Le départ du Vendée Globe est cette fois-ci compliqué pour les skippers. D'abord une accalmie, puis un front de tempête précoce, et maintenant ils doivent contourner le cœur de l'ancienne tempête des Caraïbes "Theta" loin, très loin à l'ouest. Il est d'ores et déjà clair que la flotte manquera cette année d'au moins deux jours le délai d'un peu plus de neuf jours qu'il a fallu à Alex Thomson pour atteindre l'équateur en tant que bateau le plus rapide lors de la dernière course. Il manquait jusqu'à présent des conditions de reaching vraiment rapides.
Mais c'est justement ce qui pourrait arriver aujourd'hui pour les premiers bateaux. Pendant la nuit, le groupe des échappés de l'ouest s'est formé et s'est parfaitement positionné à l'ouest de la dépression, si bien que le "Linked Out" de Thomas Ruyant en tête, l'"Apivia" de Charlie Dalin et le "PRB" de Kevin Escoffier, en partie en vue les uns des autres, se livrent une lutte acharnée. Ce matin, Alex Thomson était lui aussi encore de la partie avant de décider de suivre un parcours plus au sud avec un nombre étonnant d'empannages, alors que ses concurrents effectuent un arc ouest sans manœuvre.
Hier, lors d'une émission en direct du bord, le Britannique est apparu plus frais et plus reposé que les jours précédents :
Le Britannique fait son rapport depuis son "Hugo Boss"
"La course est vraiment serrée ici maintenant, je navigue à quatre milles d''Apivia' et quatre de 'PRB'. Je m'en réjouis ! La tempête a été épuisante, les premières vagues sont arrivées à des intervalles très courts, ce qui est dangereux pour les bateaux. Plus tard, nous avons eu des vagues de cinq mètres, l'une d'elles faisait aussi sept mètres, nous pouvons le mesurer avec nos capteurs. Les rafales allaient jusqu'à 53 nœuds ! Pour un virement de bord à 40 nœuds, il m'a fallu deux tentatives pour faire passer le bateau dans le vent !"
Nous saurons demain si la décision du Britannique de s'éloigner du groupe de trois s'est avérée payante. Thomson a un penchant pour ce genre de fractionnement, il l'a fait à plusieurs reprises sur la Vendée, mais souvent avec des résultats plutôt désastreux. En 2016, il s'était éloigné du peloton par l'est au large des Canaries, ce qui lui avait coûté près de 100 milles.
En revanche, Boris Herrmann est malheureux de sa position. Dans une vidéo du bord, il a déclaré qu'au passage du front, il n'a pas osé se détacher trop longtemps pour préserver le bateau d'une mer trop agitée et qu'il a ainsi perdu le contact avec les leaders. Il est alors resté bloqué dans une zone de vent faible, alors que les quatre échappés de l'ouest pouvaient encore la franchir. Le mot "F" revient dans son analyse vidéo... Il se trouve maintenant en milieu de peloton et navigue dans un vent plus faible, presque sept nœuds plus lentement que le groupe positionné à l'ouest.
Boris Herrmann rapporte
Mais le véritable phénomène de la course est jusqu'à présent le Français Jean Le Cam. L'homme de 61 ans, qui dispute sa cinquième Vendée, est mathématiquement en tête avec son non-foiler de 13 ans de Farr Design. Certes, les foilers de l'Ouest le dépasseront certainement aujourd'hui, mais il se pourrait bien que derrière, il prenne la tête des poursuivants. Ce Français au caractère bien trempé est connu pour naviguer très intelligemment. La dernière fois, il a tout de même terminé sixième avec le même bateau. Au total, il a déjà terminé trois fois, sa meilleure position étant une troisième place en 2005.
La journée d'hier a également été réjouissante pour Armel Tripon. Celui-ci a pu remplacer hier en mer le loquet défectueux de son "L'Occitane", qu'il voulait réparer au mouillage devant La Corogne. Il a immédiatement fait demi-tour et est maintenant de retour dans la course. Tout comme Fabrice Amedeo, qui a repris la mer depuis hier et qui est actuellement bloqué dans le calme au large du Cap Finisterre.

Rédacteur Voyage