième, la skipper de "Banque Populaire X" a défendu son avance de près de 40 milles sur Armel Tripon sur "L'Occitane en Provence". Au milieu du classement, Jérémie Beyou a poursuivi sa fascinante remontée et réduit à 530 milles nautiques l'écart qui le séparait encore la veille de la skipper de "Medaillia", Pip Hare. Le skipper de "Charal" n'a pris le départ du Vendée Globe que neuf jours après le peloton, suite à une casse et des réparations à terre. S'il ne peut plus guère gagner la course, il a tout de même la possibilité de réaliser le meilleur temps.

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