Tatjana Pokorny
· 26.12.2020
Au lendemain de Noël, le groupe de tête du Vendée Globe se dirige vers la longitude de la pointe Nemo, à plus de 2000 milles nautiques au sud de Tahiti, sur sa route orientale. Le leader Yannick Bestaven a pris environ 70 milles d'avance sur son poursuivant Charlie Dalin ("Apivia") au matin du 27 décembre. Le roi du comeback du jour est Thomas Ruyant ("LinkedOut"), qui profite enfin de son détour par le nord pour récupérer sa troisième place après avoir chuté à la dixième place. Boris Herrmann continue de lutter pour chaque mille dans le duel à distance de matchrace avec "le roi Jean" Le Cam. Tôt dimanche matin, moins de deux milles séparaient le Français de 61 ans, quatrième sur "Yes We Cam", de l'Allemand de 39 ans "Seaexplorer - Yacht Club de Monaco". Derrière, Damien Seguin ("Groupe Apicil") s'est rapproché et a réduit son retard sur Herrmann à moins de cinq milles nautiques.
Le leader Yannick Bestaven se porte bien au lendemain de Noël
Les conditions dans le Pacifique Sud, décrites par Boris Herrmann comme un "monde gris", sont exigeantes à leur manière. Le "mur" anticyclonique agité, orienté nord-sud, se trouvait à la fin du 49e jour en mer près de la Pointe Nemo et sa domination devrait bientôt se dissiper. A la place, une petite dépression semble se développer autour de la Pointe Nemo, dont les skippers pourraient profiter s'ils sont bien positionnés.
La flotte n'atteindra pas entièrement la Pointe Nemo elle-même, mais croisera sa longitude vers le sud. Ce point fascinant se situe à 45°52,6 S, 123°23,6 W au sud de l'océan Pacifique. Il n'est pas possible d'être plus éloigné de la terre sur la Terre ! C'est le géomètre Hrvoje Lukatela qui a été le premier à calculer ce point en 1992. Il se trouve exactement à 2688 kilomètres de l'archipel Ducie, de Motu Nui (île voisine de l'île de Pâques) et de l'île Maher en Antarctique. S'il existe quelque part dans le monde des raisons de se sentir seul, la Pointe Nemo en est le lieu.
La flotte a encore une bonne semaine de navigation avant le Cap Horn. "L'atteindre, ce sera ma plus grande fête", se réjouit Boris Herrmann. Dans la lutte acharnée pour avancer le plus vite possible, ce point de repère légendaire sur l'île rocheuse chilienne d'Isla Hornos est le grand motivateur de tous les navigateurs du monde. Une fois qu'il est atteint, ils peuvent tourner à gauche et prendre à gauche la dernière ligne droite atlantique vers le port de départ et d'arrivée des Sables-d'Olonne. "Une fois le Cap Horn passé, nous aurons accompli environ 70% de la course", explique Boris Herrmann, "l'océan Austral sera alors derrière nous et nous serons à nouveau dans des eaux beaucoup plus sûres, et il fera bientôt chaud. Alors passons ces sept prochains jours".
C'est ainsi que Boris Herrmann a décrit son voyage le jour de Noël pour ses jeunes fans. Le doudou de bord Alphonso l'y a aidé...
Pendant ce temps, le Suisse Alan Roura a résolu les problèmes de quille de son bateau "La Fabrique" et, en 15e position, a repris de plus belle la poursuite de Romain Attanasio sur "Pure - Best Western Hotels and Resorts". Derrière lui, Arnaud Boissières ("La Mie Câline - Artisans Artîpole") et la skipper de "Medallia" Pip Hare sont d'humeur à attaquer. Jérémie Beyou, qui n'a pu reprendre la mer que neuf jours après la flotte, suite à une casse en début de course et à des réparations éclair aux Sables-d'Olonne, est remonté à la 18e place. Il a réduit son retard sur Arnaud Boissières et Pip Hare, qui étaient encore loin il y a quelques jours, à seulement 400 milles. Les deux poursuivis le savent bien : Beyou reste affamé et dangereux. La question la plus passionnante au milieu du peloton : jusqu'où l'homme de 44 ans, originaire de la station balnéaire bretonne très prisée de Larmor-Plage, peut-il encore progresser avec son "Charal" ?
Il a lui-même déclaré : "Je navigue mieux quand il y a d'autres personnes autour de moi. Je regarde leurs moyennes. C'est plus facile parce que ça te donne une idée de la direction. Tu peux voir comment tout le monde ralentit ou accélère. Cela t'aide à mieux gérer ton positionnement, et cela t'aide aussi psychologiquement. C'est tout simplement plus amusant. Lorsque j'ai pu quitter Les Sables-d'Olonne, l'un de mes plus grands soucis était d'être seul. Maintenant, je me sens bien dans ce petit groupe".

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