C'est sans doute le Vendée Globe le plus passionnant de tous les temps : Cinq skippers ont pris la tête après la phase initiale, changeant sans cesse de place, des avances de 800 milles sur le peloton fondent en quelques jours à 100. Presque tous les skippers se réparent autour du monde, grâce aux mises à jour vidéo de plus en plus détaillées à bord de presque tous les participants, les fans comprennent la masse de travail que représente le maintien d'un Open 60 en mode course et la quantité de casse permanente.
Mais ce qui est vraiment passionnant, c'est que les nouveaux foilers peuvent dominer la course bien moins que ce que tous les pronostics d'avant la course avaient prédit. Boris Herrmann livre depuis des dizaines de milliers de milles des combats acharnés contre des adversaires apparemment inférieurs en termes de bateaux, comme Jean Le Cam ("Yes We Cam"), Damien Seguin ("Groupe Apicil") ou Benjamin Dutreux ("Omia Water Family"). Louis Burton, sur un bateau de 2016 à petits foils, coupe le terrain comme le proverbial couteau chaud dans le beurre salé breton. Et tout devant, sur un bateau tout aussi vieux, avec les mêmes foils, Yannick Bestaven semble contrôler la course à sa guise - bien que ses poursuivants Charlie Dalin et Thomas Ruyant naviguent depuis des jours sur le côté de la coque avec des foils intacts.
Boris Herrmann a toujours fourni un début d'explication dans les interviews hebdomadaires qu'il donne depuis le bord par le biais d'un zoom : "Les vieux bateaux comme celui de Jean Le Cam ne sont pas plus lents que nous dans le running par vent de travers pur VMG. Les foilers font valoir leurs avantages surtout dans des conditions au vent, dans une mer pas trop formée". Et celles-ci étaient rares jusqu'à présent. Pour illustrer : les nouveaux foils, plus grands, apportent environ 400 kilos de plus à bord ; ensuite, de nombreuses équipes ont constaté que la structure ne pouvait pas supporter les forces dans certaines zones et ont renforcé diverses cloisons et zones. Le chef d'équipe de "DMG Mori" a dit un jour que pratiquement chaque nouveau foiler construit a été ultérieurement stratifié à grands frais. Chaque équipe s'est facilement chargée de 200 à 300 kilos de poids supplémentaire. De plus, les appendices de la plupart des foilers freinent plutôt qu'ils n'apportent de la vitesse dans des vents de moins de 10 à 12 nœuds, car ils ne sont pas complètement rétractés.
Et : la concurrence des non-foilers n'est pas restée inactive : Ryan Breymaier a récemment raconté que Jean le Cam avait tout fait pour que son Open 60 sorte davantage de l'eau par l'avant. Ainsi, il a une chute de mât de 7 degrés vers l'arrière pour que son bateau ne plonge pas trop tôt dans les vagues avec la pointe de l'étrave dans une mer agitée ; en outre, son poids a été optimisé. En cas de mer agitée, le vieux maître peut donc garder le pied sur l'accélérateur plus longtemps. Il est également frappant de constater que Le Cam a parfois navigué beaucoup plus bas que Boris Herrmann sur des parcours accidentés et qu'il était donc plus rapide, car il naviguait certes plus lentement, mais de manière plus directe. Il n'est donc pas surprenant d'apprendre que le "Groupe Apicil" de Damien Seguin a également été optimisé par l'équipe de Le Cam.
Deuxième problème : en tête, deux bateaux dont les foils ont été cassés sans collision avec des objets flottants ("LinkedOut") ou qui ont presque soulevé la dérive de la coque ("Apivia"). Un bateau s'est effectivement brisé sous le poids des foils dans la houle ("PRB"), un autre présentait une délamination massive de la structure d'introduction des forces ("Hugo Boss"). Il est clair que les nouveaux foils, énormes et parfois presque trois fois plus longs, ont le pouvoir de détruire complètement le bateau. En conséquence, leurs skippers naviguent depuis longtemps comme sur des œufs crus. "Je navigue avec des foils complètement enroulés", avoue souvent Boris Herrmann, surtout dans l'océan Indien. De nombreux bateaux sont équipés de capteurs de charge qui doivent se déclencher et protéger contre les surcharges. C'est manifestement souvent le cas.
Il n'y a que deux bateaux pour lesquels cela semble différent : Lorsque Yannick Bestaven a navigué peu avant le Cap Horn dans un temps déjà très mauvais et que Charlie Dalin n'a pas pu le suivre, c'est seulement une phrase dans une vidéo du bord qui a attiré l'attention : "Mon 'Maître Coq' est énormément puissant, je navigue encore avec le foil complet", a-t-il raconté dans une phrase annexe. Les appendices beaucoup plus courts de son Open 60, le vieux "Safran" de Morgan Lagravière de 2016, peuvent donc apparemment encore être utilisés lorsque la concurrence moderne commence déjà à les rattraper. Cela explique aussi très bien la vitesse du "Bureau Vallée 2" de Louis Burton, car il s'agit d'un bateau jumeau, le vieux "Banque Populaire" du dernier vainqueur de la Vendée, Armel Le Cléac'h.
Dans ce contexte, on est d'autant plus impatient de voir ce qui va se passer après le Cap Horn, que "LinkedOut" et "Groupe Apicil" ont franchi cette nuit en tant que troisième et quatrième bateau. Car c'est à ce moment-là que les conditions devraient arriver pour les foilers : une mer pas trop agitée, des vents stables dans la zone des alizés et en plus beaucoup de vent arrière. Boris Herrmann a déjà annoncé que son bateau était encore à 100% de ses capacités et qu'il attaquerait dès qu'il aurait franchi la marque magique. Avec "Apivia" et "LinkedOut", deux bateaux en tête qui ne peuvent plus utiliser le foil bâbord, statistiquement plus important sur le retour, les choses peuvent encore devenir très intéressantes.

Rédacteur Voyage